À Cuba, les musulmans sortent de l’ombre



La population cubaine pratique le catholicisme depuis des générations. Imposée par les Conquistadors espagnols et adoptée depuis par les Cubains, cette religion a toutefois été freinée par le régime révolutionnaire communiste de Castro, hostile à toute pratique religieuse.

Ce n’est qu’en 1992 que les Cubains ont obtenu le droit à une liberté de culte totale et ostentatoire. Ces derniers ont commencé alors à se convertir à d’autres religions, dont l’islam.

Une communauté qui grandit

Le premier Cubain à s’être converti à l’islam est Pedro Lazo Torres. L’actuel imam de la Havane s’est intéressé à la religion après une rencontre avec des diplomates musulmans.  Le cas de Pedro, nommé depuis le temps Yahia, n’est pas isolé car la religion musulmane, même si elle demeure ultra minoritaire sur l’île, s’est répandue grâce aux bonnes relations avec certains pays musulmans comme l’Algérie, l’Égypte, le Yémen… En effet, depuis l’époque de la guerre froide, Cuba tisse de bons liens avec les pays arabes et africains dits « de gauche ».

Ces liens ont favorisé les échanges universitaires et l’arrivée de nombreux étudiants originaires de ces pays pour étudier la médecine, un domaine réputé de renom sur l’île. La fréquentation de ces étudiants et la diffusion de certaines telenovelas du Maghreb ou du Moyen-Orient à la télévision ont contribué à susciter l’engouement de quelques Cubains pour  l’islam.

Aujourd’hui, Cuba compte entre 10 000 et 13 000 musulmans sur 11 millions d’habitants. La majorité, 3500, est concentrée à la Havane.

Une pratique avec les moyens du bord

« Être musulman à Cuba, c’est comme être communiste aux États-Unis », explique José, un citoyen cubain converti,  au site français Rue89. En effet, les musulmans de Cuba tentent de pratiquer leur foi avec les modestes moyens dont ils disposent. L’apprentissage des sourates du Coran ou de la langue arabe se fait généralement via Internet. La prière, quant à elle, se pratique le plus souvent à la maison ou dans une bâtisse gérée par Pedro Lazo Torres, pour la prière du vendredi.

De plus, il est difficile de trouver des produits halal notamment à base de viande car les autorités cubaines interdisent toujours le sacrifice des animaux selon le rite musulman. Le seul établissement qui sert cette viande est un restaurant dans le quartier du Vedado, appelé El Beduino, propriété d’une Cubaine dont le grand père est venu du Maroc s’installer à Cuba. Mais ce restaurant reste hors de prix pour la majorité des musulmans cubains. Alors ils se rabattent sur le poisson ou tentent de se procurer des aliments halal sur Internet. « On se met parfois à plusieurs pour acheter sur Internet des choses. Mais c’est rare », témoigne Ariel, un autre converti cubain, toujours sur Rue89.

En dépit de ces conditions, les musulmans cubains se réunissent souvent à l’Union Arabe de Cuba et la Liga Islamica Cubana, les deux seuls organismes de la communauté situés à la Havane. Le premier est une organisation non gouvernementale créée en 1979 pour la promotion et le partage de la culture arabe sur l’île. Le deuxième a été créé en 2007 par Pedro Lazo et centré sur la religion. Les deux organismes organisent des séminaires, conférences et débats sur l’islam.

Une Mosquée prochainement

Mais les choses évoluent. En construction dans la vieille Havane, un projet de mosquée dont l’architecture est inspirée de la célèbre mosquée d’Ortakoy, est devenu réalisable grâce à une communauté religieuse turque. La première mosquée de Cuba devrait accueillir jusqu’à 500 fidèles, affirme le site oumma.com.

À Cuba, les musulmans sortent de l’ombre

« Sa construction n’est pas une initiative du gouvernement cubain, ni celle de la communauté musulmane locale, mais c’est à l’occasion d’élargissement de partenariats économiques avec la Turquie d’Erdogan, qui a, en échange, proposé de financer sa construction lors de sa tournée latino-américaine l’an passé », a affirmé Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Source : tsa-algerie.com / Nacereddine Benkharef

Laisser un commentaire