Les déboires d’un amoureux. Par Hammar Boussad



Muhend Ameghbun est un citoyen du village de Tighilt n Tayri. Il était fou amoureux de Kenza, une jolie fille des At Yiraten. Muhend n’arrivait pas à exprimer ses sentiments. Son cœur débordait de sentiments purs et honorables. Il ne pouvait plus contenir d’avantage ses rêves et ses espérances. Il risquait d’éclater à tout moment. Depuis longtemps, il cachait ses sentiments dans les tréfonds de son cœur.

Muhend poussait continuellement des plaintes et des gémissements. Il était désemparé devant son chagrin intense et immense  qui le torturait chaque jour d’avantage. Il ne savait plus comment s’y prendre pour communiquer sa flamme à sa dulcinée et lui dire toutes ses pensées et ses sentiments qui rongeaient son esprit et son cœur. Les mots ne voulaient plus sortir de leur prison. Ils venaient du cœur mais ils prenaient un malin plaisir à rester bloqués dans son gosier, incapables de sortir. Il devient alors bête, perdu dans le silence et la solitude.

Malgré tous ses efforts, il ne put articuler que quelques mots dénués d’intelligence, de romantisme et de poésie.

-« Que vais-je te dire… ? Tu sais tout… ? Ce n’est pas nécessaire de répéter tout ça, à quoi bon ? »

Pourtant jadis, il tait très éloquent. C’était lui le psychologue, le conseiller qui pansait les blessures de ses amis. Il trouvait toujours les mots qu’il faut pour consoler les cœurs brisés, nouer les relations, aider les amoureux à recoller les morceaux et repartir sur de nouvelles bases. Aujourd’hui qu’il est tombé amoureux, il se sent seul, triste et abandonné. Ses amis ingrats ont disparu juste après avoir surmonté leurs difficultés.

En réfléchissant bien à sa situation, il pensa que la poésie pouvait  représenter une issue salutaire à ses chagrins. Il écrivit des vers avec toute la passion de son cœur en les arrosant avec ses larmes. Les mots comme sensibles à son chagrin, dociles et obéissants, venaient facilement illuminer et traduire ses pensées. Ils réunissaient la beauté et l’intensité, ils disaient clairement la sincérité de ses émotions.

-« Tu es la seule à mériter d’exister dans ce poème. Chaque syllabe, chaque mot, chaque vers parle de toi. Je t’offre mon amour écrit sur une feuille de papier. Personne n’a lu ce poème. Je l’ai écrit uniquement et spécialement pour toi. »

Maintenant, le problème qui se pose est comment lui transmettre ce poème.

Tant de paramètres et d’obstacles objectifs et subjectifs le gênent dans son entreprise : la peur, la timidité, les gens, le temps, le travail, les traditions…

Les jours et les mois passent mais il n’a pas encore transmis son poème à sa bienaimée.

-« J’ai écrit tout ce que je rêvais de te dire. Pardonne-moi si j’exprime mes sentiments par le biais de l’écriture… Ou est le poème ? Ou-est-ce que je l’ai posé ? Mon Dieu ! Si je perds ce poème, ce serait une catastrophe. J’ai mis tout mon amour pour toi dans ce poème. Il faut absolument que je le retrouve. »

Il retrouva le papier tombé par terre. Il alla le ramasser mais le vent qui soufflait fort en ce moment lui prit le poème des mains et le fit voler dans les airs comme un grand papillon blanc. Affolé, il se met à la recherche du papier. Dans sa course maladroite, il faillit renverser son copain. Ce dernier lui dit :

-« Qu’est-ce qui te prends ? Tu es fou ou quoi ? »

« J’ai perdu mon poème, il est emporté par le vent. »

-« Reste calme, je vais le rattraper. »

Rapide comme l’éclair, il attrapa le papier et lut le poème sans demander la permission.

-« Ton poème est magnifique mais il arrive en retard. Ton amie se marie aujourd’hui, tous les citoyens du village sont conviés à la fête. »

Une nouvelle de Ramdane Abdenbi, extraite de son recueil  « Timsirin n tudert », adaptée par Hammar Boussad.

Laisser un commentaire