Adnane et Ryma, lauréats algériens distingués les universités de Cornell et Harvard



Bien loin de ce mélimélo de triche au Bac et autres turpitudes qui saccagent la matière grise de notre beau pays, petit voyage en Amérique, aux universités de Harvard et Cornell, lesquelles viennent de se composer (une fois n’est pas coutume pour ces géants de l’éducation, bien plus habitués à une rivalité d’ordre supérieure) pour nous pourvoir d’une belle paire de lauréats algériens parmi ses luxuriantes livraisons de promos 2016!

– Constituer un dossier conséquent et réussir les nombreux entretiens d’admissibilité aux universités de Cornell et de Harvard constitue un exploit que Ryma et Adnane ont réussi !

– Compléter un MBA (Master in Business Administration) à Cornell pour Ryma et un MPA (Master in Public Administration) à Harvard Kennedy School pour Adnane, en une année, alors que la durée moyenne d’études est de deux ans, est un 2ème exploit qui inspire estime, respect et déférence!

– Faire partie du peloton de tête, ces 10% de lauréats qui obtiennent leurs diplôme avec la mention Emérite (with distinctions), est un 3ème exploit qui ne prête pas à la moindre ambigüité quant au niveau éminent de nos deux compatriotes !

Pour la petite histoire, rappelons que Harvard occupe toujours la première place du classement des meilleures universités au monde, et qu’elle constitue une véritable fabrique des élites mondiales. Pas moins de six présidents, dont J.F. Kennedy et Barack Obama, ainsi que 4 vice-présidents des Etats-Unis, sont sortis de ses rangs.

Et pour marquer tel niveau suprême de post-graduation, chaque année, des invités prestigieux viennent discourir et féliciter les lauréats lors de cérémonies somptueuses, lesquelles dégagent une solennité à la mesure des enjeux et des défis à relever pour demain. Pour la promo 2016, ce furent Madeleine Albright, secrétaire d’Etat sous Bill Clinton, et Steven Spielberg (est-il besoin de le présenter ?) qui ont respectivement ouvert et clôturé la cérémonie de Harvard. Quant à Cornell, James Franco en fût la principale vedette.

Ces honorables convives ne viennent pas seulement débiter un langage d’encensement envers les nouveaux lauréats, mais chacun y va de ses propres expériences, de ses propres combats, de ses propres échecs, de ses propres rebondissements, ces étapes sinueuses qui jalonnent souvent tout cheminement vers la gloire et toutes sortes de difficultés que l’intelligence de l’homme, utilisée à bon escient, sait souvent enjamber. Ces envolées de maturité et de sagesse finissent quasiment toujours par une ou plusieurs leçons de morale qui font office de valeur ajoutée au sérieux et à l’exemplarité des diverses formations.

Par ailleurs, ce qu’il y a d’admirable dans ces cérémonies c’est l’harmonie qui règne entre races, religions et continents, car à Cornell et Harvard, il n’y à ni juif, ni musulman ; ni américain, ni africain ; ni blanc, ni noir ! Il y a l’intelligence ! Cette intelligence qui fait dire à Steven Spielberg «l’Amérique a toujours été un pays d’immigration…..du moins jusqu’à maintenant», une façon subtile de pointer du doigt et de dénoncer les divagations d’un Donald Trump caractériel que la moitié de l’Amérique, celle qui se trouve à l’opposé de Cornell et Harvard, désire porter au pouvoir.

Dans ce vaste champ de connaissance, il est congrûment agréable de rencontrer des algériens qui transpirent une impression d’osmose subtile et d’intellects bien plantés. Et à les voir ainsi fleurir en toute aisance dans une Terre qui n’est pas la leur, puisqu’aussi bien Adnane que Ryma ont traversé les affres de notre école fondamentale, l’on ne peut s’empêcher de les titiller par quelques petites questions.

Dis-moi Adnane, comment devient-on lauréat distingué de Harvard, quelles sont les étapes cruciales à ton parcours ?

– C’est une trop longue histoire pour l’exposer en quelques lignes. Je vous la conterais en détail, un jour si vous y tenez vraiment. Disons que j’ai eu de la chance, beaucoup de chance. Et cette chance, au rendez-vous de la plupart des étapes de mon parcours, a fait amplifier en moi la notion d’effort.

Devenir lauréat de Harvard est le fruit d’un travail de longue haleine. Comme beaucoup de mes camarades de classe, je nourrissais l’ambition de l’y intégrer bien longtemps avant de m’y être inscrit. Cependant, et peut-être à la surprise des lecteurs, les éléments qui ont motivé mon entrée à Harvard Kennedy School (l’école d’administration publique et de sciences politique N°1 au monde) gravitent essentiellement autour d’un petit rêve, celui de pouvoir un jour contribuer au développement de mon pays. Ce rêve puise certainement sa source du fait que, dès ma petite enfance, et tout au long de ma scolarité, au collège et au lycée, mon père ne cessait de me répéter les mots subtilement stimulants que J.F.K. avait prononcés lors d’un discours mémorable adressé à la nation «Ask not what your country can do for you, ask what You can do for your country» (ne demandez pas ce que Votre pays peut faire pour vous, demandez plutôt ce que Vous pouvez faire pour votre pays). Cette simple phrase qui, à l’époque, ne signifiait pas grand-chose sous mon angle de vision d’adolescent a, au fil du temps, fait naître et développé en moi des relents de patriotisme insoupçonnables, enrobés d’une envie ferme de pouvoir, un jour ou l’autre, offrir mes services à l’Algérie, à mon peuple, à mon pays !

Mais si la phrase de J.F.K. a généré la motivation initiale, c’est bien évidemment le fastidieux labeur qui s’en est suivi qui m’a permis de réussir. Parmi les nombreuses étapes qui ont jalonné mon parcours avant Harvard, les plus déterminantes sont l’obtention d’un MBA à Cornell, il y a 5 ans, et une expérience en «services bancaires d’investissement» qui s’étale quasiment sur 10 ans. Ces deux phases représentent certainement l’essentiel du dossier constitutif de mon admissibilité à Kennedy School. Il faut rappeler que les universités américaines analysent plusieurs facteurs dans les dossiers d’admission aux études de post-graduation, non seulement sur le plan académique mais également, et surtout, bien souvent sur le plan professionnel

Quel est l’agenda d’une journée type à Harvard Kennedy School ?

– Travail le matin, travail l’après midi, travail le soir, et la plupart du temps jusqu’aux confins de la nuit….

À la Kennedy School, on travaille beaucoup, studieusement et passionnément. Le programme est intense, avec une quinzaine d’heures de cours magistraux par semaine et au moins 3 à 4 fois ce temps en termes de besogne personnelle pour préparer les cours, les devoirs, les examens et les projets. En tout, il faut compter une soixantaine d’heures hebdomadaires à dédier au cursus académique. Il va sans dire que tous nos professeurs baignent dans une excellence sans faille, certainement les meilleurs au monde dans leurs domaines respectifs. Ils font tout pour encourager leurs étudiants. On participe aussi à une foultitude de séminaires. Quasiment chaque soir, plusieurs meetings sont organisés et animés par des invités de renom. Cette année, j’ai eu la chance de pouvoir dialoguer avec nombre de personnalités politiques, notamment Álvaro Uríbe, ancien Président Colombien, le Sénateur Tim Kaine de la Virginie, Hedi Larbi, ancien ministre Tunisien avec qui j’ai développé une relation très amicale, mais aussi avec Lakhdar Brahimi, lors de son petit séjour à Cornell, en mars dernier.

Il faut aussi dire et insister sur le fait qu’on s’amuse beaucoup à la Kennedy School. J’ai ainsi participé, avec mes camarades, à de nombreux évènements extra-muros, comme des voyages scolaires qui sont régulièrement organisés. Des périples qui m’ont permis de visiter cinq pays d’Asie et de passer deux semaines au Maroc pour analyser la politique migratoire du pays. Enfin, l’École fait tout pour rapprocher les étudiants issus de divers horizons, de divers pays, à travers l’organisation de soirées dansantes pendant lesquelles le sérieux académique laisse place à des atmosphères plutôt bon-enfant très requinquant. Soirées mouvementées et agréables au cours desquelles, pour ma part, j’ai eu grand plaisir à affirmer, aux yeux de la communauté de Harvard, les talents gesticulatoires de tout algérien du terroir. Et cela permet évidemment de bien recharger les batteries. Les meilleurs moments sont aussi les plus simples, comme partager un café avec ses camarades, débattre des élections américaines, du fondamentalisme et de ses implications sur l’avenir des interactions orient-occident, de Wall Street, du développement en Afrique Subsaharienne, ou de la question Palestinienne, etc. Tous ces sujets souvent turbulents qui préoccupent le monde d’aujourd’hui et que nous apprenons à débattre avec respect et attention, même si l’on n’est pas toujours d’accord avec ceux qui pensent et réfléchissent autrement. C’est aussi cela Harvard, la tolérance dans tous ses états et dans tous ses boulevards !

Et toi Ryma, que retiens-tu du combat qui mène au MBA « with distinctions » à Cornell ?

L’envie de réussir et de me sentir citoyenne du monde à part entière ! Une envie certainement amplifiée par ces images de femmes aux quatre coins du monde, celles que de nombreuses sociétés relèguent à un arrière plan des plus indécents ! Et puis, pour rester dans le mystique et la chance, ma bonne étoile, celle qui m’a guidée sur les chemins qui montent (clin d’œil à l’œuvre de Mouloud Feraoun) et qui mènent à Larvaa Nath Irathen et à mon Adnane ! Je pense aussi qu’en tant qu’algérienne vivant à l’étranger, je ressens davantage ce besoin de réussite afin de gagner quelques galons d’égard pendant que d’autres s’acharnent à nous faire porter la responsabilité de toutes sortes d’incivilités sur Terre. C’est donc aussi ce besoin de me surpasser et de me prouver qui a essentiellement boosté ma motivation.

Quel est l’agenda d’une journée type à Johnson School ?

Comme le dit Adnane, travail le matin, travail le soir et travail entre biberons la nuit, puisqu’en plus de mes cours, je m’occupe aussi de notre enfant de deux ans, lequel n’avait qu’un an à mon inscription, et pour toute maman, cela est un job à temps plein, vous les hommes le savez bien, voyons ! Mais tout cela n’aurait jamais été possible sans la précieuse aide de ma propre maman, laquelle s’est dévouée corps et âme pour m’assister avec mon bébé pendant toute la durée de mon année de scolarité à Cornell. Je ne saurais jamais lui rendre suffisamment de grâce pour l’en remercier. Souvent je me dis que ce diplôme est avant tout le sien ! À cet égard, s’il y une chose que je dois retenir, et retiendrais pour toujours, de la culture algérienne, celle que j’essaierais de transmettre à mes enfants, c’est bien l’esprit de famille, l’amour et la dévotion inconditionnels de nos petites mamans.

Toi qui sors d’une usine à présidents, Adnane, en 2024, tu auras pratiquement l’âge du jeune J. F. Kennedy quand il fût porté à la tête de l’Amérique. Peut-on rêver de ta candidature au poste suprême, et partant, de Ryma en première dame, pour nous rendre moins médiocres, voire plus intelligents ?

– Hahahaha ! Moins médiocres peut-être bien, mais plus intelligents, il faudrait un mandat de 20 ans ! Et, entre nous, qui peut prétendre faire le poids face à des Saïdani et des Tliba ? Pas moi ! D’autant que l’article 51 de la nouvelle constitution nous élimine de facto de toute ambition politique. Mais on peut toujours rêver ! Le système politique algérien n’est pas prêt pour laisser la place aux jeunes issus de Harvard, Cornell, MIT et autres universités de renommées. Je connais nombre d’Algériens diplômés de ces universités qui voudraient tant contribuer au développement de notre pays, mais notre système politique et social est à l’opposé d’une quelconque méritocratie. Ce système de gouvernance qui tend à promouvoir le travail, l’effort, l’intelligence et l’aptitude. Notre système n’offre de ce fait aucune place à ces diplômés. D’ailleurs, nos titres académiques ne valent pas grand chose en Algérie puisque l’équivalence n’est pas délivrée de manière systématique et standardisée. Elle est souvent soumise à l’appréciation de bureaucrates pas toujours bien intentionnés !

Mais le vent tourne, et je garde espoir que, de mon vivant, l’Algérie se transformera. La bonne nouvelle est que la transformation est pratiquement obligatoire. Le système politico-économique qui a permis à l’Algérie de survivre pendant cinq décennies arrive à sa fin. Le « système » n’aura bientôt plus les moyens de se permettre d’acheter la paix sociale et la crise est inéluctable. Je vois en cette crise une opportunité. Une occasion à saisir afin de restaurer la position de l’Algérie dans le monde en créant une économie productive, une éducation de niveau international, une séparation claire et nette entre religion et politique, tous ces ingrédients qui constituent un état moderne. Évidemment, ce rêve de changement positif n’est pas le seul scenario possible, car tout comme nous sommes nombreux à rêver d’une Algérie prospère et libérale, d’autres, peut-être bien plus nombreux que nous, rêvent d’une Algérie orientée vers l’Est et renfermée sur elle-même. Pour autant, ne laissons pas nos rêves dépérir et l’espoir s’évanouir ! Osons y croire !

– Alléluia ! Par vos réponses claires et directes, on se surprend à rêver que tout n’est peut-être pas complètement perdu, et que les générations futures sauront peut-être mieux prendre en charge ce pays. En tous cas, j’ai eu grand plaisir à vous voir graviter avec ferveur autour du drapeau algérien lors de la cérémonie de graduation à Harvard ! Et rien que pour ces images qui transpirent un attachement et une innocence spécifiques à nos seuls terroirs, un brin d’espérance a pénétré l’océan de pessimisme qui tiraille mes entrailles. Espérons qu’un souffle de fraicheur aura su se faufiler entre les lignes afin de redistribuer ce petit bout d’optimisme entre tous ceux qui se confondent corps et âme avec nos tribus, ces peuplades d’en bas que l’Histoire malmène, sans égard ni retenue, depuis la nuit des temps !

Les lecteurs du Matindz se joindront certainement à moi pour célébrer et partager l’admiration que suscite votre réussite : bravo et félicitations Adnane ! bravo et félicitations Ryma !

Kacem Madani

Lematindz.net

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