Echec et mat permanent pour Mhend Ameghbun.



La vie de Mhend Ameghbun ressemble aux jeux d’échecs recommencés. Mhend est un pauvre pion sans force, sans pouvoir, sans argent, sans espoir, sans malice. Il est malmené par les tours, les fous, les chevaux, les ânes, le roi,  la reine, la vie.

Sa maison est déjà un jeu d’échecs. Cela fait plus d’une semaine que lui et la reine ne se parlent plus. Il rentre dans son lit dépourvu de chaleur. Lui, le roi déchu depuis longtemps et la reine dorment dans un lit en regardant dans des horizons opposés. Mhend essaye d’écouter la radio en utilisant des écouteurs pour ne pas déranger la reine qui dort ou qui fait semblant de dormir. Il écoute le bulletin d’informations sur Radio Tizi-Ouzou. Il entend le mot qu’il ne fallait pas entendre, le mot maudit, le mot qu’il déteste par-dessus tout. Il éteint la radio. Le mot « élections » continue de perturber son sommeil durant toute la nuit comme un cauchemar recommencé.

Il se lève péniblement. Il n’a pas lavé son visage en raison de la crise d’eau qui perdure. Il décide d’aller prendre son café dans un des nombreux cafés de Bouzeguène. En cours de route, il se sent agressé par les tessons, les gravats, les détritus de toutes sortes qui s’amoncellent des deux côtés de la chaussée. En passant devant le laitier, il trouve une foule impressionnante de gens qui font la chaine en se querellant pour acquérir un sachet de lait. Il déteste faire la queue. Heureusement, il n’a pas d’enfants sinon il serait peut-être obligé de faire la chaine comme les autres. En attendant la fin de la crise, son épouse et lui prendront de la tisane.

Il arrive au café. Une augmentation sauvage inscrite en grosses lettres finit de réveiller son esprit endormi. Attablé dans un coin, il boit un café sans joie. Il regarde en dessous de la table. Il regrette aussitôt son geste. Des mégots, de la chique et des crachats jonchent le sol dans un spectacle écœurant. Il ressent l’envie de faire des besoins naturels mais il trouve les portes des toilettes sales et épouvantables, démontées.

Une question du regretté président Mohamed Boudiaf, assassiné en direct à Annaba, lui revient en mémoire :

-« Ou va l’Algérie ? »

Il répond par deux autres questions :

-« Qui l’a tué ? »

– «  pourquoi l’ont-ils tué ? »

Il se rend compte qu’il a posé deux questions dangereuses. Il regarde à droite et à gauche. Personne ne l’a entendu. Il se tait.

Par Hammar Boussad.

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