Alors que le front des redresseurs s’élargit au sein du MSP : Makri fait profil bas et évite les sujets qui fâchent !



En position de faiblesse, Abderrezak Makri évite les sujets qui fâchent. Confronté à une crise interne, la première du genre depuis sa prise en main des rênes du Mouvement de la société pour la paix (MSP), il se fait petit le temps que les choses se calment et que les diff érends se règlent dans les instances du parti.

Le président de la première formation politique islamiste en Algérie se trouve-t-il dans une impasse ? C’est l’impression qu’il a donnée, hier, à l’occasion d’une conférence de presse tenue au siège du parti, en présence de deux représentants du mouvement de résistance palestinienne Hamas.

Abderrezak Makri, étant attendu sur beaucoup de sujets d’actualité, notamment en relation avec la situation que traverse son parti et la décision qu’il doit prendre en prévision des élections législatives, a fait faux bond. La conférence a été clôturée immé- diatement après que Moussa Abou Merzouk ait fini de répondre aux questions des journalistes, nombreux à avoir couvert l’événement.

Le président du MSP a, quant à lui, refusé de répondre aux sollicitations des représentants de la presse nationale, bien que dans l’invitation qui leur a été adressée, il était bien mentionné que c’est bien lui qui allait «animer la conférence, en présence de la délégation palestinienne».

Tentant de se justifier, il a répondu que «l’occasion était réservée aux invités afi n d’exprimer leur position». Hélas, tout le monde l’aura compris : il ne s’agissait, en fait, que d’un prétexte pour fuir les questions qui fâchent, surtout celle relative à la crise que traverse le MSP depuis la dernière sortie médiatique d’Aboudjerra Soltani, son prédécesseur, appelant à remettre le mouvement sur sa ligne originelle. Soltani juge que le MSP a dévié des principes fondateurs de son père spirituel, Mahfoudh Nahnah. D’où son initiative qui sera exposée prochainement devant les membres du Madjliss Echoura, la plus haute instance du parti, pour débat.

«Notre initiative que nous nous apprêtons à soumettre au débat, de nouveau, est la seconde lecture d’une précédente approche dont nous estimons qu’il est temps de la mûrir davantage et de la proposer aux organes du parti, ses instances et ses militants», a écrit l’ancien président du MSP sur sa page facebook dernièrement. Une sortie qui lui valu une réaction pour le moins «modérée» de Makri, qui a estimé que seules les instances du partis sont habilitées à trancher.

Or, force est de constater que par sa démarche, Soltani a mené le parti droit dans la crise. Le MSP est désormais divisé entre partisans d’un retour dans le giron du pouvoir et défenseurs de l’actuelle orientation qui tend vers l’opposition. D’où d’ailleurs le ballotage quant à une participation aux prochaine législatives.

En tout état de cause, l’esquive de Makri dans une sortie médiatique censée être l’occasion pour lui de raviver l’image que renvoie son parti et rassurer la base à travers des messages de confi ance est révélatrice à plus d’un titre. D’abord, elle affi rme la thèse selon laquelle le président du MSP est aff aibli sur le plan interne face à son rival Soltani.

Ensuite, Makri ne veut semble-t-il pas entrer dans une polémique avec ce dernier. Lequel dispose d’un soutien considérable dans sa démarche de «redressement» de la ligne du parti islamiste. Il est vrai qu’il est du rôle d’un chef de parti de calmer le jeu quand il y a péril en la demeure. Mais rien n’empêche qu’il fasse des rappels à l’ordre quand il dispose du soutien de la base. Abderrezak Makri ne semble pas être dans cette situation…

EL HACHEMI DJÂABOUB QUITTE LA VICEPRÉSIDENCE AU PROFIT DE SON RIVAL SOLTANI

D’autant que la situation interne au sein du MSP continue de tourner contre «l’homme radical» du moment. Depuis que l’ex-président du MSP, incarnant l’aile modérée à l’égard du ré- gime, Aboudjerra Soltani, a lancé son initiative de redressement interne de la ligne politique du parti, l’étau se resserre autour de Makri.

Dernier événement en date, l’ancien ministre du Commerce El Hachemi Djaâboub a quitté le camp de Makri pour rejoindre celui de Soltani. En eff et, les positions radicales du MSP, incarnées par Makri depuis son arrivée à la tête du parti en 2013, ne sont pas du goût de plusieurs de ses cadres, qui reprochent à leur chef actuel de s’aligner sur les positions de la Coordination pour les libertés et la transition démocratique (CLTD), sans prendre en compte la ligne politique historique du défunt fondateur du parti, Mahfoud Nahnah.

Pour les rivaux de Makri, Nahnah a toujours été pour le dialogue et la négociation avec le pouvoir et jamais dans l’affrontement. Après le lancement offi ciel de l’initiative interne du courant de Soltani, incarné par ce dernier et par l’ex-président du conseil consultatif Saïdi Abderhamane, les cadres du MSP se démarquent de plus en plus. Bien que les deux rivaux s’accordent à dire que les structures du «Hamas algérien» sont autonomes et démocratiques, l’aile de Soltani n’est pas près de lâcher prise !

Selon nos informations, l’exministre du Commerce El Hachemi Djaâboub et vice-président de Makri à la direction du MSP, a démissionné pour rejoindre l’initiative de Soltani. En fait, l’ex-ministre a présenté sa démission au début de l’année dernière sans que le conseil consultatif l’accepte. Face à l’insistance du concerné, le dernier conseil a accepté sa démission sans la rendre publique.

En réalité, la direction actuelle du MSP se garde de tout commentaire à propos de la situation interne expliquant qu’il s’agit de « cuisine interne » qui concerne uniquement les instances du mouvement. «Les instances du mouvement sont souveraines et c’est à elles de décider», ont dé- claré les deux rivaux récemment à propos de la participation aux législatives prochaines ainsi que de l’initiative de Soltani.

Si le président du MSP perd un soutien de taille en la personne de son désormais ex-vice-président, c’est que le front anti-Makri s’élargit. Bien que nous ne soyons pas encore dans l’épisode de l’aff rontement, «le tacticien Soltani» attend les échéances à venir pour renverser la vapeur.

Selon nos informations, ce dernier ratisse large et attend les élections prochaines pour imputer un éventuel échec du mouvement aux positions radicales de son président actuel, et ainsi partir en position de force au congrès du parti qui se déroulera en 2018, soit quelques mois après les élections législatives et locales, et se tenir dans les starting-blocks.

Reporters.dz

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