LA BELLE ET LE LIVRE. Par Hammar Boussad.



Mhend n’aimait pas les livres. Il fréquentait rarement les librairies. Il lui arrivait d’y entrer uniquement pour acheter un journal, un stylo… mais jamais un livre. Une fois, en rentrant dans la librairie « Tamusni », située au cœur d’Azazga, il remarqua une jolie vendeuse qui lui fait tourner la tête. Il doit trouver un prétexte idéal pour pouvoir s’attarder dans la librairie d’une manière intelligente qui n’attire pas les soupçons afin de pouvoir contempler à la dérobée cette charmante fille qui a fait chavirer son cœur par un coup de foudre instantané. Dans une librairie, le livre s’avère la seule issue qui puisse tirer Mhend de son embarras.

Il fait semblant de s’intéresser aux livres. Il fait lentement le tour de tous les nombreux rayons qui existaient dans cette librairie spacieuse et calme. Il prend délicatement un livre dans ses mains tout en rêvant de le voir transformé en vendeuse comme dans les contes magiques, les contes de fée. Il feuillette les livres amoureusement en regardant attentivement les titres et les noms des auteurs. Quelques fois, il lit les résumés, les préfaces ou les biographies tout en cherchant de ses yeux amoureux la princesse de ses rêves.

Timide mais encouragé par les ailes de l’amour, il s’enhardit pour lui poser  des questions sur les publications récentes, les écrivains les plus célèbres qui ont gagné des prix littéraires comme le Nobel ou le Goncourt, par exemple.

En rougissant, il lui demande de lui conseiller les meilleurs romans qui font oublier les soucis et ceux qui font voyager les lecteurs vers des contrées paisibles, belles et romantiques.

Tassadit- c’est le nom de la vendeuse- gentiment et naïvement lui conseillait de lire tel livre de tel auteur plébiscité par les critiques et les lecteurs. Avec le temps, Mhend se met à lire réellement des livres pour trouver matière à discuter avec la vendeuse. Quand l’occasion se présente, il la félicite pour ses merveilleux goûts littéraires et sa vaste culture générale. Il profite aussi pour lui raconter avec un grand talent oratoire et une belle voix douce et tendre le début d’une jolie histoire qui l’a captivé et attendait impatiemment qu’elle lui demande de lui narrer la suite.

Mhend est maintenant doublement amoureux : de la vendeuse et de ses livres.

Dés qu’il termine sa journée de travail dans la banque, il s’empresse de rejoindre la librairie avec sa Renault 4. Au fil du temps, Tassadit commence à s’intéresser à ce client un peu spécial qui aime les livres plus que les autres. Elle commence à guetter ses faits et gestes. Bien avant de rentrer à la librairie, elle remarque sa voiture rouge qu’il stationne toujours devant la porte. Elle connait le bruit du moteur et ses habitudes par cœur. Elle devine ses intentions.

Elle sait qu’il prendrait un livre tout en pensant à elle et en réfléchissant au meilleur moyen de l’aborder. Elle n’est pas insensible à ce garçon qui commence à lui plaire. Quand elle voit la tendresse avec la quelle il caresse le livre plus qu’il ne le touche, elle ne peut s’empêcher d’envier le livre. Elle rêvait de prendre la place du livre dans les bras de Mhend.

Un jour, Mhend rentre dans la librairie et demande à Tassadit :

-« Bonjour ! Est-ce que vous avez le recueil de poésie intitulé : « Aimer, rêver et espérer, » publié par mon ami Hammar Boussad aux éditions Edi. Livres. »

« Attends un peu, je vais voir sur le rayon des invendus. »

Tassadit monte sur une échelle et commence à chercher. Quelques instants après, l’échelle se met à trébucher. Des livres tombent par terre mais Tassadit tombe dans mes bras, saine et sauve. Pour me remercier, elle m’offre un roman gratuitement.

Comme vous voyez amis lecteurs, le hasard semble faire la part des choses. Pourtant, la suite des événements n’est pas réjouissante. Comme je n’aime pas les histoires tristes, je vous laisse le soin d’imaginer la suite.

Par Hammar Boussad.

 

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