DAESH est contre tous: mais qui est contre lui ?



Qui ment ? Daech ou l’alliance internationale censée le combattre? Que devons-nous croire ? Les champs de bataille livrés aux flammes et les opérations militaires ou les déclarations des dirigeants et des généraux, les porteparoles des autorités ?

Neuf mois après le déclenchement de la plus récente des vagues de conquête de Daech, et après des confrontations, des batailles et des raids, le résultat semble sans appel : chacun fait du surplace, avec un volume de pertes sans précédent pour toutes les parties. On ne peut accorder aucun crédit au torrent de déclarations qui nous assourdit, d’autant que, comme le dit le poète Abu Tammam,  » les nouvelles apportées par l’épée sont plus sincères que celles des livres « .

Et Daech, en tant que superpuissance régionale, qui passe outre les frontières, les nations et les entités, est encore capable, malgré toutes les pertes subies, de protéger ses positions dans les grandes villes, au coeur des cités et dans les zones stratégiques ; il peut toujours ranimer le flot de ses invasions, diversifier les moyens de son terrorisme et ses méthodes d’intimidation brutale, nourrir sans fin les racines de sa terreur et de sa lutte suicidaire.

Et ce que montrent les actes, non le gaspillage des mots, c’est qu’il n’y a pas de guerre internationale contre le terrorisme. Pas de guerre régionale contre Daech, les seules guerres sérieuses étant celles qui se déroulent entre les sunnites et les chiites, entre les Houthis et les autres, entre les régimes et leurs peuples, entre l’Amérique et ses ennemis, et ainsi de suite. Ils nous mentent.

La guerre contre le terrorisme est associée à des guerres contre nous. (…) Par conséquent, Daech seul demeure toujours plus fort que la somme de ses ennemis, occupés d’abord par leurs autres guerres dévastatrices.

CE TORRENT DE MENSONGES S’ARRÊTERA-T-IL ?
Quelle relation y a-t-il entre le village d’El-Kaa au Liban, Orlando l’américaine, la banlieue sud de Beyrouth, Charlie Hebdo en France, l’aéroport Atatürk à Istanbul, l’aéroport de Bruxelles, capitale de l’Union européenne, Baghdad, Samarra et les autres villes d’Irak, entre le massacre du théâtre du Bataclan à Paris, Palmyre et les cités syriennes prises pour cibles à plusieurs reprises, entre les frontières et les portes de l’exil en Jordanie, les rues du Caire et les rives qui enserrent le Sinaï, la ville de Zliten en Libye, la cité de Maiduguri aux mains de Boko Haram, la mosquée de Mahassen en Arabie saoudite, le musée du Bardo en Tunisie, Jakarta la capitale indonésienne et son quartier des ambassadeurs, l’enlèvement d’un citoyen australien bientôt égorgé ? Quelle relation y a-t-il entre le village d’El-Kaa et ces cinq continents ? Le lien entre ces lieux éloignés les uns des autres est Daech, l’organisation mondiale de l’État islamique, un impérialisme religieux mondialisé.

Le sous-estimer est pathétique, et constitue une preuve de stupidité politique. Les opérations successives ont prouvé que Daech est un Etat tentaculaire, avec des camps militaires aux quatre coins du monde, et qu’il est en mesure de livrer des batailles sur de véritables fronts, de mener des guerres de conquête ainsi que des guerres de défense au sein de la  » terre du califat en Irak et au Levant « , mais aussi sur les cinq continents, et tout cela à la fois…

Inégalé dans l’utilisation de la violence, le génie de la tuerie et ses arts divers et innovants, Daech n’a de compétiteur que l’enfer. Ce qui a frappé El-Kaa a une spécificité libanaise, mais l’Etat de Daech le conçoit sous l’angle de sa bataille cosmique. Daech n’a besoin de s’allier à personne, il prétend avoir pour unique allié Allah, sa référence et son chef. Sous-estimer Daech est très dangereux.

Ajourner la confrontation mondiale, c’est manquer à un devoir élémentaire de porter secours. Daech est seul contre tous, contre tous ceux qui ne sont pas dans ses rangs. Le monde entier est à découvert devant lui, il constitue sa cible, là où il vise il atteint son but. Chaque perte est encore une victoire, et un triomphe divin.

Les pertes ne comptent pas pour lui. Ceux qui, à travers le monde, viennent rejoindre ses rangs, lui fournissent des réserves humaines inépuisables, et une foi barbare qui ne connaît pas de limites à la sauvagerie. Le suicide est pour lui une victoire.

Ses huit terroristes morts à El-Kaa sont des leaders célestes – et beaucoup d’autres suivront. Et la peur de Daech est un crime encore plus grand. Cette peur est l’arme qu’il laisse derrière lui après chaque massacre. L’intimidation est une doctrine de terrain qui paralyse l’ennemi.

Cela est arrivé à plusieurs reprises. Il y a pourtant des remèdes contre la peur, mais ils sont le fruit des champs de bataille et des confrontations : Palmyre et Fallujah en sont des modèles. La force de Daech est qu’il constitue, pour de nombreux Etats, gouvernements, organisations et coalitions, le dernier, et non le premier ennemi. Sa force vient du fait que les autres ennemis sont considérés comme prioritaires, et c’est ce qui le protège le mieux de la défaite.

La Turquie ne le considère pas comme son premier ennemi. Ses relations avec lui sont de fait ambiguës. Elle l’a soutenu et a facilité le passage vers la Syrie de hordes d’adeptes arrivées du monde entier. La Turquie est considérée comme leur passeur le plus sûr. Aujourd’hui elle en paie le prix. Parce que le Parti des travailleurs du Kurdistan a la priorité sur Daech, tout comme le régime syrien, que la Turquie cherche à faire tomber en soutenant les oppositions islamistes armées. Le régime syrien ne traite pas non plus Daech comme son premier ennemi.

Les guerres de terrain lui imposent de livrer bataille à tout ce qui lève les armes contre lui, et surtout le reste de l’opposition, qui n’appartient pas à Daech. Quant à l’Arabie saoudite, elle a failli hurler de dépit après la libération de Fallujah. Il est vrai que Daech la considère comme son ennemie, tout comme les autres régimes, accusés d’athéisme, mais l’Arabie saoudite a d’autres cibles prioritaires, l’Iran, le régime syrien et leurs alliés.

Les Libanais, qui craignent Daech, ont compris combien celuici est nuisible à leur patrie ; mais s’ils se sentent menacés et savent pertinemment qu’il s’est implanté en lisière de la Békaa du Nord, visant la mer Méditerranée à travers des régions vulnérables du Nord, ils sont divisés face au rôle du Hezbollah en Syrie, lequel contribue à plusieurs batailles, dont celles contre Daech et Al-Nosra. Ainsi c’est parfois le Hezbollah qui occupe la première position en tant qu’ennemi, avant Daech – quant à Al-Nosra, il arrive loin derrière.

Sunnites et chiites ne sont pas unis dans la bataille contre Daech. La guerre entre les deux axes, l’iranien et le saoudien, n’a pas cessé. Daech vit de cette discorde, qui fait rage du Yémen au Bahreïn, de l’Irak à la Syrie. Daech n’est qu’une contingence, laquelle ne constitue pas un élément essentiel dans ce conflit. (…) Hier, ce fut le village d’El-Kaa, mais ce n’est probablement pas le dernier. Eliminer Daech prendra beaucoup de retard.

Tribunelecteurs.com

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