Aucune décision stratégique ne sortira de la réunion informelle de l’OPEP à Alger



1.- . L’OPEP, malgré ses importantes réserves représente seulement un tiers de la production commercialisée mondiale avec une influence déclinante. …

Les pays de l’OPEP vont se réunir en informel à Alger les 26/27 septembre 2016 au moment où le cours du pétrole est à un niveau relativement bas. Selon nos informations, afin d’éviter l’échec de Doha, la rencontre, vraisemblablement, ne prendra pas de décisions contraignante et se concentrera sur une large concertation. La problématique essentielle, maintes fois soulevée dans mes contributions est d’analyser l’impact de l’OPEP face aux nouvelles mutations géostratégiques mondiales

1.-. L’OPEP, malgré ses importantes réserves représente seulement un tiers de la production commercialisée mondiale avec une influence déclinante. Selon les statistiques internationales les dix plus grands producteurs par ordre décroissant en 2015 sont : l’Arabie Saoudite, les Etats-Unis, la Russie, en quatrième position la Chine que l’on ne cite pas souvent en tant que producteur, le Canada, l’Iran, les Emirats Arabes Unies l’Irak mais ce pays a les capacités de l’Arabie Saoudite, le Koweït. Viennent ensuite par ordre décroissant le Nigeria, le Venezuela, le Brésil, l’Angola , le Kazakhstan, le Qatar, la Norvège et l’Algérie, avec un quota de 1,2 million de barils/jour sur environ 33 millions de l’OPEP, la Colombie, Oman et la Libye, pour ce pays, loin de ses potentialités du fait de la guerre civile. Les pays du Golfe, l’Arabie saoudite en tête, ont en effet fait savoir à plusieurs reprises qu’ils n’accepteraient de réduire leur production que si les producteurs extérieurs au cartel, notamment la Russie dont la production a atteint dernièrement un niveau record, s’engageaient également dans cette voie. Tout au plus, l’on devrait s’attendre à un gel en cas d’entente entre d’une part la Russie et l’Arabie Saoudite et d’autre part entre l’Iran qui a besoin de financement et l’Arabie Saoudite. Mais à l’avenir tout dépendra de croissance de l’économie mondiale, dont le ralentissement des pays émergents, Argentine-Brésil-Inde (la entre ½%), surtout la Chine, 7% de taux de croissance, explique la faiblesse de la demande. Doit être pris en compte du côté de l’offre, l’entrée de nombreux producteurs sur le marché, dont le Nigeria, la Libye pouvant aller jusqu’à 2 millions de barils/jour et venant d’annoncer le 15/09/2016 à la veille de la réunion informelle OPEP d’aller rapidement vers une exportation de 1 million de barils jour (pétrole léger identique à celui de l’Algérie) et du retour de l’Iran qui avec la Russie domineront le marché Asie. Mais attention au cas de l’Irak avec 3,7 millions de barils/jour (deuxième réservoir mondial à un coût de production inférieur à 20% par rapport à ses concurrents) pouvant aller vers plus de 8/9 millions, pouvant aller à plus de 4/5 millions à moyen terme et à terme en cas de stabilisation politique poser plus de problèmes à la discipline de l’OPEP que l’Iran qui veut revenir à son ancien quota de plus de 4 millions de barils jour avant l’embargo Mais c’est surtout l’introduction du gaz/pétrole de schiste américain qui a bouleversé toute la carte énergique mondiale, les nouvelles technologies ayant réduit substantiellement les coûts de plus de 30/40% ces dernières années contrairement à certaines prévisions, étant passé de 5 millions de barils/jour de pétrole à plus de 10 actuellement qui agit sur l’offre non concerné par la rencontre d’Alger et qui en 2016 est devenu exportateur vers l’Europe(1).

2.– L’Arabie saoudite (plus de 35% de la production OPEP et 12% de la production mondiale) est le seul pays producteur au monde actuellement qui est en mesure de peser sur l’offre mondiale, et donc sur les prix, n’existant pas pour des raisons géostratégiques de rivalités avec les USA, mais des rivalités tactiques pour paraphraser les militaires. A terme, le prix d’équilibre sera déterminé fondamentalement par une entente entre l’Arabie saoudite et les USA. L’analyse de l’évolution des prix implique de comprendre les mutations économiques mondiales. A terme, le rééquilibrage des marchés dépend d’une série de facteurs exogènes qui échappent aux pays de l’OPEP, l’Arabie Saoudite misant sur un prix d’équilibre à terme variant entre 50/55 dollars le baril. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son rapport de septembre 2016 , la consommation mondiale d’or noir devrait croître de 1,3 million de barils par jour (mbj) à 96,1 mbj cette année, contre une précédente estimation de 1,4 mbj du fait que les récents piliers de la croissance de la demande – la Chine et l’Inde – vacillent Un nouveau ralentissement de la croissance de la demande est anticipé pour 2017, avec une hausse de 1,2 mbj, à 97,3 mbj. Toujours selon l’AIE, l’offre reste soutenue, en particulier celle en provenance de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) avec un niveau quasi record de 33,47 mbj en août 2016- soit 930.000 bj de plus sur un an. Cela a permis de compenser le déclin de production observé dans les pays tiers en raison de la faiblesse des prix qui ont réduit les investissements, et de limiter à 0,3 mbj la baisse de la production mondiale en août, à 96,9 mbj. Ainsi, Le Koweït et les Emirats arabes unis ont produit à des niveaux sans précédent et l’Irak a augmenté ses livraisons. La production de l’Arabie saoudite s’est élevée à un niveau quasi-record et celle de l’Iran a s’est élevée à 3,64 mbj, un plus haut depuis la levée des sanctions. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dans son rapport mensuel publié en septembre 2016, estime que la production totale des pays ne faisant pas partie du cartel va augmenter en 2017, une prévision qui induit pour 2017 un surplus plus important que prévu. Ainsi, la production des pays non-Opep devrait augmenter de 200.000 barils par jour en 2017 contre une projection précédente d’un repli de 150.000 du fait notamment du démarrage prévu, en novembre 2016, de l’exploitation du gigantesque gisement de Kachagan, au Kazakhstan. Le rapport de l’Opep induit un surplus moyen de 760.000 barils sur le marché pétrolier en 2017 contre un surplus de 100.000 supposé dans le précédent rapport. Par ailleurs, selon des données internationales, contrairement aux discours, la Russie, confrontée à une crise financière, va augmenter sa production de 2,2% sur l’ensemble de l’année 2016 entre 546 ou 547 millions de tonnes. En effet, selon l’Ecole des hautes études en sciences économiques de Moscou, les ressources d’urgence mises en place pour compléter le budget russe seraient sur le point de s’épuiser. Le Fonds d’urgence serait à un niveau de 30,6 milliards de dollars, contre 88,8 milliards en 2014 qui a nécessité en mai 2016, la Russie à lancer une émission obligataire en dollar.

Par ailleurs, devant prendre avec précaution ces informations, selon Reuters, citant Rystad Energy , les Etats-Unis possèdent des réserves de pétrole exploitables supérieures à celles de l’Arabie saoudite ou à celles de la Russie, principalement grâce au pétrole de schiste, évaluées à 264 milliards de barils les réserves des champs existants, découverts ou encore à découvrir aux Etats-Unis, contre 256 milliards pour la Russie et 212 milliards pour l’Arabie saoudite. Et en final, selon l’OCDE l’offre continuera de dépasser la demande au moins durant le premier semestre de l’an 2017.

3.-Devant nous en tenir aux fondamentaux, pour ne pas induire en erreur l’opinion publique, il ne faut pas s’attendre à une remontée spectaculaire des prix du pétrole et donc à des miracles lors de la réunion informelle qui se tiendra à Alger. La grande réussite serait d’arriver à un gel de la production, ce qui n’est pas évident selon mes informations, la solution étant de laisser des marges de manœuvres à chaque producteur pour éviter l’échec de Doha. Le grand problème est le niveau du gel, si gel il y a, ne devant pas toucher les pays en guerre et l’Iran, sachant que la Russie et l’Arabie Saoudite ont atteint un niveau de production record entre juin et aout 2016. Le maintien à ce niveau n’influencerait alors en rien le niveau des prix.

Aussi, tout dépendra de la discipline au sein de l’OPEP, de l’attitude des pays hors OPEP, les derniers rapports de septembre 2016 de l’AIE et de la commission économique européenne n’étant guère encourageant quant à l’avenir de la croissance de l’économie mondiale. Comme doit être pris en compte le nouveau modèle de consommation énergétique. Le monde devrai assister entre 2020/2030/2040 à un nouveau modèle de consommation et à un nouveau pouvoir énergétique mondial. Aussi, il s’agit d’éviter de faire des prévisions hasardeuses devant s’en tenir aux fondamentaux. Selon les résolutions 2016 du World Economic Forum, nous devrions assister à la quatrième révolution industrielle 2025/2040. Nous devrions assister à de nouvelles technologies permettant l’efficacité énergétique dans la majorité des pays occidentaux, avec une prévision de réduction de 30% (économie énergie-ciment-rond à béton) Chaque année dans le monde, 5. 300 milliards de dollars (10 millions de dollars par minute) sont dépensés par les Etats pour soutenir les énergies fossiles, selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI) rapport pour la COP21. Or, il semble bien que la majorité des dirigeants du monde ont pris conscience de l’urgence d’aller vers une transition énergétique. Car si les Chinois, les Indiens et le continent Afrique avaient le même modèle de consommation énergétique que les USA, il faudrait cinq fois la planète terre. En cas d’une mutation du modèle de consommation énergétique au niveau mondial, (l’avenir à l’horizon 2030 étant hydrogène), cela influencera à terme le niveau des prix des énergies fossiles vers le bas. Ces deux facteurs, croissance de l’économie mondiale et nouveau modèle de consommation énergétique échappent aux pays de l’OPEP et seront déterminants. Les pays de l’OPEP ne doivent plus vivre de l’illusion de la rente éternelle et devront préparer la nécessaire transition énergétique. Ceux qui prédisent un cours élevé horizon 2020 font une erreur stratégique, raisonnant sur un modèle de consommation énergétique linéaire, du passé, les grands groupes investissant d’ores et déjà dans la recherche/ développement dans les énergies du futur. C’est donc fini pour un cours supérieur à 80/90 dollars (1).

En résumé, les pays de l’OPEP doivent d’ores et déjà préparer la transition économique tributaire de la transition énergétique pour éviter des tensions financières à terme La seule solution, est de penser un nouveau modèle de consommation énergétique – mix énergétique- supposant de revoir la politique des subventions qui doivent être ciblées, d’agir sur les coûts pour être concurrentiel, le tout renvoyant à une vision stratégique d’adaptation, tenant compte de la transformation rapide du monde.

Dr Abderrahmane Mebtoul, Professeur des Universités, expert international

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Source : lematindz.net

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