Des façades factices pour des buildings à Londres



Félix ConstructionsDes architectes viennent d’outre-Manche entre Morges et Lausanne pour peaufiner leur création sur-mesure de métal et de verre.

Dans la zone industrielle de Denges, proche de la Venoge et de la gare de triage ferroviaire, on peut voir d’immenses éléments d’architecture contemporaine, parfois audacieuse, destinés à habiller plusieurs buildings en construction à Londres. Les architectes se déplacent régulièrement d’outre-Manche entre Lausanne et Morges pour admirer leurs créations, reproduites grandeur nature, mais surtout peaufiner les angles et corriger les couleurs ou le surfaçage des matériaux. Ces façades portent la griffe de Félix Constructions, spécialisée dans la conception et la fabrication de ces enveloppes de verre et de métal.

La société s’est fait connaître en travaillant avec des stars de l’architecture, comme Norman Foster ou Herzog & de Meuron (Tate Modern de Londres) et sur des bâtiments symboliques tels que les sièges de Nestlé et Rolex, la RTS à Genève ou des extensions de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les prototypes de façades installés en ce moment à Denges – avec des éléments jusqu’à 22 mètres de haut – sont composés essentiellement de verre, d’aluminium et de tôles d’acier inoxydable. Mais on observe aussi une variation pour un groupe de trois bâtiments hétéroclites, l’un conçu avec des briques orange – en bois pour cette maquette – qui composent un large cadre aux grandes baies vitrées carrées.

La force de Londres

Une fois l’aval des architectes donné, la construction sur mesure des façades, fenêtres et rideaux métalliques peut démarrer dans les ateliers de production, avec la découpe au laser des tôles et des profilés en alu, le pliage, le collage des surfaces de verre – certaines pesant 1400 kg – et l’assemblage. La logistique pour transporter ces éléments par convois est impressionnante. Il est arrivé que plus de 120 camions traversent la Manche en partant des bords du Léman, les surfaces de bâtiment à habiller pouvant représenter jusqu’à 30 000 m2.

L’entreprise vaudoise, qui réalise la moitié de son chiffre d’affaires (environ 60 millions de francs) en Suisse, l’autre moitié à l’étranger – principalement à Londres – flambe malgré la force du franc et la menace d’isolement du royaume de la livre sterling en cas de Brexit, la sortie de l’Union européenne, suspendue au vote des Britanniques le 23 juin.

«A Londres, depuis 2011 environ, c’est à nouveau le boom, affirme Kai-Uwe Schweizer, qui a pris la direction de la société en 2014. Nous pensons que le Brexit pourrait avoir un impact sur les investissements, aussi dans la construction. Car aujourd’hui, une grande partie des investisseurs viennent des pays asiatiques.»

Le directeur général se lamente toutefois plus du franc fort et de l’évolution du taux de change. La livre, rappelle-t-il, a chuté de 2 fr. 50 à 1 fr. 40, voire plus, ces quinze dernières années. Or en Angleterre la plupart de ses concurrents, étrangers aussi, sont devenus plus compétitifs en matière de prix. Sans parler du marché suisse où les entreprises extérieures régatent mieux à la faveur de l’envol du franc. Mais alors comment Félix Constructions parvient-elle à conserver une importante part de marché tout en produisant en Suisse?

«Swiss made» réclamé

«Nous avons modernisé le parc de machines. C’était indispensable, vu le coût de la main-d’œuvre», explique le directeur général. Après la fin du taux plancher, l’entreprise a également pris des mesures: «Dès le printemps 2015, on a comblé une partie du déficit de change, en travaillant quinze minutes de plus chaque jour. Cela jusqu’à ce que l’euro remonte à 1 fr. 20.» A Denges, les collaborateurs de la production – ils sont 62 – comme ceux de l’administration ont accepté le changement par un vote, poursuit-il.

Pour Kai-Uwe Schweizer, il est cependant très important de maintenir le cœur de la production en Suisse et de limiter la sous-traitance. Car, observe-t-il, le «Swiss made» est très important pour ses clients, même plus à l’étranger qu’ici!

L’entreprise de construction métallique, qui a démarré en 1989 à Manchester, où elle a réalisé les façades ultrarésistantes d’un terminal de l’aéroport, s’est recentrée par la suite à Londres où elle a déjà réalisé plus de 40 projets. «Nous avons l’expérience et la maîtrise de ce marché, et donc des risques. Nous pouvons saisir les opportunités», relève le patron.

Aujourd’hui, le carnet de commandes de Félix Constructions – propriété du groupe familial bordelais Fayat – est plein pour deux ans. Ce que le patron qualifie d’«extraordinaire», au regard des craintes il y a un an. Ces trois dernières années, le chiffre d’affaires a progressé de près d’un tiers aussi bien en Suisse que hors des frontières.

Forte de 190 employés, la société a des filiales à Londres, Barcelone et Bâle. Dans le bassin lémanique, la maison de serrurerie fondée à Lausanne par Robert Félix en 1935 travaille sur d’importants projets tels que l’extension du CHUV à Lausanne et vient de terminer l’Hôtel Modern Times dédié à Charlot, le bâtiment Reverso à Carouge ou la coupole de la salle de spectacle de l’Ecole du Rosey, à Rolle. (24 heures)

Source : www.24heures.ch / Par Jean-Marc Corset

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