A Syrte, avec ces soldats qui font reculer Daech



Libye En quatre semaines de combats, l’armée a réussi à entrer dans le bastion libyen du groupe Etat islamique. La chute est proche.

Le drapeau noir a disparu du rond-point de Zaafran où le groupe Etat islamique crucifiait les «kafirs», les mécréants. Mais la radio locale de l’organisation, elle, fonctionne encore. Un homme y conspue justement les «kafirs» libyens, irakiens et ceux du monde entier. Pas de quoi faire frémir les combattants libyens qui se reposent à l’ombre d’un bâtiment éventré.

Pourtant, le groupe Etat islamique (Daech) n’est pas loin, ils le savent, confie Rami Ragou, chef d’une katiba (unité combattante) venue de Nalut, dans les Djebel Nefoussa (ouest de Tripoli). «C’est plus loin, à 10 kilomètres de là, dans le quartier 700, que c’est compliqué. Les bâtiments sont hauts et des snipers de Daech y sont cachés.» A Syrte, le groupe djihadiste contrôle encore une zone, dans le centre-ville, de plus de 20 km2. Il s’agit principalement de quartiers résidentiels, ce qui complique les combats, entamés le 12 mai par une coalition de brigades originaires de Tripolitaine (région de l’Ouest libyen) qui soutient le gouvernement d’union nationale.

Jeudi 9 juin, les Libyens sont parvenus à entrer dans la ville, alors que les hommes de Daech tenaient depuis près d’un an une vaste zone de 250 kilomètres de large en bordure de la côte méditerranéenne. «Au début, c’était de grands espaces vides, c’était facile. Maintenant, on est en ville. Il faut des armes lourdes pour déloger Daech», dit Rami Ragou.

Eviter civils, mines et snipers

Cette avancée a été largement aidée par la petite dizaine d’avions MiG 21 et 23 détenue par les brigades de Misrata, la ville voisine de Syrte et fer de lance de la lutte contre le groupe Etat islamique dans la région centre. Des avions dont le travail a été facilité par les «quinze à vingt experts britanniques et américains qui nous aident à surveiller et à localiser nos cibles», admet Mohamed Al-Gasri, le porte-parole de la Chambre des opérations, qui insiste sur le fait qu’aucun soldat étranger n’est sur le terrain.

Le kit mains libres planté dans l’oreille droite, il concède que l’avancée de ses troupes est aujourd’hui plus lente: «Il y a trois raisons à cela. Il y a encore des civils à l’intérieur. Je les considère comme favorables à Daech, car tous ceux qui le voulaient ont eu la possibilité de quitter la ville, mais nous ne voulons pas les impliquer. Ensuite, les terroristes ont miné des zones entières. Enfin, des snipers visent nos hommes.»

Ni casque ni gilet pare-balles

A 13 kilomètres plus à l’ouest, à l’hôpital de campagne, le docteur Moustapha Schkorfo se lamente: «Les mortiers et les snipers sont les principales causes de blessures. Et nous sauvons très peu de victimes de snipers. De toute façon, le moindre éclat peut tuer un homme. Alors comme nos combattants ne portent aucun équipement de protection, beaucoup meurent.» Depuis le début de l’opération, Mohamed Al-Gasri compte ainsi au moins 140 morts et plus de 500 blessés parmi ses troupes. Sur le terrain, les hommes n’ont en effet ni casque ni gilet pare-balles. Certains portent de simples sandales.

Mais Rami Ragou a une autre préoccupation: les munitions. «Le gouvernement ne nous donne rien, regrette-t-il. Les seuls qui nous aident, ce sont les municipalités et les businessmen, notamment pour l’approvisionnement en nourriture. Pour les munitions, je ne sais pas comment on va faire. Peut-être qu’on ira les chercher chez nous à Nalut ou dans les hangars à Tripoli.»

(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Maryline Dumas

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