Bouteflika, l’ami et laudateur patenté du dictateur !



En décrétant un deuil de huit jours en hommage à Fidel Castro, Abdelaziz Bouteflika fait mieux que le dictateur Nord-Coréen Kim Jong Un, qui n’en a décrété que trois et à peine moins que Cuba, qui en a ordonné neuf !

Tout un symbole ! Dans la lettre de condoléances qu’il a envoyée au puissant frère du défunt dictateur, Bouteflika s’est laissé submerger par l’émotion, qualifiant le décès d’El Comandate de « grande perte pour le peuple algérien ». En quoi et comment la disparition de Fidel Castro serait une perte pour l’Algérie ? L’un des grands faits d’amitié qu’on peut reconnaître à Castro est sans nul doute son soutien militaire à l’Algérie dans sa « guerre des sables » contre le Maroc en octobre 1963. Le président cubain y avait mis toute son aide pour le pouvoir de Ben Bella-Boumediene.

Revenant sur sa relation avec l’ex-révolutionnaire anti-impérialiste, le président algérien soutient : « Avec sa disparition, je perds personnellement, un ami et un compagnon de plus d’un demi-siècle » avant de parler au nom du peuple pour dire toute l’admiration qu’il voue au très controversé personnage. « C’est aussi une grande perte pour le peuple algérien qui entretient une relation particulière avec El Commandante, faite de respect, d’admiration et d’affection mutuelle ».

Plus loin dans son message, Abdelaziz Bouteflika rend hommage au parcours exemplaire de Leader Maximo un homme « épris des nobles valeurs de justice » le décrivant comme « fondateur et clairvoyant dirigeant de sa nation et d’homme d’État éclairé », avant de saluer en lui sa grande « générosité et sa rectitude ».

Dans son long message, Bouteflika semble parler d’un homme fantasmé, du jeune avocat révolutionnaire qui a combattu le général Batista, l’impérialisme américain et soutenu la révolution algérienne. Sauf qu’au « projet de grand homme en herbe » avait succédé un dictateur austère, qui a dirigé son pays d’une main de fer, cinquante années durant. Un despote qui a légué le pays à son frère, comme on cède un bien en héritage. Un tyran qui a assassiné, torturé et contraint ses opposants à l’exil et près d’un million d’autres Cubains, qui a terrorisé et contrôlé son peuple avec un appareil policier digne de l’abominable Gestapo.

Cuba, le pire pays d’Amérique latine selon RSF en 2016

Observons froidement l’état des libertés à Cuba. Fidel Castro et actuellement son frère ne sont pas connus pour être des grands amis de la liberté de la presse. Loin s’en faut. Fidel Castro a fermé l’espace médiatique n’autorisant qu’un seul journal et qu’une seule télévision, liquidant, emprisonnant, menaçant et intimidant les journalistes qui osaient le critiquer. RSF (*) classe d’ailleurs Cuba au 171e rang sur 180 pays au classement mondial de la liberté de la presse de 2016, le qualifiant de « pire pays d’Amérique latine en matière de liberté de la presse ». Uniquement entre juin 2015 et août 2016, RSF a enregistré 428 attaques contre les médias, dont 249 faisant état de détentions arbitraires.

Jesus Zuñiga, journaliste indépendant cubain, qui avait fui son pays vers la France en 2006, avait fait des confidences glaçantes à la presse mondiale (**) : « … Mes révélations sur les graves maux sociaux du pays comme la corruption, la drogue, la prostitution, les atteintes aux droits de l’homme ou la torture en milieu carcéral, avaient exaspéré le pouvoir. La drogue et la corruption, en particulier, sont des sujets tabous. »

Parlant de l’atmosphère politique délétère dans laquelle le pays est plongé, il révélait à l’époque « qu’avec un Fidel Castro mourant et une crise sociale latente, le pouvoir s’est chargé de faire comprendre à l’opposition qu’elle devait rester tranquille. Deux dissidents ont disparu pendant quelques jours, et les autres ont été fermement priés de ne pas bouger de chez eux. »

Quant à la vie quotidienne des Cubains, il disait que ceux-ci ne pouvaient « ni changer de logement, ni circuler librement dans leur pays (les gens de l’Oriente – la partie orientale et la plus pauvre de l’île, où se trouve la Sierra Maestra et dont la capitale est Santiago de Cuba – ont le droit de passer une semaine à La Havane, après quoi ils sont dans l’illégalité), qu’ils n’ont accès ni au téléphone portable ni à la télévision par satellite ni, naturellement, à Internet… ». Avant d’enchaîner : « Tout le monde vit dans la terreur. Les gens craignent pour leur famille, pour leur emploi et pour leur propre sécurité. Ce climat malsain ne facilite pas notre travail. »

Fidel trônait 50 ans sur une « Île-prison »

Fidel Castro avait donc fait de son pays, une dictature à la soviétique avec un parti unique (Partido Comunista de Cuba) articulé autour de sa seule personne. Un Etat sans économie réelle, comptant essentiellement sur les subventions de la défunte URSS 30 années durant, qui lui achetait sa canne à sucre à dix fois le prix du marché. Avec le chute du bloc soviétique, et l’embargo américain, le pays était devenu encore plus pauvre, un pays qui avait faim, rationné, terrorisé et corrompu. Le pays a même cultivé le racisme où la population noire souffre. Même actuellement, de grandes discriminations existent. En témoigne leur forte population carcérale. Le régime castriste a fait des membres du Parti, des véritables oligarques, qui flirtent avec les narcotrafiquants et qui s’engraissent de la manne provenant du tourisme florissant.

Les Cubains sont, quant à eux, soumis à un régime d’embrigadement particulièrement sévère. Ils manquent de tout : de vivres, de livres, de logements, de moyens de transport. Lorsque l’on visite Cuba, les gens quêtent, vous demandent vos cigarettes, T-shirts, espadrilles, crayons, montre, chewing-gum, votre jean et…des pesos. Seule avancée à reconnaître ? Son système de santé réputé pour être efficace. A preuve ? Des médecins cubains s’exportent très bien et exercent dans de nombreux pays.

Dans sa lettre de condoléances adressée à Raul Castro, Bouteflika montre tout son mépris pour le peuple cubain meurtri. « En vous renouvelant, Excellence et cher ami, mes condoléances les plus attristées et en vous priant d’être mon interprète auprès de votre auguste famille et du peuple cubain ami, de mes sentiments de sympathie et de solidarité… », écrivait-il. Mais décidément, ce que les dictateurs ont en commun, c’est leur incroyable cécité, car ils ne voient pas le mal qu’ils propagent autour d’eux, et le mépris que le peuple leur voue.

Le jour de son décès, les milliers d’exilés cubains, notamment aux États-Unis, ont longuement célébré la mort de Fidel Castro, jusqu’à l’aube du dimanche 27 novembre, rapportait l’AFP. « Je ne me fatigue pas de faire la fête (…) parce que je pensais que ce moment n’arriverait jamais». Scandait une manifestante. D’autres hurlaient leur joie en scandant «Liberté, liberté, prend ton frère Raul et allez en enfer ». Quant au maire de Miami (fief des exilés cubains), Tomas Regalado, il déclarait qu’on ne pouvait reprocher aux Cubains de fêter la mort de Fidel Castro car « ce n’était pas un dirigeant, mais un dictateur ».

Hebib Khalil

(*) Cuba

(**) CUBA, UNE DICTATURE AU QUOTIDIEN

Source : lematindz.net

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