Dissidence au RND: Un soutien de poids pour Ouyahia



La dissidence «rndiste» contre Ahmed Ouyahia ne semble pas avoir les coudées franches pour l’éjecter, en raison de la volonté du clan présidentiel de le maintenir «encore pour quelque temps» à ses postes et de le confirmer dans celui de secrétaire général du parti.

Après la décision du ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales d’accorder le feu vert au RND d’Ouyahia pour tenir son congrès extraordinaire comme il l’a prévu, les 5, 6 et 7 mai prochain, le groupe dissident semble éviter de ruer dans les brancards, même si Nouredine Bedoui lui a montré le chemin à suivre en lui conseillant de s’adresser à d’autres instances que son ministère, «celles habilitées pour trancher la question de la tenue ou non du congrès extraordinaire.»

Certes, ce recours n’est pas exclu par le groupe du professeur Mustapha Yahi. «On va être obligé d’aller vers le tribunal et le Conseil d’Etat si l’entêtement d’Ouyahia, à tenir le congrès extraordinaire persiste, et même contre le ministre de l’Intérieur qui a refusé de trancher la question,» nous disait hier Smati Kamel Zoghbi, SG du Syndicat national des chercheurs permanents (SNCP) et membre actif des dissidents, signataire des communiqués rendus publics depuis que le mouvement contre Ouyahia, a repris. Au-delà de sa suggestion à ce groupe d’aller vers les instances habilitées pour exposer sa revendication du report, la réponse de Bedoui fait dire à Zoghbi que «le ministre de l’Intérieur n’a pas répondu à notre requête relative au report du congrès extraordinaire, il a juste saisi l’occasion pour affirmer qu’il avait bien reçu une demande d’organisation du congrès, et qu’il l’a délivrée puisqu’il l’avait signée, le 30 mars dernier.» Il faut croire que par une telle réponse, les dissidents ont compris que «le ministre de l’Intérieur s’est déclaré incompétent au sujet de l’examen de notre requête, il nous a fait comprendre que ce n’était pas son affaire.» Avez-vous décidé d’aller vers ces instances habilitées ? lui avions-nous demandé.

Une situation «fortement détériorée»

«Le contexte politique est délicat, la situation s’est fortement détériorée, tous les coups bas sont permis, on ne sait pas encore….,» nous a-t-il répondu, sur un ton inquiété et inquiétant. Pourtant Zoghbi et ses camarades ont tous relevé «de graves violations» par Ouyahia et des dispositions du règlement intérieur et des statuts qui régissent les instances et les actions du RND. «Ouyahia a donné son aval à une liste de plus de 1.500 congressistes triés sur le volet (à raison de 300 à 400 par congrès régional), mais aucun PV sanctionnant ces choix n’a été validé par des huissiers de justice, ce qui n’est pas normal, ce qui est illégal,» explique Zoghbi. Notre interlocuteur rebondit en demandant à Ouyahia «donnez-nous un seul article dans les textes qui régissent le parti qui vous permet de tenir un congrès extraordinaire qui a tout l’air d’un congrès ordinaire ?» Il note que «si on pose une telle question c’est parce que Ouyahia a décidé d’élire un nouveau bureau national et un nouveau Conseil national, durant le congrès extraordinaire, ce qui est interdit, les membres actuels des deux instances doivent continuer le mandat pour lequel ils ont été élus par le congrès ordinaire qu’a organisé Bensalah en 2013, pour pouvoir le faire, Ouyahia doit attendre 2018, le congrès qu’il convoque sera, uniquement, pour élire le secrétaire général du parti, et rien d’autre !»

L’on rappelle qu’Ouyahia a reproché au Pr Yahi et à Smati Zoghbi de n’avoir pas assisté aux congrès régionaux comme le leur impose le parti, le premier à celui de Sétif puisqu’il est élu au nom de la wilaya de Batna et le second à celui de Mila en tant qu’élu de la wilaya de Bordj Bou Arreridj. «Nous disons à Ouyahia, c’est bien on apprend de lui, mais nous savions d’avance que les jeux étaient truqués, Belkacem Mellah a été au congrès régional de Mila, il a été malmené, hué, humilié par ceux qui étaient présents, parce qu’ils étaient instrumentés,» affirme Zoghbi.

«Tout le monde a été mis au pas»

Il nous fait savoir alors que «lors de ces congrès régionaux, une motion de soutien et de plébiscite en faveur d’Ouyahia a été lue et instruction a été donnée à tous les congressistes de mettre dans l’urne du congrès extraordinaire, le bulletin avec la photo d’Ouyahia et de rendre compte, avec à la main, le bulletin où figure la photo de Mellah, vous voyez qu’il n’y a rien de démocratique dans ce que mijote Ouyahia.» Il en conclut que «c’est un congrès militaire qui va se tenir, tout le monde a été mis au pas, lui-même a dit qu’il avait besoin de soldats.» Notons que les dissidents se sont réunis, hier à Alger, et ont rendu public un communiqué dans lequel ils dénoncent tous ces dépassements, ainsi que «les pratiques antidémocratiques et les dérives de langage d’Ouyahia.»

Ils veulent, en outre, que «des professeurs et cadres mettent en place une commission qui sera chargée d’éditer un livre sur le parcours du parti et de tous les complots et coups bas qui l’ont émaillés.»

Tous les ingrédients sont donc réunis pour permettre aux dissidents d’introduire une affaire en référé, comme le veulent beaucoup d’entre eux. Mais à l’entendre dire que «le contexte politique est délicat, la situation s’est fortement détériorée, tous les coups bas, sont permis, on ne sait pas encore…», Zoghbi semble insinuer qu’il n’est plus permis, du moins pour ces temps-ci, de perturber les cours des choses, et qu’il faille laisser faire Ouyahia. Déjà que la présence du Professeur Yahi et de Smati Zoghbi s’est confirmée, à Batna, le samedi dernier, jour de la tenue des 6 congrès régionaux du RND. Et comme avancé par Ouyahia, lors du congrès centre, à Zéralda, ils voulaient en tenir un parallèle à ceux régionaux. Ce qu’Ouyahia avait qualifié de «pseudo-congrès dissident.» Zoghbi récuse même ces faits. «On était à Batna sur invitation de l’Association de promotion de la société civile que dirige un simple militant du FLN, nous avons assisté quelques minutes, debout, à une collation, pas plus.» Pourtant, d’autres membres de la dissidence nous affirment, tout à fait le contraire. «Effectivement, on devait tenir un congrès parallèle mais on y a renoncé, on a vu que le moment ne s’y prêtait pas du tout, il y a trop d’événements inquiétants qui se bousculent, nous sommes des cadres de l’Etat, nous ne voulons, en aucun, cas ajouter de l’anarchie à ce qui se passe,» nous disent-ils. Ces derniers nous précisent même que «nous avons compris le message du ministre de l’Intérieur, nous sommes des commis de l’Etat et nous sommes astreints à une certaine discipline.»

«Il y a une volonté de la présidence de faire passer Ouyahia»

Il est à comprendre ainsi, que les dissidents baissent -pour l’instant- les bras, non parce que convaincus de «la bonne cause» d’Ouyahia mais parce que disent-ils «la conjoncture actuelle a besoin d’une grande sérénité.» Ils se sont surtout rendu compte que par leurs actions contre Ouyahia, ils ont perturbé «un travail qui se fait en haut lieu.» Dans ce cas, il n’y a aucune raison de ne pas lier le silence du SG du FLN à ce recul «commandé» des dissidents contre Ouyahia. Aux deux parties, il a été demandé de «se calmer» pour laisser les choses reprendre leur cours normal et naturel. «Il faut que les esprits se calment, Amar Saadani doit se mettre en veilleuse et ne provoquer aucune vague ni chercher des noises à qui que ce soit,» nous explique un haut responsable à ce sujet. Qu’il soit en France, ailleurs, ou bien tapis chez lui, Saadani doit attendre les instructions «d’en haut». L’on apprend en parallèle qu’ «il y a une volonté de faire passer Ouyahia comme SG du RND.» Ce qui ne prouve en rien que «le clan présidentiel le préfère à tous mais a besoin de lui pour mener certaines actions délicates.» Changement de stratégie, de tactique, de feuille de route, tout semble converger vers cela puisque de hauts responsables nous affirment qu’ «il y a un travail qui est en train d’être préparé, en haut lieu, pour changer ce qui reste à changer dans l’exercice des pouvoirs et protéger le président de toute cette insolence et cette immoralité qui pèsent sur sa personne, qu’elle soit interne ou externe.»

La photo tweetée par le 1er ministre français d’un président malade, très mal en point, n’est donc pas un fait fortuit. «Si cet acte avait été prévu par Manuel Valls, Saïd Bouteflika n’est pas né de la dernière pluie, il en avait déjà évalué les conséquences,» nous renseignent nos interlocuteurs. (Voir l’article intitulé «L’affaire de la photo continue de susciter des interrogations», paru en page 4, dans l’édition du mardi 19 avril 2016.) Mais pourquoi, ce sont toujours les Français qui doivent renseigner les Algériens sur ce qui ce passe en Algérie ? interrogeons-nous. «Justement, il n’y a pas pire que les Français pour créer des problèmes à l’Algérie ; laisser des caméras françaises filmer le président était bien recherché, et voulu (…),» répondent nos sources.

Nouvelles consignes du clan présidentiel

Il a donc bien été ordonné à Amar Saadani de se calmer et à Ouyahia d’affirmer que «le président de la République n’était pas, ce jour là, dans sa meilleure forme (…) le président est certes malade (…), il aurait pu prétexter des raisons d’agenda pour ne pas recevoir le 1er ministre français, mais il ne l’a pas fait, il a accepté de le recevoir… .» A la présidence de la République, l’on cherche certainement à faire passer un message important aux Algériens. «Le changement dans la sérénité» est ce slogan lancé par Bouteflika, dès que l’opposition avait commencé à demander son départ. Il est clair que si le clan présidentiel cherche à ce que «les esprits se calment», c’est en évidence pour ne pas que les détracteurs du président comprennent qu’il ne partira que sous la pression. «Les choses certes, se bousculent mais il ne faut pas qu’il y ait de l’électricité dans l’air, on peut continuer nos actions contre Ouyahia, on n’a rien à perdre, il le sait bien, d’ailleurs, mais on ne peut aller à contre courant des décideurs,» nous lancent des dissidents. L’on écrivait, mardi dernier, que «l’année 2016 pourrait être une année charnière» pour des changements profonds, en haut lieu. «S’il doit partir, Bouteflika devra le faire parce qu’il est fatigué, exténué, mais jamais parce que des opposants de salons le revendiquent,» affirme, persuadé, un responsable d’une importante institution. Un transfert des prérogatives présidentielles vers une personnalité en laquelle les Bouteflika fait confiance, une courte période de transition pour choisir un président en lequel ils font confiance, dissolution de l’APN ou non, «peut-importe… Comment les choses vont-elles être conduites, le plus important à entrevoir, à travers une telle situation où tous les éléments s’imbriquent, les uns dans les autres, c’est que rien n’est plus ni ne sera comme avant, le temps presse et le président de la République doit prendre des décisions importantes pour fermer, définitivement, le dossier des changements dans l’exercice des pouvoirs, il n’en peut plus (…), il aimerait tant inaugurer la grande mosquée…,» pensent de hauts responsables.

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