Ce référendum historique va façonner l’Union européenne de demain



Royaume-Uni Rester ou partir? Jamais auparavant un Etat membre n’avait posé la question à ses citoyens. Va-t-on vers la paralysie ou la fracture?

Quitter l’Union européenne (UE) ou rester dans le club des Vingt-Huit… Au Royaume-Uni, le suspense aura vraiment duré jusqu’au bout. Mais bien avant ce jeudi de référendum, auquel 46,5 millions d’électeurs étaient appelés à participer, une chose était déjà évidente pour l’ensemble du Vieux-Continent: l’Europe ne sera plus jamais la même. Pour la première fois, un Etat membre a demandé à ses citoyens s’ils souhaitaient se retirer du grand projet communautaire. Ce ne sera probablement pas le dernier. Et cette menace pèse forcément sur l’avenir de la construction européenne.

Cela dit, depuis sa naissance, l’UE a été façonnée à coups de référendums. Ainsi le peuple danois, en 1992, a d’abord refusé de ratifier le traité de Maastricht avant de dire «oui» un an plus tard, une fois que Copenhague a obtenu de ne pas être contraint par les politiques communes en matière monétaire, militaire ou encore migratoire. Ce traitement d’exception, le Royaume-Uni a également pu en bénéficier. La Suède, avant de soumettre à référendum son adhésion à l’UE, a négocié de conserver sa monnaie nationale. Finlande et Autriche ont sacralisé leur neutralité avant d’affronter les urnes.

La monnaie unique est née en 1999 dans une «zone euro» qui ne regroupe qu’une partie des membres de l’UE. Une Europe à deux vitesses, donc. Ou plutôt, à géométrie variable, surtout si l’on y ajoute cet espace Schengen pour la libre circulation des personnes, créé sans le Royaume-Uni et l’Irlande, mais avec la Suisse, la Norvège et l’Islande, pourtant non-membres de l’UE.

Efficace mais paralysant

Le traité de Nice, lui aussi, a été refusé une première fois en 2001 par les Irlandais, qui l’ont accepté en 2002 après renégociation. Mais le référendum le plus retentissant (avant celui de ce jeudi), ce fut bien sûr le refus en 2005 par les Français et les Néerlandais d’une Constitution pour l’UE, jugée peu démocratique par certains. Un échec qui déboucha cependant sur davantage de pouvoirs pour le Parlement européen dans le traité de Lisbonne… que l’Irlande refusa en 2008, avant de l’accepter l’année suivante.

Bref, tout le monde a compris qu’une menace de référendum peut permettre d’obtenir des concessions. En février dernier, bien des politiciens européens ont promis de suivre l’exemple du premier ministre britannique David Cameron, qui avait décroché la possibilité de réduire l’assistance versée aux migrants et rester à l’écart des prochaines étapes d’intégration européenne. Autant dire qu’il pourrait devenir difficile de continuer à «approfondir» l’Union. Qui prendrait aujourd’hui le risque de voir se multiplier des consultations populaires, dans un contexte de montée des nationalismes et de rejet de la mondialisation? Verra-t-on une UE paralysée? Ou progressivement disloquée?

Un fossé entre deux Europes

Autre scénario, des politiciens appellent à renforcer d’urgence la zone euro, la dotant d’un ministre des Finances et d’un Fonds monétaire européen. C’est le cas par exemple de Nicolas Sarkozy, candidat non déclaré à l’élection présidentielle française. Selon lui, ce «noyau dur» conserverait toujours des liens de libre-échange avec la périphérie, c’est-à-dire le reste des Vingt-Huit Etats membres de l’UE. Mais un lien peu contraignant, qui impliquerait certains domaines de convergence, comme la recherche, l’énergie ou l’agriculture. Ainsi, dans l’Europe à deux vitesses, l’écart ne serait jamais comblé. Ce serait là une forme d’adieu au rêve d’unité continentale.

(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Par Andrés Allemand

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