Chine : Pékin voit ses exportations s’essouffler en avril



Les exportations de la Chine –exprimées en dollars– ont reculé de 1,8% sur un an en avril, trébuchant à nouveau après leur spectaculaire rebond du mois précédent, tandis que les importations continuaient de s’enfoncer, signes de la fragilité persistante de la conjoncture dans le pays.
Les exportations du géant asiatique, principale puissance commerciale de la planète, marquent à nouveau le pas: elles se sont établies le mois dernier à 172,8 milliards de dollars, selon les chiffres publiés samedi par les douanes chinoises.

Un chiffre scruté de près pour jauger la santé de la deuxième économie mondiale, engagée dans une douloureuse transformation de son modèle de croissance et confrontée à une demande mondiale terne.
Les douanes avaient d’abord fait état d’un montant de 1.130 milliards de yuans, en hausse de 4,1% sur un an. Mais la forte dépréciation du renminbi (autre nom du yuan) sur l’année écoulée a sensiblement pénalisé l’équivalence en dollars.
Ces statistiques s’avéraient en tout cas bien moins bonnes qu’attendu par les analystes interrogés par l’agence Bloomberg, qui tablaient sur une stabilisation (en dollars) des exportations en avril.
« La nette embellie des chiffres du commerce en mars aura été de courte durée », commentait Zhou Hao, économiste de la banque Commerzbank, cité par Bloomberg.
De fait, le contraste était marqué avec le très solide rebond du commerce extérieur de la Chine dans le sillage des congés du Nouvel an lunaire: après huit mois de plongeons consécutifs, ses exportations s’étaient envolées en mars de 11,5%.
Le tableau ne s’éclaircit pas non plus du côté des importations: celles-ci ont plongé en avril de 10,9%, se repliant pour le 18e mois consécutif, à 127,2 milliards de dollars.
Un repli pire qu’attendu, et plus marqué que le mois précédent, suggérant une demande intérieure toujours maussade.
En conséquence, l’excédent commercial chinois s’est envolé à 45,5 milliards de dollars, contre à peine 30 milliards le mois précédent.
« On doit désormais se préparer à voir s’assombrir les autres statistiques économiques (à court terme) et une certaine correction des marchés semble inévitable », poursuit Zhou Hao.
Selon l’indice de référence Caixin publié mardi, l’activité manufacturière chinoise s’est déjà nettement contractée en avril.
Pour Zhou, Pékin n’aura d’autre choix que de poursuivre sa politique monétaire ultra-accommodante pour soutenir l’activité, en sus des multiples mesures de relance engagées ces derniers mois.
Un gonflement des dépenses publiques et la relance de grands projets d’infrastructures avaient semblé porté leur fruits en mars –avec notamment une vigoureuse accélération de la production industrielle, un sursaut du secteur immobilier et de l’activité manufacturière.
Ces indicateurs encourageants avaient allégé quelque peu la pression à la baisse sur le yuan.
En conséquence, les réserves de changes chinoises –où Pékin avait puisé abondamment depuis fin 2015 pour soutenir sa monnaie– ont remonté de 7,1 milliards de dollars le mois dernier, pour s’élever fin avril à 3 220 milliards de dollars, selon la banque centrale. Mais dans l’ensemble, la conjoncture reste précaire: le secteur industriel est toujours plombé par de massives surcapacités de production, l’envolée de l’endettement inquiète, les réformes structurelles promises piétinent.
La croissance économique chinoise a glissé à 6,7% au premier trimestre, accentuant son ralentissement après être tombée l’an dernier à son plus bas niveau depuis un quart de siècle.
Pour autant, l’appétit de la Chine pour certaines matières premières reste robuste: dopées par la demande des raffineries, ses importations de pétrole brut ont progressé de 3,2% sur un mois en avril (+7,6% sur un an), selon les chiffres des douanes.
Encouragées par des cours internationaux attractifs, ses importations de cuivre, bien qu’en déclin par rapport à mars, demeuraient elles en hausse de 4,6% sur un an.

Les exportations d’acier se tassent 
Les exportations chinoises d’acier, qui s’étaient envolées de 30% sur un an en mars, se sont tassées en avril, reculant fortement par rapport au mois précédent, selon des chiffres officiels, sur fond de renforcement de la demande locale et de crise mondiale du secteur.
La Chine avait exporté en mars 9,98 millions de tonnes d’acier, une hausse spectaculaire de 29% sur un an, au grand dam des sidérurgistes européens qui dénoncent vivement le déferlement d’acier chinois à bas prix.
En avril, cependant, les exportations du géant asiatique sont retombées à 9,08 millions de tonnes, soit un repli de 9% sur un mois, ont indiqué dimanche les douanes chinoises.
Elles restent néanmoins en progression de 6,3% par rapport à avril 2015.
Pékin subit une pression croissante pour diminuer sa production, après l’annonce par le groupe indien Tata de la vente de ses activités non rentables au Royaume-Uni. Les sidérurgistes européens avaient par ailleurs appelé à être mieux protégés, l’Union européenne imposant des droits de douane bien moins élevés que les Etats-Unis.
Mais l’affaiblissement des exportations chinoises en avril est moins dû à cette pression occidentale qu’à l’évolution du marché intérieur.
Les sidérurgistes chinois ont pu bénéficier en mars d’une nette embellie de l’économie –renforcement des prix immobiliers et du secteur de la construction, vigoureuse accélération de la production industrielle– ainsi que du soutien appuyé des autorités aux projets d’infrastructures.
Le renforcement de la demande locale, à mesure que débutent les chantiers, rend moins nécessaires les exportations.
Et alors que les obstacles à l’international et les barrières douanières s’intensifient, les sidérurgistes peuvent être tentés de profiter de la hausse des cours de l’acier sur le marché chinois.
De fait, pâtissant de colossales surcapacités et essuyant de lourdes pertes, de nombreuses aciéries chinoises avaient réduit ou suspendu leurs opérations en 2015: un resserrement de l’offre qui a finalement fait remonter sensiblement le prix de l’acier dans le pays ces derniers mois.
Certains aciéristes augmentent d’ailleurs leur activité pour en bénéficier: la production chinoise d’acier a ainsi gonflé de 2,9% sur un an en mars, en dépit des engagements répétés de Pékin à réduire massivement les surcapacités du secteur.
La Chine reste de loin le plus gros producteur d’acier dans le monde.
L’an dernier, pour compenser l’atonie du marché local, les groupes chinois avaient massivement écoulé leur surproduction à l’étranger: les exportations d’acier du pays avaient bondi de 20%, au niveau record de 112 millions de tonnes, plombant les cours mondiaux et faisant boire la tasse aux grands sidérurgistes européens et américains.

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