Ce que cachent les attaques contre Nouria Benghebrit: La dernière bataille des islamistes



Le système éducatif subit de plein fouet un tiraillement entre l’aspiration à la modernité et le bâillonnement par l’obscurantisme religieux.

L’islamisme a disparu des maquis, mais il est dans l’air, il est dans les rues, il s’est approprié nos mouvements et s’est moulé à nos vies intérieures pour modifier nos codes de vies et nos comportements. Il est dans nos écoles… A l’évidence, l’Algérie de 2016 ne conçoit pas l’islamisme comme partie intégrante et légitime de ses orientations. Dans ce cas peut-on alors cautionner les attaques et les fourberies subies par la ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit? C’est connu, la tactique est éculée, l’islamisme fondamentaliste s’attaque toujours en premier lieu à la société civile, aux porteurs de la réflexion comme les intellectuels et les hommes et femmes de culture.
Le combat contre la terreur rampante de l’islamisme se fait aussi en dehors des maquis car l’islamisme radical enfante comme un monstre opaque par le vide de la réflexion. Une société qui ne se réfléchit pas, est une société condamnée au cycle de la violence et restera ancrée dans les bas-fonds du Moyen àge.

La Constitution de 1989 a consacré une ère nouvelle. Le pluralisme politique était une ascension positive pour le paysage politique algérien, la diversification et le dialogue étaient engagés.
L’échange et l’ouverture du débat sont les moyens les plus sûrs pour révéler nos meilleures capacités car c’est dans l’opposition que nous exposons le meilleur de nous-même.

Hélas, cette chance n’a pas été saisie. Elle a échappé au peuple algérien car est apparu au grand jour ce monstre de l’islamisme en gestation depuis une décennie au sein du peuple qui était affaibli par des conditions de vie qui se détérioraient en parallèle d’un ludique baril de pétrole dont le prix s’effondrait à vue d’oeil. En 1991 le monde entier découvre l’islamisme radical algérien et ses lugubres porte-voix dont la haine n’a d’égal que la violence qu’ils ont générée.

Les généraux de l’armée algérienne (ANP) prennent la décision d’interrompre le second tour des élections prévues pour le 16 janvier 1992. Cette décision est probablement la plus grave et la plus importante que le gouvernement algérien ait eu à prendre depuis l’indépendance du pays en 1962. Comme l’affirmait le mois dernier le général-major à la retraite Mohamed Touati qui s’exprimait sur France 2 «prendre une telle responsabilité, c’était un problème de conscience, délicat». Pour la première fois, une réflexion sur la vision de l’Algérie était réellement engagée dans les hautes sphères de l’Etat. Cette Algérie devait-elle sombrer dans l’islamisme?

L’ANP et toute une majeure partie de la société refusaient de voir le pays sombrer dans l’extrémisme religieux. Ce qui avait fait la promotion de la radicalisation et l’implantation du fondamentalisme, c’était le vide politique et l’impression que le pouvoir ne répondait plus aux aspirations du peuple. Or, face à la menace islamiste, d’une manière qui a enclenché de nombreuses polémiques, l’ANP estimait que ce projet d’installer une théocratie ne répondait pas aux orientations et aux rêves que nos pères fondateurs avaient dessinés pour nous un certain 1er novembre 1954…

Les livres d’histoire inscriront l’ANP comme victorieuse face à l’extrémisme religieux en Algérie, si ce pays veut s’inscrire dans la modernité alors ce choix fut le seul qui pouvait aboutir à maintenir l’Algérie en tant que nation responsable. Ce fut à cet arrêt du processus électoral que les véritables questions sur la nature de l’essence même de ce pays se sont posées.

Quelle Algérie souhaitons-nous?
Le pouvoir était confronté à un choix de modèle de société, et une décision fut prise. Cette décision fut lourde de sens. Elle fut assumée de manière spartiate et porteuse de moult polémiques. Dans cette opposition entre le pouvoir et l’islamisme ardent, s’élevait une voix qui n’a pourtant reçu que très peu d’échos, celle qui appelait à lutter contre la destruction massive de la société algérienne, celle qui exhortait à l’arrêt total de la violence (car la violence n’est pas une fatalité), celle qui voulait éviter le déchirement substantiel de notre tissu identitaire, cette voix était celle d’Ait Ahmed et du FFS. Il proposait une solution car elle engageait l’Algérie, au bord du précipice, à se penser et définir solidement ses orientations.

L’Algérien a été confronté à lui-même, il a été contraint de se regarder et décider et dans quel genre de société il souhaitait s’inscrire. Toutes ces hautes personnalités qui prirent la décision d’interrompre le processus électoral furent confrontées à deux grandes questions, la première est bien entendu la question de la conscience démocratique. Et la seconde était et reste d’actualité: quelle Algérie souhaitons- nous?

Si la décennie noire a révélé le potentiel destructeur du terrorisme islamique, l’ANP remplit sa tâche convenablement et sans relâche. Même dans les moments les plus sanglants, l’Etat algérien ne reviendra pas sur sa décision d’éradiquer le terrorisme. L’armée ratissait les maquis. Cependant, si la guerre dans les maquis est primordiale, elle n’est pas radicale. Elle doit être coordonnée avec la guerre de la pensée pour éradiquer l’islamisme. Car l’ennemi est subversif, se renforce et il est en mutation permanente, il renaît de ses cendres, là où il semble anéanti. L’islamisme d’aujourd’hui est bien plus pervers et bien plus destructeur que celui d’hier.

Cette guerre est plus longue et bien plus difficile, elle nécessite la mobilisation de toutes les forces et à ce titre, l’intellectuel joue une place d’éclaireur des consciences. Or, l’Algérie de nos jours subit les répercussions de ce vide incommensurable laissé par les intellectuels assassinés durant la décennie noire. Des lumières, des éminences grises ont payé de leur vie le dur combat contre l’obscurantisme. On se souvient de ses mots dans le chef-d’oeuvre de Tahar Djaout Les Vigiles: «Notre religion récuse les créateurs pour leur ambition et leur manque d’humilité; oui, elle les récuse par souci de préserver la société des tourments qu’apporte l’innovation……Mais l’inventeur -auquel se rattachent des notions aussi dépaysantes que l’effort, la patience, le génie, le désintéressement -relève d’une race encore inconnue chez nous.»

Ces hommes, comme Saïd Mekbel, Abdelkader Alloula, étaient les plus grands remparts contre ce radicalisme moyenâgeux. Une société apparaît qui ne se pense pas, puisque l’islamisme nie cette capacité à l’homme, il reste un éternel sujet.
Le système éducatif dans notre pays subit de plein fouet ce tiraillement entre aspiration à la modernité et bâillonnement par l’obscurantisme religieux. La ministre de l’Education, Nouria Benghebrit, percute frontalement les déviantes ramifications et subit les secousses islamistes au sein même de son département et dans la société. Pour la simple raison qu’elle est une femme et qu’elle épouse le changement, qu’elle entreprend un développement du système éducatif qui tend vers la modernité. S’attaquer à l’école, revient inéluctablement à s’attaquer aux fondements même du pays, c’est massacrer la génération de demain et annihiler sa pensée.

Après les récentes malversations et les fuites révélées des sujets du bac, une enquête officielle et sérieuse s’impose pour révéler ce mal qui entend réduire nos enfants à l’ignorance et maintenir notre système d’éducation dans la médiocrité. Il faut surtout un châtiment exemplaire! L’islamisme veut priver l’enfant algérien qui sera le citoyen de demain des instruments vitaux et fondamentaux de la réflexion. Ce choix est constamment influencé par un islamisme charrié par l’Arabie saoudite et le Qatar en première ligne par le biais de chaînes télévisées au discours primitif et nauséabond. L’islamisme en Algérie s’est transformé et s’est approprié des parts entières du commerce informel. Il s’est fructifié grâce à l’import- import et il engrange des profits inestimables. L’islamisme algérien s’est diversifié, il prêche la foi, mais lui préfère l’argent et ses avantages. Il est même prêt à se mettre à jouer avec ses propres dogmes lorsqu’il s’agit de s’assurer une rentabilité. Mais le plus grand danger de cet islamisme est le fait qu’il implique une ingérence sournoise de pays comme l’Arabie saoudite au sein de notre pays.

L’islamiste algérien d’aujourd’hui est ce que le harki était à la France durant la guerre d’indépendance. L’islamiste algérien agit comme un satellite aux idées néfastes wahhabites, il préfère nier son algérianité et son identité pour laquelle ses pères ont pourtant versé leur sang. Cette même Arabie saoudite qui décide d’organiser en mars 2016 de cette ère une conférence pour décider «si la femme est un être humain?» et débattre si la femme possède réellement une âme. Cependant son modèle de compassion et de respect du croyant musulman est à l’image de la souffrance que subit le Yémen à ce jour, peu médiatisé, ce conflit montre la force de l’horreur dans laquelle peut plonger le royaume wahhabite lorsqu’il se sent menacé, face à une prétendue secte chiite. Le Yémen, déjà un des plus pauvres au monde a été pratiquement rayé de la carte. Le Yémen vit une crise humanitaire sans précédent, sous le regard passif et complaisant du saint patron musulman saoudien, exemple planétaire de piété islamique.

L’Armée a fait son job
De grands mouvements stratégiques s’opèrent: le Qatar continue de répandre son influence de manière pernicieuse par des financements malsains et par des alliances aux desseins obscurs. Les pays arabes ont sombré l’un après l’autre dans le chaos, l’Algérie se maintient mais jusqu’à quand? La leçon est évidente. Une Algérie qui se pense est une Algérie qui s’engage sur le chemin de son émancipation. La maturité politique ne peut s’engager que par la réflexion de tous les citoyens. Une réflexion juste et ordonnée, sur des choix, sur des orientations sociales. Si le pouvoir a été confronté à ce choix en 1991, en 2016 c’est chaque citoyen algérien qui doit clarifier et ausculter ses désirs sur le genre de nation dans laquelle il désire évoluer. Cette opposition entre ouverture à la modernité, laïcité, pluralisme, reconnaissance culturelle et obscurantisme religieux rétrograde doit être débattue par la société civile et le choix doit être ensuite défendu par une réelle volonté politique honnête et tranchante.

Il est urgent de combler le vide culturel, intellectuel et idéologique causé par le monstre de l’obscurantisme. Il convient pour cela de promouvoir la pensée au sein même de la société pour qu’elle acquière des réflexes et réussisse à se définir. La guerre n’est plus dans le maquis, l’armée a fait son travail de défense sur le terrain, la guerre est désormais dans les consciences, c’est au tour de chaque citoyen d’engager la lutte. Celle-ci est la plus critique, elle sera décisive.

La situation géopolitique actuelle et la position stratégique en Afrique du Nord de l’Algérie ne révèle que le facteur militaire, ne sommes-nous pas en mesure nous peuple digne héritier de la pensée révolutionnaire d’offrir une autre arme pour contrer l’hydre terroriste? Une arme qui ne nécessite pas l’implantation de prétendus centres de déradicalisation islamiste à la française qui connaissent par ailleurs un terrible fiasco. L’Algérie pourrait offrir cet autre modèle et être un précurseur rationnel et conscient dans la lutte contre l’islamisme dévastateur de nos cultures ancestrales. De cette voie uniquement jaillira la solution. L’Algérie a été le premier pays à subir le terrorisme islamiste, elle peut être le premier pays aussi à définir le modèle de solution. Mais le désire-t-elle vraiment?

Lexpressiondz.com

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