Des démineurs russes au secours de Palmyre



SyrieLe ministère russe de la Défense a organisé une visite au sein du site antique miné par le groupe Etat islamique.

Au milieu des ruines de la cité antique de Palmyre, des démineurs russes ont la lourde tâche de nettoyer la ville minée par les djihadistes de l’Etat islamique (EI) avant leur débâcle face à l’armée syrienne.

La mission de déminage aurait été commandée par le président russe Vladimir Poutine, murmure-t-on à Palmyre.

Protégés par d’épaisses combinaisons et munis de détecteurs, ces militaires russes balaient les monticules de sable qui entourent le site archéologique à la recherche de mines et d’explosifs laissés par les combattants de l’EI avant de fuir la ville. Seul le bruit d’une explosion déclenchée par les démineurs à plus d’un km vient rompre le calme de cette ville libérée le 27 mars du joug djihadiste.

«Déminer est un travail ardu. Mon principal souci est que mes hommes restent sains et saufs», confie le responsable du déminage Alexeï Makarenko lors d’une visite de presse organisée par le ministère russe de la Défense. «Mais bien sûr, dans un lieu comme celui-ci, vous vous sentez investis d’une plus grande responsabilité», ajoute-t-il.

Enjeu pour Moscou

La reprise de Palmyre, baptisée «la perle du désert», est une victoire symbolique sur laquelle capitalise Moscou engagé depuis septembre dans la guerre en soutien à son allié Bachar el-Assad.

La conquête de Palmyre en mai dernier par l’EI et la mise en scène macabre d’exécutions dans le temple romain datant du IIe siècle avaient suscité l’émoi dans le monde entier. Critiqué pour son intervention en Syrie, Moscou peut se prévaloir d’avoir été la pièce maîtresse de la libération d’un joyau archéologique inestimable.

234 hectares à inspecter

En deux jours de travail au milieu des colonnes antiques ceinturées par le désert, les quelque 100 démineurs russes disent avoir inspecté environ 20 des 234 hectares du site. Pour l’heure, ils ont surtout trouvé des obus et des grenades, indique leur responsable, qui évalue à un mois le temps nécessaire pour ratisser la zone.

L’EI avait planté 4500 engins explosifs artisanaux reliés par des téléphones portables à la centrale téléphonique. Ils ont été désamorcés in extremis, selon le gouverneur de Palmyre.

Chaleur suffocante

Alexeï Makarenko s’inquiète, lui, de la montée des températures, qui rend le travail plus ardu. Elles peuvent monter jusqu’à 40 degrés. «J’ai déjà deux hommes qui se sont évanouis à cause de la chaleur», dit-il.

Dans la ville moderne jouxtant le site antique, qui comptait quelque 70’000 habitants, les djihadistes semblent avoir passé beaucoup de temps à enfouir des mines ou des bombes artisanales. L’un de ses principaux axes est ainsi parsemé de cratères provoqués par l’explosion de bombes activées par l’équipe de démineurs.

Usine d’explosifs

L’un d’entre eux, se présentant comme le commandant Krivonogov, montre aux journalistes un échantillon des pièges trouvés dans les maisons des habitants de Palmyre. Parmi eux, une bombe pouvant être déclenchée par un interrupteur.

Ceux qui les ont installées «avaient des connaissances militaires et savaient ce qu’ils faisaient», selon le porte-parole militaire Igor Konachenkov. «Ils devaient y avoir une usine d’explosifs ici. Ils ont voulu créer un véritable enfer pour l’armée syrienne à son arrivée», poursuit-il.

Après le déminage, il s’agira de redonner vie à une ville éteinte et ravagée par les combats. Ses habitants devaient commencer à y revenir dès samedi, a annoncé le bureau du gouverneur de la province de Homs. Ils découvriront des rues impraticables et des maisons en lambeaux, avec des toits effondrés, dans une ville détruite à près de «45%», selon le responsable du bureau du gouverneur de Homs.

En attendant les touristes

Ahmad Deeb, responsable des musées au ministère de la Culture, attend avec impatience la fin du déminage. Car «nous ne pouvons pas nous rendre sur le site funéraire à cause du grand nombre de mines. Nous attendons donc d’obtenir le feu vert pour aller évaluer l’étendue des dégâts», explique-t-il.

Quant au retour des touristes, qui faisaient vivre une partie des habitants, Ahmad Deeb peut seulement en rêver. «Je souhaiterais qu’ils débarquent demain, mais cela prendra du temps», soupire-t-il. (ats/nxp)

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