La fiancée d’Anzar, une tradition millénaire. Par Hammar Boussad.



Anzar était le Dieu des cieux, de l’eau, de la pluie, des rivières, des fleuves, des mers et des océans. Il était très important car il détenait un pouvoir vital, celui de la vie et de la mort. En fonction de ses humeurs, il pouvait répandre la sécheresse et la désolation ou au contraire faire fleurir les plantes et les arbres, prospérer les récoltes de céréales, de fruits, de légumes et engraisser le bétail grâce a l’abondance de l’herbe et de toutes sortes de plantes nourricières.

Autrefois, en Afrique du Nord, quand la pluie venait à manquer, menaçant de ce fait les gens, les animaux, les arbres et les plantes de faim et de soif, les gens priaient ensemble Anzar de mettre fin à la sécheresse en dispensant ses eaux bienfaitrices. Ils priaient Anzar en entonnant ce refrain mis en musique par le grand artiste Meksa Abdelkader : « Anzar ! Anzar ! A Rebbi switt ar azar… »         Et généralement quand les prières étaient sincères, Anzar accédait à leur désirs et déversait sur les terres brûlées par le soleil la pluie bénie qui faisait revêtir la  nature, les champs et les forêts d’un manteau vert beau comme un diamant. Et les gens retrouvaient le sourire et la joie de vivre.

Jadis, selon nos ancêtres, les animaux parlaient et les dieux pouvaient prendre l’aspect d’un être humain ou d’une chose en fonction des circonstances. Par exemple le Dieu de la pluie apparaissait sous la forme d’un joli arc-en-ciel multicolore quand il pleuvait.

Un jour, Anzar vit une fille resplendissante de beauté qui nageait dans une rivière. Il eut le coup de foudre pour elle au premier regard et y tomba follement amoureux. Il jura d’en faire son épouse mais dés qu’il s’approchait d’elle, la fille s’enfuit avec précipitation vers sa maison qui n’était pas loin.

Un jour, Anzar lui dit :

-« J’ai déchiré les cieux comme l’éclair pour venir vers toi ô astre vermeil qui surpasse tous les autres. Si tu refuses d’être mienne, j’assécherai cette rivière et tu ne pourras plus nager. »

La fille lui répond :

-« Je vous en conjure Dieu des eaux, je n’ai pas de mépris pour vous. Seulement, j’ai peur de mes parents et des ragots des gens méchantes. »

En entendant ces paroles, Anzar devint furieux. Il exécuta sa menace et la rivière devint sèche. Il retourna aux cieux laissant la fille éplorée, pleurant à chaudes larmes. Après un moment d’hésitation, elle se ressaisit, essuie ses larmes, peigne ses cheveux, maquille légèrement ses lèvres, dessine un sourire. Elle se refait une beauté pour plaire encore à Anzar puis d’une voix douce et tendre, elle supplie Anzar de revenir :

-« Anzar ! Dieu tout puissant, vénérable et généreux qui fait fleurir le blé d’or et les fleurs multicolores, je t’en prie, reviens. Je suis à toi mon trésor, mon roi. Viens vite, serre-moi fort contre toi dans tes bras. »

Anzar n’est pas resté insensible aux appels de sa bienaimée. Il revient sur terre aussi vite que l’éclair. Il retrouve son amour qui court vers lui. Il la serre dans ses bras et la rivière retrouve son cours. Depuis ce jour, elle devient la fiancée d’Anzar.

Cette tradition séculaire a traversé tant de générations. Elle est encore célébrée de nos jours dans certains villages de Kabylie. Quand la pluie se fait rare, des filles et des garçons en tenues de fête traditionnelles entonnent des chants à la gloire du Dieu Anzar.

Par Hammar Boussad.

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