Codes, secrets et mirage



Cette semaine, la manipulation des codes et des secrets a défrayé une chronique algérienne déjà bien saturée. Le secret des sujets du bac, les codes VPN, l’espionnage online et la coupure de notre oxygène virtuel marqueront les annales de 2016, ou au moins sa première moitié.

Ces ingrédients et le souffle comique qui les a suivis se retrouvent dans un roman d’espionnage très divertissant, « Un code fait de mirage* », le second roman de l’écrivain Ismael Ben Saada, publié par les éditions Chihab.

L’histoire se situe en 1968. Yacoub Mayer, algérien de naissance, est un espion de la CIA. Il est souvent à Alger, une ville dépeinte comme un terrain de jeux d’espionnage internationaux. Lors d’un de ses séjours dans la capitale, il est soudainement accosté par Francesca, l’épouse de Cherif Khan, un ancien collègue. Elle lui transmet un message. Son époux veut le rencontrer en secret. Khan est aussi espion en Algérie. Durant la guerre d’indépendance, il avait été recruté par les services français et en avait profité pour transmettre des infos classifiées aux Algériens. À l’indépendance, Cherif Khan change de camp et travaille pour les Italiens.

Khan contacte Yacoub pour lui vendre des informations. Il a en sa possession un microfilm qui contient les codes militaires des services égyptiens. Il veut les céder à la CIA pour 10 millions de dollars. Les services américains chargent Yacoub de s’occuper de la transaction. Quand Khan ne se présente pas à leur rendez-vous, Yacoub part à sa recherche et le retrouve mourant, sévèrement battu. Avant de succomber à ses blessures, Khan a juste le temps de lui confier qu’il a caché le code chez Gondoleza.

Yacoub commence alors une course contre la montre pour trouver le microfilm avant les autres services. Il s’allie à un ami de Khan, l’Égyptien Yasser El-Kachef, pour retrouver la mystérieuse Gondoleza et surveiller Francesca. Tous les deux sont persuadés que l’une des deux femmes connait la cachette secrète de Khan et qu’elle les mènera au code.

Les événements prennent une tournure compliquée pour les deux compères, et terriblement drôle pour le lecteur dès lors. Khan n’avait pas été discret dans ses démarches pour vendre son microfilm. Il avait contacté pratiquement toutes les agences d’espionnage présentes à Alger pour vendre au plus offrant. Les services russes, italiens, égyptiens, américains sont déjà sur leur piste. Même la police algérienne commence à remarquer les luttes entre espions lorsque les catastrophes s’enchaînent dans la capitale : une villa explose, un diplomate russe notoire est retrouvé mort brûlé, et les kidnappings s’enchaînent. Le secret n’en est plus un.

Khan n’avait pas été très fidèle non plus. Gondoleza est son amante. Quand à Francesca, elle ne pouvait plus supporter son mari depuis des années. Cependant, chacune semble persuadée que c’est elle qui allait devenir millionnaire et se dorerait sous le soleil d’une île de Polynésie. Les deux femmes s’avèrent difficiles aussi. Gondoleza, qui ne fait pas confiance à Yacoub, n’arrête pas de s’échapper, et Francesca ne fait que dormir.

Cette course au code haletante est d’autant plus captivante par le personnage de Yacoub. Ce dernier s’avère être un espion plus Mr Bean que James Bond. Il se fait kidnapper tout nu, perd ses filatures et est régulièrement passé à tabac. Quand à Yasser, il ne semble pas très doué et son comportement est douteux. Il donne rendez-vous à Yacoub et une fois séparés il se rappelle qu’ils ont oublié de se dire ou et quand, il ne vient jamais à l’aide de son acolyte durant les bagarres dans lesquelles celui-ci se retrouve par mauvais calculs, et il disparaît sans s’expliquer.

Mais Yacoub est tenace, il se creuse les méninges : ou peut bien se trouver ce code ?

Le plein d’actions et les déboires inattendus qui s’ensuivent sans pause ponctuent le rythme de ce roman. L’écriture ouverte et le style dialogique de Ben Saada marquent cette fiction qui n’oublie jamais de divertir son lecteur. Les proverbes et répliques cocasses autour desquels l’auteur construit ses personnages les rendent attachant jusqu’à la dernière page. Le tout débouchant sur une résolution de l’énigme rocambolesque avec Mr Beans Yacoub tout surpris, plus chanceux que malin, au centre.

Ismael Ben Saada livre ici un classique with a twist du roman d’espionnage, qui rappelle l’audacieux détective privé Freddy La Rafale du romancier Mohamed Benayat, et le téméraire agent secret algérien, Mourad Saber (SM15) dans les tous premiers polars algériens de Youcef Khader.

« Un code fait de mirage » (شيفرة من سراب) d’Ismael Ben Saada est un roman à connaitre et certainement à lire. Une fiction pour tous les fans de mirages et de codes d’accès pas très secrets.

*Un code fait de mirage (شيفرة من سراب) d’Ismael Ben Saada, éditions Chihab, 2008, pp. 283.

Codes, secrets et mirage

Source : tsa-algerie.com / Nadia Ghanem

Laisser un commentaire