Donald Trump insulte « certains » pays africains qui le félicitent !



Pourquoi certains leaders européens ont affiché ouvertement une crainte suite à l’élection de Donald Trump jusqu’à une panique qui les a dévié de la décence diplomatique pour juger le choix d’un peuple souverain ?

Quelque sheures à peine de la proclamation provisoire des résultats, François Hollande, a qualifie l’arrivée du milliardaire à la tête de la première puissance mondiale d’ »ouverture d’une période d’incertitude ». Le candidat favori de la droite à l’élection présidentielle Alain Juppé est allé plus loin, en soulignant tous les risques que la démagogie et l’extrémisme font courir à la démocratie et le caractère vital des choix qu’ils ont à faire. Plus que jamais lit-on dans son communiqué, il appelle au rassemblement et à la mobilisation tous ceux qui se font une « certaine idée » de la République et de la France.

Depuis, cet affolement à gagné tous les pays européens jusqu’à prévoir une réunion extraordinaire des chefs de la diplomatie de l’Europe pour examiner la situation afin d’unifier leur position comme s’il s’agissait d’une guerre annoncée. Il est clair, et tout le monde l’aura compris, que cette alarme est liée à la montée de l’extrême droite qui s’étend sur le Vieux Continent face à un échec flagrant de la démarche des partis de droite et ceux de la gauche qui agissent en un système impuissant d’offrir une alternative face à la crise économique voire même politique.

En quoi finalement Donald Trump rappelle-t-il la pensée de l’extrême droite ? Il a brillé par l’arrogance et l’incohérence qui a finalement payé en comparaison à une alternance républicaine et démocrate qui étale soit la caste du système soit le chaos. L’arrogance est le langage cru sur des sujets que le système actuel considère comme tabous mais y adhère tout bas. Le flux migratoire, l’islamisme et l’identité en général. Quant à l’incohérence, elle touche les adeptes de l’irréversibilité de la mondialisation et de la globalisation. Or, le nouveau président américain rejoint l’idée de l’extrême droite pour revenir au protectionnisme qui semble impossible pour les autres. Pourtant, la mondialisation a fait des ravages, elle a obligé les entreprises de renom à délocaliser leurs usines à la recherche d’une main d’œuvre moins chère au détriment de la population américaine et européenne. Beaucoup d’analystes pensent que ce milliardaire réputé businessman, va bientôt abandonner son dogmatisme pour revenir à la réalité. Qu’il va être recadré par un parti républicain qui ne va pas le laisser faire ou appliquer ses desseins électoraux.

C’est assurément un leurre car il n’a pas été un candidat libre mais il roulait pour le compte d’une tradition républicaine qui a vu défilé plusieurs présidents avant lui depuis les fédéralistes comme George Washington jusqu’au dernier des républicains Bush Junior sous le mandat duquel il y a eu la guerre en Irak et le refus de ratification de l’accord sur le climat. Si comme veulent nous faire croire ces analystes, Trump dispose d’une pléthore de conseillers républicains qui vont le ramener à la raison, pourquoi le laissent-sil déclarer qu’il fermera les frontières américaines aux musulmans pour la retirer de son site le lendemain de la proclamation des résultats de l’élection du 9 novembre dernier ? Qu’il compte taxer à 35% les produits mexicains qui rentrent aux Etats-Unis et à 50% ceux de la Chine tout en sachant pertinemment qu’il s’agit là des produits d’entreprises américaines délocalisées dans ces pays. Qu’il construirait un mur à la frontière avec le Mexique en obligeant les concernés à le payer. Qu’il annulera l’accord des Etats-Unis donné à la COP 21. Il annonce des mesures économiques très populaires comme l’augmentation du Smig ou la baisse des impôts qu’il compte financer par un endettement alors que le pays est endetté jusqu’au cou.

En effet, l’année fiscale 2016 vient de se clôturer aux États-Unis. L’occasion a été de faire le point sur la dette de la première puissance économique mondiale. Elle s’est creusée à hauteur d’environ 7,5 % du PIB 2016, soit un peu plus de 1,4 trillion de dollars. Ce Parti républicain qui siège au sénat et bien imprégné de la situation économique du pays, pourquoi laisse-t-il son candidat promettre d’annuler des accords irréversibles et des mesures qu’on ne pourra financer ni sur le court ni sur le long terme ? Mais, bien au contraire il l’a laissé faire délibérément car c’est le langage qu’aime entendre la majorité de la population non seulement aux Etats-Unis mais aussi ailleurs ; le Brexit l’a montré et la montée de l’extrême droite de l’Autriche à la Grèce le prouve.

Il faut peut-être signaler par ailleurs que c’est la première fois qu’une élection présidentielle de la première puissance mondiale débute par une perturbation extrêmement minime sur le plan économique. En effet, les marchés boursiers ont accueilli favorablement l’arrivée de Trump. Le prix du Brent n’a bougé que de quelques cents dus à la variation du stock américain alors que lors de l’élection de Bill Clinton en 1992, le prix du baril a perdu 10 dollars passant de 45 à 35 dollars en une semaine, pour Bush en 2000, il descendait de 34 à 25 dollars. Il perdra près de 12 dollars soit de 52 à 40 dollars sous Obama en 2008. Rappelons que pour la première fois l’Amérique se réveillait avec un président noir. Il est de notoriété que la branche républicaine américaine est très proche des multinationales notamment pétrolières. C’est pour cela d’ailleurs qu’un PDG d’une grande entreprise texane de service de fracturation hydraulique qui travaille pour le compte des sociétés qui exploitent le gaz de schiste n’a pas manqué de rappeler le milliardaire avant même de le féliciter à ses engagements pour donner une leçon aux Saoudiens qui les ont mis à terre par sa guerre lancée pour maintenir ces parts de marché dans le monde. Il lui a même conseillé d’appauvrir l’Arabie saoudite pour lui donner une leçon qu’elle n’oubliera pas de sitôt.

La poussée de l’extrême droite en Europe

En ce qui concerne les manifestations anti-Trump en Amérique et ailleurs, il ne s’agit là qu’un orage d’été car les Américains l’ont déjà fait avec l’élection de Nixon et celle de Reagan. Il faut préciser par ailleurs que la poussée de l’extrême droite en Europe n’a pas attendu ce milliardaire pour se se manifester mais suit sa cadence progressive depuis près d’une décennie. Un sondage récent de l’IFOP pour le compte d’une association nationale des conseils d’enfants et des jeunes (ANCEJ), a montré que le 1/3 de la génération future française dont l’âge est compris entre 18 à 25 ans préfère de loin voter frontiste c’est-à-dire Marine Le Pen comme présidente. Norbert Hofer, cet extrémiste autrichien, a raté de peu une prise de pouvoir dans ce pays en mai dernier. Sa position actuelle le réconforte dans la prise de décision en Autriche. L’extrême droite à la tête d’une démocratie européenne ? Parfois approché, souvent redouté et encore inédit. Pour Norbert Hofer et son parti, l’Union européenne (UE) est une machine à broyer l’identité autrichienne, et l’islam est à bannir de la république, exactement les idées qu’a développées Trump lors de sa campagne électorale.

Créée par des économistes en 2013 afin de sortir de la zone Euro, l’Union démocratique du centre (UDC) a troqué sa bête noire contre une autre, l’islam, à la faveur de la crise des réfugiés, accueillis en grand nombre outre-Rhin, plus de un million en 2015. Plus au sud, les élections législatives suisses ont confirmé, en octobre, que l’Union démocratique du centre, partisan de l’interdiction des minarets et de l’immigration de masse, occupe bien la première place dans le cœur des électeurs helvètes. Au Danemark, en juin, le Parti du peuple danois a frôlé le triomphe en se hissant à la deuxième place au sein du « Folketing », le Parlement à Copenhague. Avec 21 % des suffrages, il a gagné quinze sièges supplémentaires et ainsi, l’occasion d’y faire résonner davantage son euroscepticisme et son nationalisme. En Allemagne comme en Autriche, par laquelle ont transité des centaines de milliers de réfugiés en 2015, l’actualité immédiate de la crise des migrants a tout à la fois nourri et accrédité une rhétorique fondée sur un argument essentiel : l’incompatibilité entre l’Europe et l’islam. Compris comme une culture, celui-ci est perçu comme une menace pour l’identité de l’Europe et des nations qui la composent. Attaquer l’Islam et les islamistes est devenu une rhétorique qui a permis une copieuse récolte électorale car elle a pris sur un terreau labouré depuis plusieurs années. Avec le 11 Septembre, l’islam est devenu l’ennemi de l’extrême droite. Le rejet de l’islam va de paire avec une idée de la nation présentée comme une référence qu’une ouverture sur l’extérieur pourrait trahir. Il n’y a pas d’extrême droite sans un rapport fort à l’idée de nation Une attitude de repli sur un passé qu’il faut perpétuer, et de fermeture sur soi à l’intérieur de ses frontières que l’on retrouve aussi dans les discours de certains partis de la droite populiste en Europe centrale, comme Droit et justice, au pouvoir en Pologne, ou le Fidesz, au pouvoir en Hongrie.

Et les Africains

Pour le continent africain, l’ex-candidat à la magistrature suprême de la première puissance mondiale, il le résume de la sorte : certains pays africains sont des imbéciles paresseux, tout juste bons pour manger, faire l’amour et voler. Ensuite, la plupart d’entre eux devraient être colonisés pendant des siècles. Pourtant, les premiers qui se sont empressés de le féliciter et lui faire des offres sont le Président égyptien Al Sissi et l’Algérien Abdelaziz Bouteflika. Pour ce dernier en fin diplomate des années 1970, il a compris que les républicains ont toujours tendu la main aux Algériens pour ses gisements pétroliers et non pour ce qu’elle représente du point de vue géostratégique. Le seul démocrate qui voulait récupérer l’Algérie indépendante dans son sillage était J.-F. Kennedy qui avait reçu aux Etats-Unis le premier président algérien, feu Ahmed Ben Bella pour lui proposer un accompagnement économique pour son développement suivant une approche américaine. De retour dans son pays, Ben Bella a fait escale à Cuba pour que Fidel Castro le réoriente vers l’Union soviétique (URSS), chemin que l’Algérie devait prendre non par idéologie mais par nécessité de développement,. Cette démarche a été abandonnée deux décennies après. Plus tard, le président Chadli Bendjedid devait être brieffé par un autre républicain, Ronald Reagan en 1985 pour ramener dans ses valises l’idée de vendre Hassi Messaoud pour la récupération secondaire et tertiaire dans laquelle les Américains excellent.

La loi sur les hydrocarbures des années 1986 devait renforcer la présence américaine dans le régime de partage de production. Enfin deux années après son investiture à la tête du pays, Abdelaziz Bouteflika s’est déplacé aux Etats-Unis pour rencontrer George W. Bush d’où est née la loi très controversée sur les hydrocarbures de 2005 que les syndicalistes ont assimilée à une privatisation pure et simple du mastodonte Sonatrach de suite amendée par ordonnance.

Il n’existe pas de sentiment en politique, les peuples entretiennent des relations d’intérêts. Il suffit donc que chacun des acteurs circonscrit exactement ce qu’il attend d’un tel lien. Souvent de nombreux leaders une fois au pouvoir confondent leurs visions personnelles avec celles de l’intérêt général et c’est là où se produisent des étincelles. Pour ce milliardaire qui vivait paisiblement dans le grand luxe, tout le monde s’accorde à lui prêter une vie heureuse avec sa famille. Seulement, on ne gère pas un pays comme on le fait pour une affaire c’est beaucoup plus compliqué que ça. Donc ramener les promesses qu’il a faites aux citoyens américains, meurtris par une crise aiguë à un dogme électoral serait se leurrer.

Si donc les ennuis commencent, ils ne seront ni pour l’Amérique, ni pour les Américains et encore moins pour le reste du monde mais pour Donald Trump lui-même.

Rabah Reghis, Consultant et Economiste Pétrolier

Source : lematindz.net

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