Birmanie : la chasse aux Rohingyas, pourquoi et depuis quand ?



« Le racisme est une peur devenue folle, et c’est ce qu’il faut éviter à tout prix si l’on veut que l’humanité survive ». Cette fameuse formule de l’ethnologue française, Germaine Tillion, est celle qui décrit le mieux la situation effervescente que connaît, depuis quelques années, la minorité musulmane en Birmanie.

L’armée birmane est accusée de liquidations physiques, de viols massifs par l’ONU. On parle d’un nettoyage ethnique. A preuve ? près de 70 000 Rohingyas ont fui vers le Bangladesh les exactions de l’armée birmane. Le tout avec le silence d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix.

Ce qui se déroule dans le nord de la Birmanie est effroyable. Un nettoyage ethnique, selon les ONG de défense des droits de l’homme. L’armée birmane poursuit toujours, son « opération de nettoyage » en brûlant et en saccageant tout ce qu’il y a de musulman sur son passage, sous le prétexte de chercher les « terroristes ». LEs témoignages sur des femmes violées, des hommes égorgés et des enfants massacrés donnent froid dans le dos. Les enquêteurs des Nations unies ont recueilli les témoignages de plus de 220 réfugiés Rohingyas. Des déclarations que confirment, en outre, de nombreuses ONG, notamment Amnesty International et Human Rights Watch. Cette dernière a par ailleurs diffusé, novembre dernier, des photos satellites montrant que 1200 maisons ont été brûlées par les soldats.

Depuis la loi birmane sur la citoyenneté de 1982, cette minorité qui représente seulement 4,3% de la population birmane, n’est légalement pas reconnue comme telle par le régime. Classés comme des « musulmans apatrides du Bangladesh », et demeurant principalement dans l’Etat d’Arakan (nord-ouest du pays), les Rohingyas, contrairement à la majorité bouddhiste (87,9%), n’ont pas le droit de possession de terres et sont tenus de signer un engagement à ne pas avoir plus de deux enfants, d’où les difficultés à se marier et l’interdiction d’étudier…

Quand est-ce que cette « peur » est-elle devenue « folle » ?

Au début de juin 2012, des violences interethniques éclatent entre musulmans et bouddhistes. Les affrontements ont causé la destruction de milliers de maisons ainsi que la mort de plus d’une cinquantaine de personnes des deux communautés. L’origine de la flambée de cette violence serait le viol d’une jeune fille bouddhiste dont le crime fut attribué aux musulmans. Le chaos est semé et, l’état d’urgence étant proclamé, les forces armées prennent le contrôle de la région. Plus de 200 personnes avaient perdu leur vie.

En 2013, à la ville de Meiktila, après une querelle entre un vendeur de confession musulmane et des clients bouddhistes, de nouveaux affrontements éclatent. Cette fois-ci, les émeutes éclatent successivement dans de nombreuses villes dans l’ouest du pays, avec beaucoup plus de dégâts qu’auparavant. L’Etat de l’Arakan se transforme en un véritable coupe-gorge pour les musulmans.

Une haine historique

Mentionné pour la première fois en 1799 par un géographe écossais, Francis Buchanan-Hamilton, et réutilisé par des activistes musulmans voulant s’identifier, le terme « Rohingya » serait, politiquement, un acte de résistance. Car dans l’autre camp, on préfère les qualifier de « Bengalis », pour désigner l’origine de cette population musulmane, mais surtout pour renforcer leur marginalisation.

Après les débuts de l’occupation britannique du territoire birman en 1826, des musulmans, attirés par la commercialisation du riz et le dynamisme du port d’Akyab (Sittwe aujourd’hui) et encouragés par les Britanniques, quittent le Bengale (territoire partagé aujourd’hui entre l’Inde et le Bangladesh) pour s’implanter en Arakan. C’est alors que les graines de l’hostilité arakanaise envers les musulmans furent semées.

Après l’indépendance du pays en 1948, la démocratie se voyait assurée, mais cette dernière ne fut qu’un pur fantasme. En 1962 l’armée met en scène le coup d’Etat qui va lui permettre de diriger le pays pendant 50 ans. « Dès lors, le pouvoir a instrumentalisé le bouddhisme pour consolider son processus d’unité nationale », dit l’anthropologue et spécialiste de la Birmanie, Alexandra de Mersan, lors d’une interview avec Le Point. « Il s’est développé chez eux une réelle peur par méconnaissance de l’islam », ajoute-t-elle. « Les Arakanais ont notamment été très choqués par la destruction par les talibans des Bouddhas de Bâmiyân, en mars 2001 en Afghanistan, mais aussi par le 11 septembre, dont les images ont été allègrement diffusées par la télévision birmane ».

Mais même après la «démocratisation» du pays, notamment avec la venue d’Aung San Suu Kyi, « les haines, retenues par des chapes de plomb, se sont alors exprimées au grand jour », dénonce l’analyste et spécialiste de la Birmanie, Maël Raynaud, lors d’une interview avec le même média. «Pour les Arakanais, la démocratie signifiait dès lors que tout était permis,» ajoute-t-il.

Selon Le Monde, « le nombre des Rohingyas dans l’Etat d’Arakan est évalué à 1,3 million. Ils sont 1 million en exil ».

Pendant ce temps là, la Prix Nobel de paix Aung San Suu Kyi reste toujours silencieuse, tandis que l’ONU l’alerte sur le « nettoyage ethnique » des Rohingyas, qui les qualifia de « la minorité la plus persécutée au monde ».

Youssef Ousama Bounab

Source : lematindz.net

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