Algérie-France : « Je t’aime…. pas, moi-non-plus » !



En mars 2012, une conférence-débat fut organisée à Lyon par le Forum de Solidarité Euro-méditerranéenne (FORSEM) pour débattre d’une histoire franco-algérienne turbulente, en se fixant comme objectif de répondre à une question posée en fin de communiqué : « Comment construire enfin une histoire partagée pour affronter sereinement un présent où ses traces sont si prégnantes? »(*).

Je n’ai pas eu la chance de participer à cette rencontre, bien qu’ayant adressé une modeste analyse au FORSEM que je considère toujours d’actualité, et que je reproduis ci-après, en y apportant quelques mises à jour.

Tout dessein sérieux qui vise la construction d’une histoire apaisée, désintéressée et obligeante, doit reposer sur trois conditions nécessaires et certainement suffisantes :

1- Arrêter le mensonge, d’un côté comme de l’autre ! Toutes ces raisons d’état qui ont transformé le drame Algéro-Français en fonds de commerce et en tremplins pour la course au pouvoir, de part et d’autre de la méditerranée. À cet égard, les images d’un François Hollande exubérant et glorifiant l’alacrité et la capacité de jugement d’un Bouteflika malade et démuni, relèvent d’une insoutenable légèreté au sommet !

2- Avoir le même regard sur toutes les victimes des drames de la décolonisation ! Il n’y pas de victime coupable d’un côté et de victime innocente de l’autre. Toutes les victimes civiles sont innocentes, que ça soit du côté algérien, du côté des pieds-noirs ou de celui des harkis !

3- Laisser l’histoire se confectionner par des historiens ! Et cela ne peut se faire tant que les tuteurs autoproclamés de l’Algérie ne cessent de brandir et d’exiger la repentance, dans le but unique de mieux s’agripper à un pouvoir illégitime, confisqué par une armée des frontières qui s’est ruée sur une Algérie anéantie par 7 ans d’hostilités et abandonnée de tous depuis plus d’un demi-siècle.

Les nouvelles générations ne sont pas concernées par la guerre. De ce fait, l’apaisement est possible, si tant est que le système, côté Algérien, cesse de se comporter en état voyou et immature, en versant dans des déclarations insensées et déplacées, telles que : « Le peuple algérien ne s’est pas battu pour l’indépendance, on lui a offert son indépendance », formulée par Abdelaziz Bouteflika himself !

Comment peut-on oser exiger la repentance concernant des méfaits commis envers un peuple pour lequel on ne reconnaît aucune vaillance, alors qu’on annonce 1,5 millions de pertes humaines entre 1954 et 1962 ? Faudra bien que Monsieur Bouteflika daigne, un jour, nous expliquer ce dilemme ! De préférence avant l’inauguration de la grande mosquée d’Alger. Ou alors le peuple ne s’est pas battu, auquel cas il n’y aucune repentance à exiger de la France, ou bien, ce qui est évidemment le cas, les Algériens ont subi des massacres de masse qui n’ont rien à envier, en termes de barbarie, à ces images insoutenables qui nous proviennent de Syrie et d’Irak ; auquel cas la France devra, un jour ou l’autre, faire preuve de sagesse et formuler des excuses directes au peuple algérien via des représentants issus des urnes. Si elle venait à le faire pendant que Monsieur Bouteflika et son gang sont au pouvoir, cela serait un coup de couteau porté au dos de l’Algérie, et une forfaiture de plus envers la mémoire des héros de la révolution et de tous ceux qui avaient à cœur une transition pacifique vers la liberté de ce pays qui porte encore les cicatrices et les traces de millénaires d’impérialisme!

La repentance est une condition sine-qua-non de l’apaisement des relations entre l’Algérie et la France, et la construction d’une méditerranée rayonnante ; mais cette repentance ne peut se faire tant que les vieux caciques du FLN sont encore au pouvoir, car ils ne se gêneraient nullement pour l’exhiber comme le trophée d’une gloire volée et d’une valeur ajoutée à une indépendance confisquée. Cela serait une belle occasion pour la « famille révolutionnaire » de poursuivre son assise sur une illégitimité qui n’a que trop duré !

Par ailleurs, le jeune Français est certainement mieux formé aux valeurs universelles de tolérance que ne l’est le jeune Algérien. Ce dernier ayant été formaté à des « khalaknakoum kheira oumatine » qui lui donnent l’illusion d’avoir été choisi par les cieux pour se situer au dessus des lois des hommes. Ces règles collectives d’interactions, qui sont censées apaiser les relations au lieu de les envenimer, sont totalement méconnues de l’Algérien lambda qui a traversé le cycle scolaire, dit de Benbouzid. Les contrecoups de l’école fondamentale sont, à cet égard, dévastateurs. Ils se palpent par flots entiers d’insultes et d’invectives, sous forme de vocabulaire extrêmement grossier et rustique déversé ça et là sur les réseaux sociaux. La moindre contradiction donne lieu, en guise d’argument, à des réactions primitives où ne voltigent que les mots « traitre, islamophobe, vendu à la France, ennemi de l’Algérie… » et j’en passe ! Parlez-moi de dialogues constructifs avec de telles intellections !

À la fin des années 1980, nous avions reçu un jeune thésard français à Alger. Au début de son séjour, il avait beaucoup de mal à cacher quelques signes de trouble et d’appréhension, voire de peur quasi-symptomatique, de se retrouver ainsi dans un pays ennemi que la France de ses parents avait brutalisé et déprécié. La délicatesse des collègues ont vite fait de dissiper ses craintes, au point où, lors d’un dîner bien arrosé en « pelures d’oignon », il n’avait pas hésité à nous confier : »je suis surpris d’être aussi bien accueilli par ceux qui ont toutes les raisons du monde de me haïr après tout ce qui s’est passé entre l’Algérie et la France ! » Il comprenait d’autant moins que ses parents en voulaient toujours à l’Allemagne nazie. Un collègue évacua ces ambiguïtés par un jeu de questions-réponses sublime : –Pourquoi, tu nous as fait la guerre, toi Pascal ? –Ben non, je n’étais même pas né à la fin de la guerre ! –Tu n’es donc concerné par nulle rancune, cher ami ! Preuve que quand l’intelligence s’invite, tout devient possible et constructible !

Peut-on imaginer, au jour d’aujourd’hui, de tels échanges entre de jeunes Algériens et de jeunes Français ? Il est évident que non, car côté algérien, le matraquage de ressentiments s’est amplifié au cours des dernières décennies, essentiellement à cause d’un message religieux qui formate les enfants à une agressivité sans bornes envers tout ce qui n’est pas musulman, avec un facteur d’amplification exponentiel s’agissant de la France.

Pour autant, côté français, depuis 1962, les choses ne baignent pas dans l’innocence non plus. À force d’avoir marginalisé, ghettoïsé, ignoré, méprisé, pourchassé, souvent pour de simples délits de faciès, des générations entières de maghrébins, elle porte l’entière responsabilité des dérives qui se font sur son sol, y compris celles qui ont lieu en ce moment même dans de nombreuses cités écartées de la société, et où les lois d’Allah ont remplacé celles de la république, sous le regard impuissant et souvent condescendant de moult politicards de droite, de gauche ou du centre !

Pour ces raisons, la construction d’une Méditerranée fraternelle est tributaire d’un chantier unique, celui d’une éducation de qualité. Tel chantier, nous le savons tous, est totalement sinistré en Algérie. Mais, qu’on ne s’y méprenne pas, il est bien vacillant en France aussi.

Pourquoi ne pas installer des commissions de spécialistes de l’enseignement afin d’homogénéiser les programmes des deux côtés de la rive tout en respectant les spécificités raciales, sociales et historiques de chaque peuplade ? Le français, ce patrimoine et ce butin de guerre que nos ainés ont arraché, et qui attire des pays lointains comme l’Inde (par centaines de milliers, semble-t-il), a été totalement anéanti par les tenants d’un arabo-islamisme aveugle. N’est-il pas temps, pour l’Algérie, de changer de cap et de remplacer tous ces éléments contre productifs d’aliénation par des normes de savoir universelles en se réappropriant cet outil merveilleux de transmission des connaissances qu’est la langue de Molière ?

Est-ce si utopique que cela d’enclencher une dynamique de rapprochement en tournant délicatement ces pages noircies par le sang, les horreurs et les conflits du passé ?

Mais évidemment, de tels projets supposent des bilans et des self-analyses objective et sereines, notamment l’éloignement de cette notion insensée de régression féconde que Monsieur Addi Houari nous présente comme le passage obligé que l’Algérie se doit de traverser avant de percevoir la lumière du progrès. Non Monsieur Addi, un peuple précipité dans les méandres mystiques est irrécupérable pour l’humanité! Vous le savez bien !

Dans le cas de l’Algérie, tout semble d’ailleurs indiquer qu’il est déjà trop tard, tant le pays donne l’impression de baigner dans une régression inféconde et irréversible !

Je ne connais pas la suite et les conclusions du FORSEM 2012, auquel nous souhaitions une issue positive, le sentiment d’apaisement l’emportant sur celui de l’esprit revanchard. Cela aurait constitué un sacré pas, si petit fut-il, sur le chemin de la réconciliation entre l’Algérie et la France. Mais quand on apprend que l’islamiste Belkhadem faisait partie des conférenciers, il y a de quoi se laisser envahir par toutes sortes de doutes et de suspicions ! Preuve, s’il en fallait, que la France ne cherche à dialoguer et se réconcilier qu’avec les islamistes du pouvoir, sur la lancée du deal abject entre le clan Bouteflika et les assassins du FIS ! Tout cela n’augure rien de bon ni de sérieux pour l’avenir, d’autant qu’il est de plus en plus évident que dans le référentiel de la France officielle, la dimension ethnique de l’Algérie est réduite à celle d’une appartenance arabe exclusive, donc islamiste et jusqu’au-boutiste dans la régression inféconde, en occultant grossièrement sa véritable nature, celle qui coule dans les veines de tout berbère pacifique et inoffensif ! Il va sans dire que, tant que de telles méprises sont perpétuées, l’Algérie d’un pouvoir obscurantiste et celui d’une « douce » France fragmentée par moult égarements, continueront à vibrer sous des airs de « je t’aime….pas, moi-non-plus » irrévérencieux et antithétiques de l’attrait et de l’amour glorifiés par Serge Gainsbourg, paix à son âme ! Cela est bien dommage pour nous algériens, pour vous français, pour toutes les peuplades de méditerranée ! Cela est préjudiciable à notre histoire commune, celle que vous semblez vouloir léguer à vos enfants, pourtant de plus en plus indiscernables des nôtres, n’en déplaise aux familles extrémistes qui n’ont rien compris à l’évolution de l’homo-sapiens, à l’image de celle de l’islamiste Bouteflika et de la raciste Le Pen!

Kacem Madani

(*) Algérie : 50 ans après ! Conférence-débat à Lyon

Source : lematindz.net

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