Alger la…triste



De vieilles bâtisses datant de l’ère coloniale, des façades usées par l’air marin et sur lesquelles pèse la poussière des ans. Mi- ouverts ou complètement fermés, de longs volets bleus puant le chagrin et l’abandon poussent des cris de silence. De l’ennui, beaucoup d’ennui dans les rues devant les regards hypnotiques des passants, et toujours ces façades qui attristent et enlaidissent le paysage.

Des marchands, des cris et des klaxons. Des visages pensifs, un air de regret et une haine de l’autre… C’est rue Didouche Mourad, au cœur d’Alger, capitale du quatrième pays le plus heureux à l’échelle arabe.

Sous les balcons qui s’écroulent,  des vendeurs insignifiants, des vendeurs sans plus, tentent,  dans la discrétion, d’interrompre la démarche machinale des âmes qui voguent.

Peu d’enfants, presque pas de sourires, saufs des fous çà-et-là dont l’humeur oscille entre joie, fou rire et colère.

Ils travaillent tous, tous ont l’air occupé, mais presque tous détestent ce qu’ils font. Tous sont convaincus qu’ils méritent mieux, qu’ils rendent service en accomplissant leurs taches. Ils se disent sous-payés, surexploités et peu remerciés ; ce n’est pas par fainéantise, mais lorsqu’une classe s’offre une vie de luxe en ne faisant qu’applaudir, il y a de quoi maudire sa situation. On ne haï pas l’ »applaudisseur », on l’envie, on le jalouse tout en se détestant.

Elle était blanche, ses façades étaient claires, ses volets étaient ouverts, son âme était pure…Alger est aujourd’hui grise, Alger est aujourd’hui triste.

Smaïl Djerbal

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