Chute du cours du pétrole : comment les pays du Golfe tentent de limiter les dégâts



Mis au pied du mur par la chute du cours du pétrole depuis 2014, les six États du Conseil de coopération du Golfe (CCG), l’Arabie saoudite, le Qatar, Oman, le Koweit, les Émirats arabes unis et Bahreïn repensent la gestion de leur économie.

On le sait : c’est avant tout sur l’exportation des hydrocarbures que sont bâties les économies de ces six États. Le gaz naturel est devenu un pilier de l’économie régionale, en particulier au Qatar. En Arabie saoudite, 90% de l’économie repose sur le pétrole. Depuis les années 1990, ces pays ont connu une forte croissance grâce à un prix du baril de pétrole stable puis en augmentation dans les années 2000.

Mais depuis 2014, la hausse soudaine de la production américaine de schiste, alliée à une hausse du dollar et à une exigence croissante en termes « d’économie verte » ont mené à une surproduction en hydrocarbures qui a conduit à une chute vertigineuse du prix du baril de pétrole, passé de 115 dollars en 2014 à 27 dollars en janvier 2015.

Pessimisme

Le prix du baril est depuis généralement resté au-dessous de 50 dollars. Wim Thomas, conseiller en énergie chez Shell, a déclaré à Reuters que la situation allait durer au moins jusqu’à la mi-2017, et pourrait persister d’autant plus longtemps qu’une accalmie au Nigeria et en Libye pourrait permettre la reprise de l’exploitation du pétrole dans ces deux pays et donc un accroissement de la surproduction.

Ces faibles prix ont affecté les rentrées sur lesquelles comptent les États du Golfe et rapidement, le modèle économique du CCG a révélé son intenabilité sur le long terme, ce que les Cassandre du FMI avaient depuis longtemps prédit. Ces État-providence subventionnent en effet très fortement la surconsommation locale en énergie, mais aussi en eau, en dépit du peu de disponibilité de cette ressource dans la région et de la quantité d’énergie requise par la désalinisation – qui met elle aussi en jeu les hydrocarbures subventionnés.

En 2013, selon Reuters, le ministre du pétrole et du gaz d’Oman, Mohammed bin Hamad Al Rumhy, avait prévenu que la surconsommation locale croissante en hydrocarbures mettait en péril les exportations et qu’il fallait impérativement augmenter le prix de l’énergie.

Une réforme difficile

Mais toute réforme dans la région est sensible, car les habitants des pays du Golfe ont eu le temps de s’habituer au modèle en place. Des initiatives avaient déjà été envisagées au cours des années passées, les dirigeants ayant eu à l’esprit la nécessité d’anticiper l’après-énergies fossiles.

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Mais en raison du risque de remous au sein de la société, en particulier dans un contexte de conflit frontalier et de tension avec l’Iran, la mise en œuvre de ces réformes avait été laissée de côté. C’est qu’alors, il y avait encore le choix, le prix du baril de pétrole permettant à l’État de faire face à ses monumentales dépenses.

Mais depuis 2014, la conjoncture permet moins de tergiversations. Déficitaires, les pays du Golfe se sont appuyés sur leurs réserves de devises et ont eu recours à l’emprunt. Pour la première fois, l’Arabie va cette année lancer une émission obligataire internationale. Selon le FMI, la réserve saoudienne ne permettrait pas au royaume de tenir plus de cinq ans au rythme des dépenses actuelles.

Hausse des carburants, TVA…

Pour remédier à la situation, une augmentation du prix de l’énergie a commencé à être mise en place dans les six pays. Bien que demeurant parmi les plus bas du monde par rapport au salaire moyen, les nouveaux tarifs correspondent à une augmentation parfois plusieurs fois supérieure aux tarifs initiaux.

Sans surprise, cette augmentation a causé le mécontentement de la population locale. Le think tank britannique Chatham House explique que de telles réformes doivent être mises en oeuvre progressivement afin de ne pas risquer de soulèvement comme au Nigeria en 2012 ou au Soudan en 2013.

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Aussi, c’est avec précaution que les États du CCG envisagent la mise en place d’une TVA en vue de réduire les frais de l’État. Le Qatar a quant à lui lancé des procédures de réduction des effectifs, d’optimisation de l’utilisation des locaux professionnels, et réduit certains des avantages octroyés aux employés Qataris (notamment, des voyages de formation moins fréquents pour les employés du secteur public). Les Émirats ont réduit les budgets alloués aux projets qui jusqu’à présent retenaient les expatriés, qui constituent plus de 80% de la population du pays.

Diversification de l’économie

Outre l’augmentation du prix de l’énergie, la nécessité de diversifier l’économie des pétromonarchies devient une priorité. Le Qatar et l’Émirat de Dubaï ont investi d’autres secteurs tels que le tourisme et le sport. Leurs voisins saoudiens ont quant à eux quitté, à la surprise de la communauté internationale, leur position traditionnelle en lançant en avril 2016 le plan Saudi Vision 2030, soit « Vision Saoudienne 2030 », qui prévoit une ouverture progressive de l’économie vers de nouveaux secteurs dont les énergies renouvelables, ainsi qu’une libéralisation graduelle du marché des combustibles et une augmentation des revenus d’investissements. Des plans sur le long terme sont également prévus par Oman et Bahreïn.

Une solution permettant de temporairement limiter les dégâts consisterait en une réduction de la production de pétrole, qui permettrait une remontée du prix du baril. Cette solution a dès le départ été catégoriquement rejetée par l’Iran et par les membres du CCG, tous craignant la perte de leur influence sur le marché. L’idée devrait être discutée par l’OPEP à Alger en septembre, en marge du Forum international de l’énergie. Mais rien n’est certain…

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Source : tsa-algerie.com / Sarah Smail

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