« Autant que faire se peut », un voyage littéraire à Timimoun de Benabdellah Mediene



« Si tu chantes la beauté, même dans la solitude du désert, tu trouveras une oreille attentive ». Khalil Gibran

Après son premier roman, Au temps pour moi, paru chez Riveneuve éditions, en 2009, Benabdalah Médiène revient avec un nouveau roman, Autant que faire se peut, édité par Amazon.com (électronique/papier), un voyage littéraire qui envoûte le lecteur et chante la magie et la poésie de Timimoun.

Foisonnant de personnages, de lieux, de références et de situations, ce roman autofictionnel offre un parcours narratif qui nous fait voyager, dans un même élan, de Paris à Oran, d’Oran et Timimoun où se déroule ce récit de soi. On retrouve le personnage Nasser Malou, troubadour échappé d’un film de Godard, qui promène sa “mélancolie heureuse”, signature d’une éducation communiste et cinéphile.

Dans une “mauvaise passe”, Nasser doit s’échapper, se ressourcer. Quittant la grisaille parisienne sous la présidence chiraquienne, il part à l’oubli d’un échec amoureux avec Catherine, allégé par l’élan de l’amour naissant avec Solale. Toujours l’amour de l’amour. Toujours l’obsession de la quête, que lui importe le temps. Brel n’est jamais loin ! Il résonne, sentencieux. Et Timimoun se présente comme une promesse de repos du cœur et de l’esprit. Une sorte de pèlerinage, l’occasion de « penser à la beauté de la vie et ceux qu’on aime. » Et l’aventure narrative commence, d’escale en escale. Le voyage nous entraîne à Oran, où Nasser retrouve la grande famille, la smala des Malou ; il s’acquitte de la dette morale envers leur mère alitée. C’est l’occasion d’évoquer les souvenirs des années vertes et utopiques d’«il y a longtemps». Les temps sont durs, les temps ont changé. Oran ne rit plus, pris par la tristesse que chante Khaled dans Wahran, Wahran.

Nasser arrive enfin à Timimoun, « là où il fallait enfin qu’il soit ». Enchantement assuré : on regarde de « tous ses yeux », « le corps se relâche » et « l’esprit vagabonde ». Dans un style sobre et aéré, le narrateur, collecte les détails qui alimentent son récit. Car, comme disait Jean Cayrol, «le désert, c’est bien fait pour se rencontrer». Et la première des rencontres se fait avec soi. Et les autres qui sont là, comme des « bons manques ».

Se suivent alors des paysages merveilleux et des rencontres mémorables dans un Timimoun où l’hospitalité et la générosité sont encore de rigueur, où le temps demeure une notion relative dont on dispose à souhait. Bref, on vit. On croise tour à tour Mahmoud, Rym, Farid, Saïd, Sakina… Des hommes et des femmes, des enfants du pays ou de passage, transmetteurs d’un savoir-vivre, d’une bonne humeur contagieuse : « Quand les Algériens sont dans la fête et le partage, ils sont exceptionnels. » Les moments inoubliables s’enchaînent, portés par un récit fluide, ponctué par une série d’anecdotes, de portraits, de réflexions, de souvenirs, le tout dans une mise en scène où le sens du dialogue et de la répartie priment sur les descriptions et les digressions. En somme une écriture qui s’écoute. Tangible.

André Gide qui connaît le désert algérien écrivait : « Que l’on parle bien quand on parle dans le désert! » Le désert libère la parole et Nasser, orateur infatigable, en use, évoquant « l’amour, ce miracle qui se produit », avec Catherine et l’échec, Solale et l’espoir. La parole libère dans cette étendue qui redéfinit le sens de la vie, où le silence est éternellement roi et l’homme inévitablement insignifiant. Ainsi, de promenade en escapade, le récit devient l’occasion d’une échappée dans le désert, jusqu’à Adrar, et d’immersion en soi pour retrouver l’apaisement. Au final, «avoir passé ces moments indéfinissables rend le départ moins triste», avec déjà …le projet de revenir.

Avec Autant que faire se peut, B. Médiène, offre un récit qui s’appuie sur la voix personnelle pour esquisser une voie narrative polyphonique. Déployant une langue animée et théâtrale, et une écriture proche du réel qu’elle saisit dans des détails suggestifs et révélateurs, le roman fournit une lecture accessible qui met la sensibilité à la surface des mots.

S. Améziane

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