En Ukraine, les réformistes paient cash le vote anti-UE des Néerlandais



EuropeL’Accord d’association entre l’UE et l’Ukraine est rejeté par référendum aux Pays-Bas. Un coup dur pour les réformistes ukrainiens.

«Ce vote, c’est contre Petro Porochenko, un président qui, depuis sa prise de fonction en juin 2014, n’a pas changé le système corrompu et oligarchique ukrainien. Confronté au choix entre passé et futur, il a toujours favorisé le passé.» En analysant les résultats du référendum néerlandais sur l’Accord d’Association entre l’Ukraine et l’Union européenne (UE), le jeune député réformateur Moustafa Nayyem ne prête guère d’importance ni au «nee» de quelque 64% d’électeurs ni au taux de participation historiquement bas, à 32,2%.

Ce qui le préoccupe, c’est bien le signal négatif que le référendum néerlandais envoie au mouvement de réformes en Ukraine. La défense de cet Accord d’Association ambitieux avait été la raison première de la mobilisation antigouvernementale, en novembre 2013, laquelle avait débouché sur la Révolution de la dignité et le renversement de l’autoritaire Viktor Ianoukovitch. Il n’est donc guère étonnant que le référendum néerlandais ait fait la une des médias ukrainiens pendant des mois. Il n’est pas plus étonnant non plus que plusieurs délégations politiques se soient rendues aux Pays-Bas pour y défendre la cause ukrainienne.

L’engouement citoyen pour l’Accord consiste non pas à entamer un processus d’adhésion à l’UE, mais à soutenir le «programme intensif de réformes structurelles visant à moderniser le pays, et à opérer l’européanisation de ses structures», indique Kateryna Zarembo, directrice adjointe de l’Institut de politique mondiale, à Kiev. Autrement dit, un plan ambitieux, qui serait indépendant des jeux d’influence oligarchiques qui paralysent d’ordinaire la politique ukrainienne.

Petro Porochenko, qui a commenté d’un air peiné les résultats du vote néerlandais, est perçu comme le responsable principal du manque de crédibilité de l’Ukraine post-révolutionnaire en Europe. Régulièrement accusé de chapeauter un système de corruption endémique et de manipulations politiciennes, il figure d’ailleurs parmi les douze chefs d’Etat des «Panama Papers» impliqués dans la création de sociétés offshore. Si Petro Porochenko persiste à répéter qu’il n’a ni violé la loi de son pays ni cherché à devenir un évadé fiscal, la société ukrainienne lui reproche une faute politique. Une de plus. Une de celles qui nuisent à l’image de l’Ukraine sur la scène internationale, et compromettent la transformation du pays.

Les électeurs néerlandais ont peut-être voté contre la corruption ukrainienne, contre l’inefficacité de Kiev dans l’enquête sur le drame du vol MH17, qui avait coûté la vie à de nombreux Néerlandais, ou encore pour des raisons plus domestiques et eurosceptiques. Mais quoi qu’il en soit, ils ont offert une «victoire à la propagande poutinienne», assure Andreas Umland. Ce chercheur allemand, basé en Ukraine, estime que les Pays-Bas sont désormais partie prenante de la guerre de l’information que se livrent Kiev et Moscou depuis la révolution, l’annexion de la Crimée et la guerre hybride du Donbass.
(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Sébastien Gobert

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