Brahim Tazaghart : « Tamazight doit être un combat quotidien. »



Continuant sur sa lancée, la jeune et dynamique association culturelle Mouloud Feraoun de Tifrit At Umalek, village situé dans la commune d’Idjeur, daïra de Bouzeguène, a convié l’éditeur et écrivain d’expression Amazigh Brahim Tazaghart à animer une conférence portant sur le mouvement Amazigh et ses perspectives, une thématique toujours d’actualité, en ce vendredi 12 Mai 2017.

Le public était malheureusement absent. Les chaises vides étaient plus nombreuses dans cette petite bibliothèque aménagée en salle de conférences. Les citoyens étaient probablement partis faucher le foin ou suivre un match de Football retransmis sur la télévision. Les gens commencent de plus en plus à se désintéresser de la culture et encore plus de la politique. Les sociologues pourraient peut-être nous expliquer les raisons.

Pour l’orateur, le combat pour la cause Amazigh doit se faire tous les jours de l’année. Le 20 Avril doit être une pause pour faire les bilans, rectifier le tir et repartir sur de nouvelles bases pour reconquérir les espaces perdus.

Cette année 2017 coïncide avec le centenaire de Mouloud Mammeri mais paradoxalement, rien n’a été fait pour commémorer le précurseur du printemps Amazigh. Il est navrant de constater que les Kabyles oublient vite les enseignements du passé, les repères et les symboles. Ils ne cultivent pas la mémoire. Il ne manque pas de fustiger sans les nommer, les autonomistes, les indépendantistes et les boycotteurs.

Pour le conférencier, le 20 Avril ne doit pas être folklorisé. Il doit servir à chaque occasion de source de renouveau. Il fut un temps dit-il, nous étions ignorés par l’histoire. Les occidentaux et les orientaux ont tout fait pour détruire notre identité, notre langue, notre culture. Heureusement, le printemps Amazigh est venu imposer notre identité après des tentatives avortées en 1930 et 1949. Il a rendu hommage à Belaid Ait-Ali, le précurseur de la littérature Amazigh qui a écrit le premier roman en 1946.

En 1937, Mouloud Mammeri a écrit un texte fondateur qui doit être le livre de chevet de tous les Berbères qui se respectent. Le texte est intitulé : « Les Berbères persistent mais ne résistent pas. »

Selon l’écrivain, les Berbères ont toujours préconisé la fuite en avant. Ils ont toujours fui vers les montagnes stériles, délaissant les riches plaines au profit de l’ennemi. Les Berbères n’ont pas encore fait la rupture avec leurs peurs, leurs doutes, leurs errements, leurs complexes, leurs archaismes.

Pour Brahim Tazaghart, les Imazighen effectuent un repli sur eux-mêmes destructeur. Ils doivent impérativement méditer les pensées fécondes de Mouloud Mammeri qui sont toujours d’actualité. Ils doivent bâtir leur civilisation avec intelligence et persévérance en comptant sur leur propre génie, en s’ouvrant sur les autres régions qui défendent des valeurs communes, en bannissant le tribalisme, le sectarisme, le narcissisme et toutes les formes d’extrémisme. Le renouveau Amazigh doit englober toute l’Afrique du Nord. Il est grand temps de replacer l’intelligence au cœur de l’action, dit-il en conclusion.

Par Hammar Boussad.

Laisser un commentaire