Famille, école et constantes



Emmanuel Todd a prédit l’effondrement de l’URSS dans une légère augmentation de la mortalité des nouveaux-nés. Peut-on prédire celui du monde arabe dans l’état de santé des femmes ? Dernièrement, la presse tunisienne a révélé que 15% des Tunisiennes sont diabétiques alors que la moyenne mondiale, d’après l’OMS, est de 4%.

La Tunisienne si enviée par ses coreligionnaires, star du Printemps arabe, est donc en train de devenir une arabo-musulmane comme les autres. Les spécialistes affirment que la cause du diabète c’est l’obésité, la sédentarité, le cholestérol etc. 53% des Algériennes sont obèses, 44% des Saoudiennes, 47,9 des Koweitiennes et 45,3% des Qatariennes. Qu’il s’agisse des femmes ou des hommes, du terrorisme ou des maladies, l’Algérie ne fait pas dans la demi-mesure. D’après l’agence américaine Blooberg, les femmes arabes détiennent le record mondial en matière d’obésité. Les pays MENA (Moyen-Orient et Afrique du nord) détiennent également la palme de la dépression féminine. Chez les 19-49 ans, les maladies nerveuses font des ravages. Aux USA, on comptait sur 10 malades souffrant de troubles mentaux, 9 femmes. Il a fallu qu’on leur accorde les droits les plus élémentaires pour que l’écart se réduise considérablement entre les deux sexes. Freud en sait quelque chose, lui qui est devenu célèbre et riche grâce aux « migraines » des filles de la noblesse viennoise. On estime qu’en 2030 la moitié de la population d’Arabie saoudite serait diabétique, on ne sait pas le % algérien, mais on peut maximiser sans crainte sachant que 10 points séparent à peu près les deux pays-frères. Signalons que 50% des diabétiques ne sont pas diagnostiqués, d’après les experts. Que vient faire la malbouffe, l’obésité et les nerfs du sexe faible quand l’Algérie tel un Titanic maboul refuse de se séparer de son iceberg avant de prendre la mer ? C’est une expérience américaine qui fait le lien entre la malbouffe et la violence. (1) Une école pour enfants violents en échec scolaire décide de changer son menu pour n’y faire figurer que des fruits et des légumes en interdisant les distributeurs de sodas et autres sucreries. Sans rien changer de la discipline, on a constaté une baisse très significative de la violence.

Un journaliste, habitué à une alimentation zen, fait l’expérience inverse. Au bout de quelques jours, il ressent des palpitations et des vertiges. Des analyses révèlent une hypertension artérielle et un foie malade. (1) Le corps habitué depuis des dizaines de milliers d’années à un régime naturel se retrouve en l’espace de moins d’un siècle condamné aux aliments fabriqués par les laboratoires du docteur Folamour. Grâce au génie des chimistes, on devient drogué aux toxines à petits prix. (1) Il suffit de compter en Algérie le nombre d’endroits où on s’occupe de nos estomacs et celui où on se souvient qu’on a d’autres organes. Véritable exploit : un esprit sain dans un corps malsain. Dans «Les vrais Penseurs de notre époque» Guy Sorman donne la parole à Bruno Bettelheim. Un génie qui a changé les relations entre parents et enfants à l’aide de la psychanalyse en débutant dans un camp de concentration en tant que prisonnier juif : « L’important était de ne pas sombrer dans la folie ou la désintégration de sa personnalité, qui était le but recherché par les Nazis. Pour cela, il fallait préserver une zone de liberté de pensée, si insignifiante fut-elle ». Bettelheim y parvint en s’astreignant à observer ses camarades, comme ses tortionnaires, avec le regard et les instruments critiques de la science. Grâce à cet exercice pratique de la psychanalyse, me dit Bettelheim, je ne suis pas devenu ce que l’on appelait dans les camps un « musulman » On désignait ainsi, m’explique-t-il, les prisonniers qui s’abandonnaient à leur sort : cadavres ambulants, ils étaient devenus comme des objets dépersonnalisés, mus de l’extérieur par les gardes, incapables de sentir, penser, agir et réagir. Bettelheim avait vite compris que toute l’organisation des camps était précisément destinée à transformer les prisonniers en « musulmans »… « Autant que la psychologie des prisonniers « anciens », « nouveaux » et « musulmans », j’ai observé celle des SS », me dit Bettelheim.

Contrairement à ce qu’imaginaient les prisonniers, tous les SS n’étaient pas interchangeables. C’était le plus souvent des êtres peu sûrs d’eux, en général d’origine modeste, l’entrée dans les SS constituait une promotion sociale et ils étaient persuadés que leurs prisonniers, les Juifs en particulier, représentaient un danger réel, qu’ils faisaient partie d’une puissante conjuration mondiale visant à anéantir l’Allemagne. La violence que les SS exerçaient sur les prisonniers était donc destinée à les rassurer sur eux-mêmes… » Reconstruire la personnalité humaine : telle va être, après sa libération, l’obsession, puis l’œuvre de Bruno Bettelheim, immigré aux Etats-Unis. « Le lien entre mon internement dans les camps et mon intérêt pour les enfants autistes est direct, m’apprend-il. Je me suis demandé s’il y avait une relation entre les deux sortes d’inhumanité que j’avais connues, l’une infligée pour des raisons politiques, l’autre « choisie » par l’enfant pour des raisons affectives. » Plus de 3 générations plus tard, est-ce que le musulman est resté « musulman » ? À part la brève période de la décolonisation soutenue par les deux grandes puissances mondiales, USA et la Russie, il n’apparaît qu’au tableau de la terreur. Incapable de sentir, de penser, d’agir et réagir sauf dans la violence pour maintenir la violence. Il suffit de voir comment le Printemps arabe du rêve a viré au cauchemar. Comment en Algérie, une belle démocratie en gestation a accouché du terrorisme de masse. Est-ce l’arabisation ou l’islamisation qui est en cause ? L’Arabe ou le musulman ? Les deux en même temps ? Ni l’un ni l’autre, que des gènes mutants programmés pour le suicide? C’est Ben Bella, l’autoproclamé Dey d’Alger qui a prononcé trois fois le mot « Arabe » telle une répudiation définitive et non une revendication d’«indigènes» postindépendants. En 1984, c’est aussi son clone qui a décidé du sort des familles algériennes atteintes déjà par le désenchantement. Il fallait bien trouver un bouc émissaire qui paie le triple échec de la révolution culturelle agraire et industrielle. L’Algérienne, celle qui sans sortir de son foyer a poussé son fils à se révolter contre son maître le colon, parole du psychiatre Frantz Fanon. L’Arabie saoudite qui n’a jamais été colonisée a eu le même parcours que l’Algérie.

Les Ibn Saoud ont pataugé dans le sang de leurs tribus pour les réislamiser afin d’en faire leur propriété personnelle. Dans les années 70, les mosquées de La Mecque étaient aussi vides que celles d’Alger. Récemment, un téléprédicateur saoudien se félicitait que les choses aient évolué. D’après son aîné, l’imam de la grande mosquée refusait qu’on le réveille avant que le nombre des fidèles n’atteigne le chiffre 3. En Algérie, il a fallu que le FLN dérobe la victoire à son avatar, le FIS, pour les remplir, listes noires comprises. De Benbella à Abassi Madani, des Ibn Saoud aux Ibn Saoud, le religieux et le racial se fabrique et s’impose sous les arcanes du palais sans que le ciel intervienne. On nous vend la «chose» : sauver nos vulnérables âmes de l’influence des mécréants. Ce qui ne les empêche pas eux de quémander aux «démons» bénédiction et protection contre leur propre Oumma. «Tant que l’emprise de la Oumma est forte, la démocratie ne peut produire que son contraire et le suffrage universel mène droit à la dictature, comme chaque fois qu’un fantasme collectif est trop prégnant.», écrit Daniel Sibony. Nous sommes donc conditionnés à faire partie d’un troupeau à l’aide de la religion actionnée par un calife à la place du calife. Quand un musulman ne se laisse pas faire, il se sent «humilié» d’appartenir à l’écurie à l’image d’un Hichem Djaît. De l’humiliation, il ose en catimini la «désislamisation» radicale. L’important c’est de bouger. Si l’horizontale est interdite, la verticale usée, on passe à la tangente. La religion est donc tout ce qui reste quand on n’a rien côté seigneur et serf. Qu’on soit sous la botte du Parti ou l’épée de Daech. Dur même pour un zombie de se retrouver face au pire voleur qui lui interdit de voler, au menteur-né qui lui interdit de mentir, au serial killer qui lui interdit de tuer, à l’expert en magouilles qui lui interdit de magouiller, au corrompu corps et âme qui lui interdit de corrompre etc. Marx a beau dire que la religion est l’opium du peuple et Malraux que le XXI siècle sera mystique ou ne sera pas, le comportement humain n’est pas une science exacte. Si les églises en Europe se vident, elles se remplissent aux USA, ouvrent de nouveau leurs portes en Chine, l’Iran qui rêve de détruire Israël veille jalousement sur ses juifs et les pétrodollars n’arrivent pas à détruire Al Hayat, la TV des ex-musulmans. De son côté, René Girard précise que tout ordre social terrestre ne peut s’établir qu’avec le sang du bouc émissaire et toutes les institutions sont d’origine religieuse, tandis que Claude Tresmontant constate que l’athéisme est devenu impossible. Hier Einstein affirmait que Dieu ne joue pas avec les dés.

Actuellement, les savants sont arrivés à la conclusion contraire sans toucher les livres scolaires. Qui croire ? Si le monde musulman a fait de la femme son bouc émissaire, aujourdhui, elle n’est plus fiable pour honorer le sacrifice. L’Association des Oulémas algériens a lancé un « Appel à la nation » interpellant le Président, premier magistrat du pays. On imaginait nos oulémas en ermites à l’ombre d’un mausolée blanc sur un tapis vert tissé à la main en psalmodiant des versets coraniques. Ni la colonisation ni le terrorisme n’ont réussi à les tirer de leur léthargie sacrée et leur zen attitude. Hélas, eux non plus n’ont pas résisté aux charmes du village planétaire à l’i phone à la connexion illimitée afin de protester contre le danger qui menace la famille et le système éducatif en Algérie avec la Convention CEDAW de l’ONU qui dit : « le développement complet d’un pays, le bien-être du monde et la cause de la paix demandent la participation maximale des femmes à égalité avec les hommes, dans tous les domaines. » La réponse est venue d’un chercheur en sciences religieuses, Soheib Bencheikh : « Je suis triplement peiné par la confiscation du titre « Association des oulémas algériens »…si je ne suis pas d’accord avec ces gens-là, je deviens de facto contre Ben Badis…voire contre mon propre père…Les fondateurs de l’Association des oulémas algériens voulaient que l’élève algérien soit excellent, ouvert à l’universel, capable de rivaliser avec Harvard et prêcher dans les langues du monde entier…Peiné parce que je connais Abderrezak Guessoum qui a travaillé avec mon père à la mosquée de Paris. Je sais qu’il a envoyé ses enfants puiser un maximum de sciences et de connaissances en Occident. Et d’ailleurs, la production écrite de ses enfants est en anglais…Je ne comprends pas, je suis étonné qu’il demande l’arbitrage du président de la République Bouteflika alors qu’il a été lui-même signataire de la Convention CEDAW de l’ONU qui soi-disant est une menace pour la famille algérienne. Il fait appel aux « compétences »pour un débat…Voilà pourquoi je vous fais part de ma peine et de mes doléances. » (3) On imagine mal le chef des «savants» refusant de signer la Convention de l’ONU encore moins priver sa progéniture de l’Université d’Harvard au profit de celle de Boumediene. L’Algérie n’est ni l’Iran ni Cuba ni la Corée du Nord pour dire «non» à l’ONU. On voit mal aussi le chercheur de l’Islam prôner l’égalité des deux sexes pour la simple raison qu’elle est encore à inventer chez les hommes algériens. La Régence a voulu mettre ses propres valeurs dans la famille algérienne pour que le mari et la femme ne forment pas un couple contre elle.

La société n’est-elle pas formée d’un ensemble de couples ? Pour que le diable détrône l’ange sans réveiller la bête, il suffit d’inverser les critères. Après avoir cimenté le foyer de la mère, on déclare le l’enfant inapte à l’effort avec un estomac vide. Dernière pépite de l’année scolaire 2016 : pour réussir le bac d’une main, il faut réserver l’autre au Ramadan. On se demande comment les candidats malchanceux avec le calendrier du jeûne ont fait pour passer sans trépasser l’examen national depuis qu’il existe en Algérie. Que représente le changement d’une date face aux grèves à répétition durant des mois voire une année sans que le % de réussite n’en soit affecté. Qu’importe que de la première année primaire à la dernière année universitaire tout soit chamboulée. Après tout, qui prend l’école algérienne au sérieux.

Déjà en 1977 Mostafa Lacheraf, ministre de l’Education, avait écrit son malaise face à son collègue tunisien, quand ce dernier lui avait suggéré d’organiser le bac à la même date. Motif : ses cancres franchissaient la frontière pour venir décrocher à Annaba le bac algérien avec tous les honneurs. Si le bac algérien a acquis son zéro pointé dès la première décennie de l’indépendance, rien étonnant à la facilité avec laquelle les décideurs changent bousculent radient intègrent bousillent rétablissent inventent étouffent copient trichent collent cocufient les dates, les langues, les programmes, les méthodes même la couleur du tablier y est (bleu au lieu du vert-paradis, rose au lieu du rouge-martyr). Qu’importe les constantes dans l’anarchie, les valeurs après les infamies, les réformes pour réformer le chaos tant que leurs rejetons ignorent l’école de la République Démocratique et Populaire. Que l’ONU appelle à légalité des hommes et des femmes, c’est son boulot. Elle s’adresse à un monde arabe qui s’est mis à utiliser, de gré ou de force, ses pétrodollars à ne produire que des kamikazes à la pelle aux lèvres encore imbibées du lait maternel. Parallèlement et curieusement cet Occident ouvre ses portes aux migrants musulmans tout en étant incapables de stopper la guerre en Syrie, incapable de lâcher un régime aussi encombrant que celui d’Alger. Les maitres du monde ont tellement bousillé la planète qu’ils n’espèrent qu’une seule chose : échapper à la punition. Pour cela, l’idéal un citoyen détraqué, un « musulman » et en sus déraciné. De nos jours, seul un attentat terroriste réussit à booster la popularité d’un président occidental. La France en chute libre, laisse, indifférente, ses Juifs s’exiler qui sont pourtant sa meilleure garantie pour un prix Nobel. Elle ignore ses émigrés qui refusent l’état de «musulman»et se montre bien maternelle avec ceux qui le revendiquent. Il suffit d’analyser le pedigree des personnalités élues par ses médias et ses ministres issus de la diversité. Dans la République de la l’Egalité où on est élu à 3,8% (4). Après le mariage de jouissance dans les camps orientaux où un père vend sa fille pour nourrir sa smala, voilà qu’on passe au divorce dans les camps occidentaux des migrants syriens de confession musulmane. Ce divorce, pour une fois, c’est les femmes qui se pressent autour de l’imam pour répudier leur époux. Quand les médias relatent le parcours des kamikazes, ils ont tous apparemment de quoi vivre à l’aise en Europe (papiers argent et logement), un casier judiciaire comme de bons politiciens et viennent de familles éclatées imbibées par la haine. Combien d’Algériens se sont réveillés désagréablement surpris de la transformation, à peine installée en Occident, de l’épouse de bonne famille, soumise, obéissante et quasi- analphabète. Darwin s’est trompé : les femelles se comportent exactement comme les mâles quand elles cessent d’avoir peur. La peur qui atteint aujourd’hui même leurs bourreaux. En 1978, le poète assassiné Tahar Djaout écrivait : « …ils ont peur de la vérité-…ils ont peur des plumes intègres- ils ont peur des hommes humains…  » Sans doute parce qu’ils ont cessé d’être des êtres humains.

Mimi Massiva

Renvoi

(1) Reportage Super Size Me (Top Santé)

(2) Les vrais penseurs de notre temps (Guy Sorman)

(3) Le Soir d’Algérie ( 3 Avril 2016)

(4) Pilleurs d’Etat (Philippe Pascot)

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