Après cinq ans de conflits, le patrimoine culturel du Moyen-Orient menacé de disparition



ALGER- Conséquence de cinq ans de conflits armés dans la région aggravés par les attaques terroristes ciblant les sites archéologiques, les destructions et de pillages du patrimoine culturel au Moyen-Orient se poursuivent avec le risque à terme de le voir disparaître ainsi qu’une une part inestimable de la mémoire de l’humanité.

Le constat est dressé par des spécialistes dans la région, unanimes à brosser un tableau très sombre de l’état du patrimoine culturel, à l’exemple du secrétaire général de l’Union des archéologues arabes basée au Caire, Mohamed El-Kahlaoui, qui évoque une « dégradation effrayante » des sites et richesses archéologiques au Moyen-Orient.

Mohamed El-Kahlaoui évalue à « 50% » de pertes pour le patrimoine en Syrie et en Irak, et à « 30% » pour l’Egypte.

Dans une déclaration à la presse en mars, l’archéologue mettait en cause les « conflits » qui déchirent les pays du Moyen Orient en butte aussi à une « montée de l’extrémisme religieux ».

Cette situation est également due, selon lui, à l’ « état d’abandon » des sites historiques dans ces pays où les sociétés « ne sont pas conscientes de la valeur » de leur patrimoine culturel.

De son côté, l’égyptologue Zahi Hawass estime à « un tiers » la part du patrimoine archéologique en Egypte illégalement vendu à l’étranger entre 2011 et 2013.

Il avait également indiqué à la presse que le trafic des pièces archéologiques égyptiennes se poursuivait jusqu’à aujourd’hui, « mais dans une moindre mesure », comparativement à la période des troubles politiques qui ont conduit à la chute du Président Hosni Moubarak.

Des pièces archéologiques avaient été volées au musée du Caire en 2011, et des milliers de manuscrits anciens et rares brûlés dans l’incendie de l’Institut d’Egypte en décembre de la même année.

Pour El-Kahlaoui qui cite l’exemple du musée national irakien avec « plus de 7.000 pièces volées, à ce jour », « le monde arabe subit une opération ciblée contre (son) patrimoine culturel par un Occident qui veut (en) effacer l’histoire ».

l’Irak pillé depuis 2003

Dans un entretien paru en avril, l’archéologue irakien Amer Abd el-Razzaq soutenait que les atteintes au patrimoine culturel d’Irak avaient commencé avec la deuxième guerre du Golf en 2003, lorsque le musée national a subi « la plus grande opération de pillage de son histoire ».

Il estime à « près de 15.000″ le nombre de sites archéologiques irakiens détruits et pillés », quelques mois après l’invasion américaine.

L’armée américaine, rappelle l’archéologue, a également « reconverti des nombreux musées et sites historiques en bases militaires », à l’image de l’antique ville de Babel et du site sumérien de Kish.

Avec la destruction de la ville de Nimrod (XIIIe siècle), l’incendie de la bibliothèque de Mossoul et le pillage de l’antique Hatra (Ie siècle AV-JC), l’année 2015 aura été la plus dévastatrice pour l »ensemble du patrimoine du Moyen-Orient .

La même année en Syrie, l’organisation terroriste autoproclamée « Etat Islamique » a détruit des pans entiers de Palmyre (Ie/IIe siècle), alors que d’autres sites historiques, comme la ville d’Alep (XVIe siècle), étaient le théâtre de violents affrontements.

Dans un rapport publié en 2014, l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (Unitar) a estimé à quelque 300 sites historiques détruits ou pillés depuis le début du conflit dans ce pays en 2011.

Selon des médias, le pillage du patrimoine archéologique de Syrie représente « la deuxième source de financement » de l’ « Etat islamique », après le trafic du pétrole qui rapporte à l’organisation terroriste, selon un diplomate américain, 100 millions $ par an.

La vente des trésors archéologiques d’Irak et de Syrie dans des capitales occidentales ou sur des sites en ligne comme « e-Bay », est par ailleurs régulièrement signalée dans les médias.

Le patrimoine du Moyen-Orient aura également connu son lot de destructions au Yémen, un pays en proie à l’instabilité depuis la chute en 2012 du Président Ali Abdallah Saleh, et dont des sites historiques comme Sana, la capitale, classée au patrimoine de l’humanité, ont subi de graves dommages.

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