Fellag, un nouveau livre, une vieille histoire



« Un espoir, des espoirs », c’est ainsi qu’il intitule son dernier livre qui ne ressemble à aucun genre littéraire connu. Peut-être n’est-ce que de la divagation justifiée par des années de douleurs jamais encaissées ?

Comédien, écrivain, metteur en scène et surtout gourou pour lui-même, Mohand Fellag erre dans ce texte qui n’accepte aucune catégorie littéraire au creux de l’histoire de l’Algérie contemporaine. Il n’a raté que l’équipe nationale de foot, la JSK et le meurtre d’Ebossé.

Cette chronique qui révèle un vrai, un bon chroniqueur, traverse un demi-siècle d’existence de ce pays si aimé, tant honni : l’Algérie.

Nous voici, embarqués dans ce court réquisitoire publié chez Jean-Claude Lattès, dans le bateau Algérie qui a commencé à tanguer à l’époque du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne).

Fellag semble vouloir dire que ce pays qu’on aime est resté dans le provisoire, le précaire. Il dénonce sans pérorer « l’insoutenable légèreté » de nos gouvernants.

A et B, les deux seuls personnages de cette grosse séquence théâtrale qui n’est sans doute pas un roman semblaient vouloir s’entre-déchirer d’emblée. Ils finissent par se calmer et par se parler. L’occasion faisant le larron, Fellag s’envole dans un délire juste qui s’en va récurer notre boîte à souvenirs, ce cerveau tant de fois maltraité. Nous voici embarqués dans cette histoire si douloureusement ressentie qui démarre au cessez-le-feu du 19 Mars 1962 et qui n’est pas, qui ne veut pas se terminer.

Nos présidents successifs se sont tous ressemblé. Une anecdote rapportée par Fellag : « La cinémathèque d’Alger qui était à l’époque l’un des rares lieux de culture underground avait projeté le film « Aguirre ou la colère de Dieu » en présence du réalisateur, Werner Herzog. Nous avions, j’y étais ce jour-là, fortement ovationné le film et Werner Herzog nous avait déclaré: « J’aime ce film comme vous l’avez aimé. J’aime la prestation de Klaus Kinski, mais il aurait été meilleur si le rôle principal avait été interprété par Boumédiene. Je suis fasciné par le regard de votre président. »

Qui peut jurer qu’en ce temps-là, il n’était pas ébloui ? La dictature, en ce temps-là, avait des airs d’un doucereux protectorat. Boumédiene était le papa et la maman. C’est bien plus tard, sous le règne de Chadli, notamment que les Algériens vont commencer à se rendre compte que la révolution a été trahie, qu’ils ont été, eux aussi, trahis.

Ce sont toutes ces sales histoires, plus les graves, les crimes commis par les intégristes durant la décennie noire et les milliards détournés ces dernières années que met en scène Fellag, mine de rien.

Fellag ne fait pas de politique, il vomit sans vouloir faire de vagues.

Mohand Fellag, le clown fait du rire un acte grave.

Meziane Ourad

Fellag, un nouveau livre, une vieille histoire

Lire l’article depuis sa source : lematindz.net

Laisser un commentaire