Banque mondiale/The Indépendant/FMI : il y a un risque prochaine de faillite de l’Algérie



Au vu des données statistiques de la Banque d’Algérie, qui avancent que les importations de biens ont été de 58,58 milliards de dollars en 2014, plus les services 11,5 milliard, montant auquel il faut ajouter les transferts légaux de capitaux,(4/5 milliards de dollars/an) soit plus de 70 milliards de dollars en 2014 de sorties de devises, environ 51,50 milliards de dollars d’importation de biens en 2015, donc une sortie de devises avec les services dépassant 60 milliards de dollars, avec peut-être un léger recul pour 2016, la Banque mondiale prévoit dans son rapport de fin juillet 2016 des réserves de change courant 2018 de 60 milliards de dollars soit au rythme de la dépense actuelle l’épuisement 2019/2020.

Le décor planté par la BM est confirmé par le quotidien d’économie The Indépendent. Le 08 août 2016, le quotidien The Independent a une vision alarmiste déclarant: « L’Algérie risque la faillite dans moins de cinq ans ». Le 09 août 2016, le FMI moins pessimiste, note que le pays a devant lui « une occasion exceptionnelle de se concentrer sur la mise en œuvre de ces réformes essentielles et de refaçonner ainsi son économie sur un modèle plus pérenne, plutôt que de rester tributaire de réserves pétrolières qui risquent d’être épuisées d’ici vingt ans ». Il conseille au gouvernement d’accélérer les réformes de structures comme condition d’une économie diversifiée, ne devant pas compter sur un retour d’un cours du baril à plus de 70 dollars, faute de quoi le pays vers 2020 devrait connaitre des tensions économiques et sociales.

1.- Deux à trois ans de sursis

Vivant de l’illusion de la rente éternelle, généralisant les emplois improductifs, notamment dans l’administration, continuant à distribuer des revenus sans contreparties productives et des transferts sociaux généralisés et non ciblés, ne s’étant pas attaqué aux réformes de structures, en espérant un retour du baril supérieur à 80/90 dollars, le Venezuela est au bord de la faillite. L’Algérie, grâce au remboursement de la dette par anticipation, une dette extérieure faible, des réserves de change qui lui permettent de tenir trois années au rythme de la dépense actuelle, certaines rubriques étant incompressibles sinon c’est la faillite de tout le tissu productif et une inflation à deux chiffres que l’on ne pourra pas indéfiniment compresser par les subventions. C’est que le taux d’intégration, tant des entreprises publiques que privées, ne dépasse pas 15%, 70% et les besoins des ménages et des entreprises provenant de l’extérieur. La superficie économique est constituée à 83%, selon l’ONS, de petits commerce/services. Dans ce cas, la règle des 49/51%, instaurée en 2009, où l’Algérie supporte tous les surcoûts, n’a pas eu les résultats escomptés. Au contraire, elle a favorisé le doublement des importations sans que l’on sache – il n’existe aucun bilan- s’il y a eu réellement économie de devises, transfert technologique et manageriel. Le résultat mitigé de l’emprunt obligataire initié par le FCE, selon l’avis unanime des observateurs impartiaux, montre que le secteur privé, marginalisé par le passé, et soumis aux contraintes bureaucratiques, a un long chemin à faire pour dynamiser l’économie nationale. Les mesures conjoncturelles de dérapage du dinar tant par rapport à l’euro que du dollar et récemment des autres monnaies, est pour l’instant la seule solution pour atténuer le déficit budgétaire en gonflant artificiellement tant la fiscalité ordinaire que pétrolière mais au risque d’étouffer à terme, sans réformes structurelles, l’appareil productif, de paupérisation à travers l’épargne forcée notamment des couches moyennes et de généraliser l’inflation importée. Comme mis en relief également dans plusieurs contributions en arabe- français-anglais , à moins de 60 milliards de dollars de réserve de change, sous l’hypothèse d’une non dynamisation des sections rente, d’un cours de pétrole à prix constant, fluctuant entre 40/60 dollars, 33% des recettes de Sonatrach provenant du gaz, dont le prix de cession sera encore plus bas avec la fin des contrats à moyen/long terme (2018), le dinar officiel se cotera à plus de 150/160 dinars un dollar en 2018 et le parallèle s’orientant vers 200 dinars un dollar.

2.- L’urgence d’objectifs stratégiques

Le dernier message du FMI en ce mois d’août 2016 est clair : l’Algérie peut s’en sortir mais sous certaines conditions dont la moralisation de la société, la débureaucratisation de l’économie et le développement des libertés permettant l’épanouissement de toutes les énergies créatrices. Face à une éventuelle crise financière – la dépense publique a atteint un niveau intolérable qu’il s’agit de rationaliser et d’optimaliser, le pays dépensant deux fois plus pour avoir deux fois moins de résultats par rapport à certains Etats de la région MENA. L’Algérie a besoin d’un gouvernement resserré, composé de femmes et d’hommes compétents d’une haute moralité et non de courtisans. Il est entendu que la réforme institutionnelle doit être sous-tendue par des objectifs stratégiques clairement définis et datés dans le temps, à la fois politiques tenant compte de notre anthropologie culturelle, Etat de droit avec un consensus minimal qui ne saurait signifier unanimisme et économiques, aller vers une économie de marché à vocation sociale qui a été codifiée dans la nouvelle Constitution , comme facteur d’adaptation aux nouvelles réalités mondiales. Car l’on devrait assister entre 2017 et 2030 dans notre région à de profonds bouleversements géostratégiques. L’Algérie pourrait-elle continuer à fonctionner entre 2017 et 2020 sur la base d’un cours de à 110/120 dollars comme entre 2013/2015 et à 85/90 dollars selon le FMI comme en 2016 , assistant à une dépense publique galopante avec la dominance des emplois rentes avec un déficit de la balance des paiements qui dépassera, si le cours fluctue entre 45/50 dollars, 30 milliards de dollar fin 2016 (1). Le risque est l’épuisement du fonds de régulation des recettes début 2017 et comme conséquence immédiate un déficit croissant source de tensions économiques et sociale. Car les mesures purement monétaires ainsi que l’illusion mécanique des années 1970, à partir d’unités sporadiques sans vision stratégique, ne s’adaptant pas à la 4ème révolution industrielle, de nouvelles filières internationalisées poussées par l’innovation continue, et sans une autre gouvernance et réformes profondes ne peut que conduire le pays droit au mur.

3- La majorité des ministres ne savent pas communiquer

Ainsi, pour des raisons de sécurité nationale, s’impose une cohérence et visibilité de la politique socio-économique s’inscrivant au sein d’une vision stratégique ainsi qu’une cohérence gouvernementale. Car, la majorité des observateurs nationaux et internationaux constatent malheureusement des discours contradictoires entre membres du même gouvernement, parfois sur des sujets sensibles. Par ailleurs, même pour les affaires courantes, la majorité des membres du gouvernement prennent peu d’initiatives, des bureaucrates aux ordres, faisant remonter les problèmes même de gestion courante au niveau de la présidence de la République et surtout au niveau du Premier ministre. Tout cela renvoie à l’urgence d’institutions crédibles reposant sur la refondation de l’Etat au moyen de mécanismes plus décentralisés qui renforceraient globalement la cohésion globale. Dans la situation actuelle, plusieurs ministères se télescopent, ajoutant au manque de visibilité et de cohérence. Par ailleurs, la fonction de ministre est d’être, comme le montrent les expériences des pays développés et émergents, au contact tant de la sphère économique et sociale grâce à une communication active et cohérente. Or, la majorité des ministres ne savent pas communiquer, ne savent pas vendre ce qui a été pourtant positif, versant souvent dans l’euphorie et la démagogie alors qu’une bonne communication suppose d’être mesuré étant à l’ère d’internet. La fonction principale d’un ministre est d’avoir une vision stratégique, de prévoir et d’agir en conséquence, pouvant s’entourer de bons techniciens et experts, mais ne devant jamais fuir ses responsabilités. Il est avant tout responsable de la politique générale de son ministère, et selon la déontologie politique, il est responsable de toute action de ses collaborateurs, positive ou négative. Et en cas de mauvaise gestion ou de scandales financiers relatés par la presse (renvoyant à une justice indépendante), ils font retomber toute la responsabilité sur leurs collaborateurs, expliquant d’ailleurs la démotivation de la majorité des cadres. Or, la responsabilité est collective. Combien d’expériences montrent qu’un gouvernement n’est pas fait pour être obligatoirement populaire, mais doit avoir une vision stratégique d’optimalisation de la fonction objective stratégique, afin de réaliser la transition d’une économie totalement rentière à une production et exportation hors hydrocarbures de segments productifs au sein des valeurs internationales. Certes, on doit concilier efficacité économique et une profonde justice sociale, mais sans populisme, une nation ne partageant en principe que ce qui a été préalablement produit, la rente des hydrocarbures donnant des taux de croissance, de chômage et d’inflation biaisés.

4.- L’urgence d’une institution de planification

Comme sortie de la crise, l’Algérie doit avoir des objectifs stratégiques pilotés par de grands ministères, d’où l’urgence d’une réorganisation gouvernementale devant être synchronisée avec une réorganisation territoriale. Mais, il faut être réaliste, ce n’est pas la panacée, car le regroupement de Ministère ou le changement de ministres ou de PDG, sans objectifs stratégiques n’a aucun sens. Les économies occasionnées à court terme sont mineures mais ce regroupement permettra d’optimaliser la fonction/ objectif stratégique à moyen terme et donc réaliser d’importantes économies. La nouvelle Constitution ayant tranché pour un régime semi-présidentiel, le cabinet de la présidence devrait se doter de grands départements stratégiques homogènes en symbiose avec la nouvelle organisation gouvernementale et territoriale , chargé selon les orientations du président de la république et en étroite collaboration avec l’organe de planification, de définir les axes stratégiques du pays, le gouvernement étant chargé de l’exécution. C’est qu’avec l’effritement du système d’information, avec des données contradictoires d’un ministère à un autre, s’impose une institution de la planification et de la prospective, structure indépendante, pluridisciplinaire, composée des meilleures compétences, afin d’éviter la manipulation des données à des fins politiques, relevant du premier ministre ou du président de la République, les plus grands planificateurs – entendu management stratégique – étant les firmes internationales. Il s’agit de privilégier les intérêts supérieurs de l’Algérie, l’efficacité et non la distribution de rente. L’Etat doit réduire son train de vie, donner l’exemple de rigueur, éviter en cette période de crise des dépenses inutiles de prestige sans impacts économiques et sans impacts sur l’amélioration du pouvoir d’achat des citoyens.

5.- En finir avec les discours démagogiques

L’Algérie a besoin en ces moments difficiles non de discours démagogiques trompeurs, devant redonner confiance à la population algérienne, mais d’une autre politique économique et de rassembler tous ses enfants tenant compte de leurs différentes sensibilités, et non de se diviser sur des sujets secondaires. Il existe deux solutions : soit réaliser rapidement de profondes réformes structurelles avec des résistances des tenants de la rente, ou continuer dans l’actuelle politique socio-économique qui conduira le pays droit au FMI ce qu’aucun patriote ne souhaite. Finis la démagogie et les discours populistes. Ce ne sont pas quelques tapages, sans analyses sérieuses, de quelques journaux locaux en mal de publicité (la parabole et Internet sont là) sans impacts international et national, induisant en erreur leurs lecteurs, qui changement le cours des choses. Ce ne sont qu’à ces conditions réalisables que l’on évitera les sombres prévisions de la Banque mondiale et du quotidien The Independent, la faillite de l’Algérie horizon 2019/2020. Je ne saurai trop insister que le mal est en nous, la guérison dépendant avant tout des Algériennes et Algériens et que toute déstabilisation de l’Algérie aurait un impact négatif sur toute la région euro-méditerranéenne et africaine avec des interférences étrangères du fait des nouvelles mutations géostratégiques militaires, sécuritaires et économiques qui se dessinent entre 2017/2020.

Dr Abderrahmane Mebtoul, Professeur des Universités, expert international

(1) Voir nos interviews à ce sujet 09/08/2016- TV Djazairia et Numidia TV et contribution by Dr A. Mebtoul | Aug 10, 2016 – diffusion internationale -en anglais- site Mena/Forum (Bruxelles) Algeria’s Foreign Exchange Reserves Volatility – World Bank’s Report on Algeria’s reserves going down ?

Lire l’article depuis sa source : lematindz.net

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