Djaffar Aït Menguellet se produit ce samedi à Montréal



Djaffar Aït Menguellet donne rendez-vous aux passionnés de la chanson kabyle le 12 novembre au Théâtre le Château, à Montréal.(*)

Cosmopolite et accueillante, élégante et agréable, la ville de Montréal est depuis longtemps le passage obligé des stars du monde entier à l’image de Charles Aznavour, Bob Dilan, Miriam Makéba ou Manu Dibango. Et depuis quelques années, elle est devenue aussi une étape incontournable dans l’ascension des artistes kabyles. Lounis Aït Menguellet, Idir, Takfarinas, Si Moh, Zedek Mouloud, Ali Ideflawen et Kheloui Lounès ce grand artiste qui vient de s’éteindre et auquel le Pr Racid at Ali-Uqasi de la Fondation Tiregwa et la famille Sabrina-Kamel Harani ont rendu avec d’autres, il y a quelques mois seulement, un vibrant hommage.

Il faut dire que tous ces artistes ont été applaudis avec force et chaleur par des compatriotes généreux et attentifs qui, désormais, peuplent de plus en plus nombreux cette ville où ils organisent une vie culturelle haute en couleurs. Toutes celles et ceux qui ne supportent plus de vivre impuissants la descente aux enfers de leur pays, l’Algérie, ni n’admettent le cordon ombilical d’acier qui enchaîne leur Kabylie à un système obsolète et verrouillé, se retrouvent là, la tête pleine de rêves mais aussi de nostalgie.

Le samedi 12 novembre 2016, au Théâtre le Château (1), la ville de l’érable ouvre ses bras à l’enfant de l’olivier, à l’enfant prodige (2), Djaffar Aït Menguellet le bien nommé. Il faut dire que Djaffar ne craint pas les distances. Il se produit volontiers partout où vivent les siens. Comme son père Lounis, il parcourt montagnes et villes, se pose partout où les femmes et les hommes de son pays ont été fixés par les enchaînements turbulents de l’Histoire et par l’itinéraire, souvent tourmenté, de leur propre histoire de vie.

Djaffar Aït Menguellet les suit pas à pas comme irrésistiblement entraîné dans le sillage des siens. A Montréal il débarque comme artiste accompli. Il s’y produira en vrai professionnel inondant les soirées heureuses du Québec de son chant puissant et enjoué en forme de feu d’artifice.

Yuli wass (le jour se lève) ou Ay ihbiben (ô amis) ou tout autre titre seront, à coup sûr, cette soirée-là, dans son répertoire d’où fuseront les modulations fixes ou circulantes qui vaudront signe d’élégance côté musique et valeur d’immanence côté verbe.

J’ai vu Djaffar sur scène à maintes reprises. A chaque fois, l’on se demande à quoi tient la séduction de son chant, d’où vient l’irruption de l’euphorie collective qu’il déclenche et emporte le public dans une transe ininterrompue, une vibration continue.

Quand il entonne a SSalhin (ô saints), se nouent dans la salle, une solidarité sensorielle, un mélange du maintenant et de l’autrefois, une imbrication d’ici et de là-bas. Une sensation épaisse submerge tout spectateur, le traverse des pieds à la tête et le propulse dans une sorte de rêve éveillé.

Djaffar est un ténor, puissant et inventif. Il n’est pas que chanteur. Sa maitrise de la scène, sa proximité subtile et vigilante avec tous les membres de l’orchestre accroissent la synergie du groupe et font de lui un acteur. Je le verrai bien, dans des films longs-métrages, jouer des rôles à la fois graves et plaisants. A l’évidence, il en a le charisme et la stature.

En passant de ameyyez (introspection), Ussan nni (ces temps là) A tanaslit (les racines), d’un registre à l’autre, d’un chant d’avant le chant à un récital, Djaffar paraît jouer une partition dans la démesure. Il installe tout de go, sur le devant de la scène, un ordre rythmique sans faille, un empire d’une voix, un espace sonore harmonieux. Quel bonheur que d’écouter ou de presque palper ses brusques changements de rythme, le choc d’une prompte élévation, l’accès à un régime de rupture !

Pourtant, Djaffar a beaucoup souffert dans son adolescence. Né le 11 mars 1974, il fût gravement brûlé en 1987 par une décharge électrique de haute tension et faillit perdre la vie. Il ne tient sa vigueur d’aujourd’hui que de ses prodigieuses capacités de résilience. Résilience qui lui a permis de reprendre aussi bien ses apprentissages scolaires et sportifs que la musique et le chant, un art venu directement à sa rencontre. Tout a repris de nouveau et son chant s’élève aujourd’hui de plus belle tel le sphinx qui ressurgit de ses cendres.

C’est ce Djaffar qui ira diffuser ses cadeaux musicaux enchanteurs à un auditoire montréalais à la fois exigeant et fier de ses stars, des stars venues du bout du monde, de leur monde. C’est à la rencontre de cet homme qu’un public nombreux et averti viendra récolter les bouquets de notes enchanteresses qu’il diffusera avec force et enthousiasme. Il l’écoutera semer de nouvelles graines de notre culture sur les pas des grands, sur les pas du père. Merci Djaffar, merci aux organisateurs, merci au public. Vivement Montréal !

Hacène Hirèche (Universitaire et consultant – Paris)

  1. Spectacle produit par Gateaways Picture Productions

  2. « Le Petit Prodige » est le titre du fabuleux roman de Tarik Aït Menguellet (encore un artiste de la parentèle) paru aux Editions Passerelles. (Tizi-Ouzou 2016)

(*) PS : L’article est publié il y a quelques jours dans nos colonnes.

Source : lematindz.net

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