Entretien imaginaire avec Chawki Amari.



Chawki Amari est l’un des meilleurs chroniqueurs algériens. Il fait les beaux jours du quotidien El-Watan. Sa chronique corrosive à la dernière page du journal est un bol d’oxygène, un vrai régal. Avec un style unique qui mêle l’engagement, la liberté de ton, la dérision, l’humour…il donne ses lettres de noblesse au journalisme sans complaisance fait avec l’art et la manière. Il a aussi écrit beaucoup de livres dont « L’âne mort ».

Q : Voulez-vous nous raconter l’histoire de l’âne mort ?

R : Je vous fais juste un petit résumé sinon vous n’achèterez pas mon livre. Il faut que l’âne mort se transforme en âne d’or.

Q : Pourquoi êtes-vous allé loin pour puiser votre inspiration ?

R : Je suis allé en profondeur pour rendre hommage à Afulay, le premier écrivain Amazigh mais je remonte vite en surface pour parler de l’actualité.

Q : Est-ce que vous aviez connu des difficultés au début de votre carrière ?

R : Mais bien sûr, les difficultés, ce n’est pas ce qui manque, aucun risque de pénurie en Algérie. Les entraves bureaucratiques, les censures, les intimidations…

Q : Comment s’est faite votre première rencontre avec le monde de la littérature ?

R : J’ai commencé à lire beaucoup de livres. Je ne sais pas comment je me suis retrouvé à écrire.

Q : Généralement, les écrivains commencent souvent par la poésie. Est-ce votre cas aussi ?

R : Non, la poésie n’est pas tellement ma tasse de thé.

Q : Est-ce que vous avez des diplômes dans les sciences de l’information ?

R : Non, je suis géologue de formation. Je suis venu au journalisme par passion.

Q : Est-ce qu’il existe réellement une liberté de la presse ?

R : Une liberté relative oui, une liberté absolue non. Avant, le politique entravait la liberté. Aujourd’hui, les contraintes économiques entravent la liberté de la presse écrite. Pour éviter les désagréments, il m’arrive de négocier avec mes supérieurs. Mais la censure bête et brutale d’avant n’existe plus.

Q : Quelle est la symbolique que vous donnez à l’âne ?

R : L’âne a subi trop d’injustices. Pourtant, il a rendu beaucoup de services à l’Algérie en générale et la Kabylie en particulier, notamment durant la guerre de libération. C’est un animal sobre et sympathique qui mérite d’être réhabilité. C’est pourquoi je lui donne un rôle principal dans mon livre intitulé « l’âne mort ».

Q : Est-ce que vous vous sentez interpellé par la cause Amazigh ?

R : Je suis à demi-Kabyle, donc forcément concerné même si je ne suis pas engagé ou militant. Dans beaucoup de pays coexistent plusieurs langues officielles sans que cela pose problème.

Q : Que pensez-vous des intégristes islamistes ?

R : Il ne faut pas faire de la publicité à ces gens sans foi ni loi qui veulent régenter la société d’une façon rétrograde et minable par la peur.

Q : Le mot de la fin ?

R : Ouf ! Tu poses trop de questions.

Q : Merci. Veuillez me dédicacer votre livre ?

R : Avec plaisir.

Par Hammar Boussad.

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