Développement local: Plus de 500 opérations gelées à Béjaïa



Le wali annonce le gel de 500 opérations et aucun élu ne s’en est inquiété.

«Plus de 500 opérations inscrites pour le compte de la wilaya de Béjaïa de 2003 à ce jour sont en situation de gel.» C’est l’aveu fait par le wali de Béjaïa Ould Salah Zitouni lors de la clôture de la session extraordinaire de l’APW de Béjaïa consacrée aux secteurs du tourisme et du transport. Si le wali a souligné volontairement la responsabilité de la wilaya et des maîtres de l’ouvrage, il n’omettra pas cependant de pointer un doigt accusateur sur les oppositions citoyennes, appuyées par «l’inertie» des élus du peuple, locaux ou nationaux, peu enclins à l’intervention pour faire avancer positivement la situation.

Un imbroglio qui mine Béjaïa depuis des années pendant que les élus continuent à se chamailler – pour un oui ou un non – laissant de côté les préoccupations citoyennes et le développement des communes et de la wilaya. Les représentants de la population sont si loin de la réalité que même les travaux du futur siège de l’Assemblée populaire de la wilaya (APW) sont lancés à leur insu. Ils ne l’ont appris que lors de cette session par la voix du wali qui répondait à une question posée a ce sujet par le président de l’APW.

Cela suffit largement pour expliquer l’importance du nombre d’opérations gelées et la surprise fut presque générale dans la salle. Sauf certains qui n’ont montré aucun étonnement allant jusqu’à trouver la situation normale. Même le fameux nouveau siège de la wilaya, qui a fait couler beaucoup d’encre, ne figure même plus dans la nomenklatura de l’année en cours. En 2008, on annonçait que la wilaya allait se doter d’un siège ultramoderne, précisant même que des consultations étaient lancées avec de grands groupes étrangers de bâtiment et travaux publics pour construire un nouveau siège pour la wilaya.

Outre la construction d’un siège ultramoderne, Béjaïa allait se doter également d’une gare routière moderne, d’un autre projet de modernisation de la gare ferroviaire, un centre hospitalo-universitaire et l’augmentation des capacités d’accueil de son université. Concernant la gare routière, le projet est opérationnel depuis plus de trois ans au niveau des «Quatre Chemins», à la sortie est de la ville, une gare qui a permis de réduire considérablement la présence des bus à l’intérieur de la ville où la circulation devinait chaque année plus importante. Pour le siège de la wilaya, qui avait bénéficié d’une enveloppe de 800 millions de centimes, il reste présentement utopique. L’on se rappelle de l’épisode que ce projet a connu à l’époque de l’ancien wali.

Confié à un bureau d’études, les architectes de Béjaïa ont protesté pour son incompétence. La justice a tranché pour l’annulation du marché avec une indemnisation du bureau d’études esté. La wilaya s’est contentée de régler sans introduire d’appel. On parlait à l’époque de trois milliards de centimes d’indemnisation. Depuis on en parle peu et Béjaïa a continué à fonctionner avec l’actuel siège de la wilaya, qui ne répond plus aux exigences de développement de la ville et n’offre pas de bonnes conditions d’accueil aux habitants. Alors qu’on s’attendait à des réactions dans la salle suite à cette annonce, paradoxalement personne n’a jugé utile de demander des précisions. Ne serait-ce que pour connaître la nature des opérations gelées. Les projets de CHU, du dédoublement de la voie ferrée Béjaïa-Beni Mansour, la plate- forme pétrochimique de Boudjellil, l’extension de la piste d’atterrissage de l’aéroport Soummam-Abane Ramdane et le nouveau stade de football font-ils partie de la liste annoncée par le wali? Une question qui aurait logiquement été posée sur le champ par ceux-là même qui sont censés défendre l’intérêt du citoyen.

Il n’en fut rien et l’interrogation reste de mise d’autant plus que pour ce qui est de la plate-forme pétrochimique, ce projet demeure tributaire de la réalisation du dédoublement de la voie ferrée, lequel projet souffre d’une multitude d’oppositions citoyennes sur tout son tracé. Le nouveau tracé annoncé récemment n’est pas encore divulgué, entre-temps les dotations s’épuisent dans le financement des études. Et dans une conjoncture financière défavorable, le gel est presque assuré pour ces deux projets même si les autorités s’efforcent d’affirmer le contraire. Pour le cas du centre hospitalo-universitaire, le risque existe aussi. Les dernières mesures prises par la wilaya en récupérant certaines structures à rattacher au CHU, dont notamment une grande structure au quartier Sidi Ali Labhar et les logements occupés à la clinique Beau Séjour laissent croire à une volonté de faire du CHU de Béjaïa une structure aux démembrements épars. On aurait également souhaité connaître le montant que représentent toutes ces centaines d’opérations gelées et qu’est devenu tout cet argent. La question demeure aussi posée quant à la durée de ce gel et les solutions nécessaires à même de les relancer.

Des questions que nos élus toutes tendances confondues devraient se poser d’autant plus qu’ils seront jugés sur ces sujets dans un peu plus d’un an lors des prochains rendez-vous électoraux. Les querelles politiciennes n’ont mené à rien sauf à l’abandon des préoccupations citoyennes et c’est sans doute pour cela que le wali a lancé un appel à tous, sans distinction, à l’aider (…) et laisser de côté leurs querelles. «La wilaya a déjà souffert par le passé avec le blocage de l’APW pendant neuf mois et je ne laisserai personne la bloquer une deuxième fois», a-t-il lancé à l’adresse des élus avant de les appeler une fois encore à travailler ensemble, main dans la main, pour faire sortir cette wilaya de sa léthargie. A bon entendeur salut!

Lexpressiondz.com

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