Finances islamiques à la rescousse Pourquoi les Algériens boudent le système bancaire actuel



L’affaire El Khalifa Bank a définitivement marqué l’histoire bancaire algérienne et a rompu la confiance, déjà fragile, qu’avaient les Algériens en les établissements financiers. La pratique des intérêts par la quasi-totalité des banques activant en Algérie est explicative de cette indocilité. La finance islamique a-t-elle les moyens d’inverser cette tendance ?

Contrairement à ce que l’on raconte, la finance islamique ne date pas d’hier ou des années 1970. Mais, c’est seulement ces derniers temps qu’on lui accorde une importance particulière vu les crises cycliques et récurrentes que génère le système financier international ultra-capitalistique. Le forum économique du quotidien El Moudjahid a réuni, hier, certains économistes en la matière. Ils ont confirmé que les premières réflexions autour de cette question ont d’abord germé chez l’un des ulémas de Béni Mzab qui a exposé son étude à la Banque d’Algérie coloniale en 1929 déjà. Evidemment, aucune suite n’a été donnée à sa requête. Et étrangement, cette analyse coïncide avec l’énorme krach boursier de 1929 qui a pris son envol un sombre jeudi depuis Wall Street, New York.

Le professeur chercheur Mohamed Djellal a rappelé l’aspect tourbillonnaire d’un système financier roulant en boule de neige la dette des individus mais surtout celle des Etats, qui est naturellement plus conséquente. Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) depuis 2011, a déclaré le caractère vicieux de la sphère financière actuelle conduite par le jeu de la spéculation. Lors de la dernière réunion du G20, elle a insisté sur la nécessité de «s’inspirer» des finances islamiques afin de cogiter la réforme du système actuel en pleine dérive.

Cependant, même si sont nombreux les individus, les entreprises et les Etats qui ont pris goût ou pris dans le piège de ce jeu spéculatif, la plupart des Algériens n’y adhèrent pas. D’ailleurs, plus de 3 000 milliards de dinars échappent au circuit bancaire aujourd’hui ; sans parler des devises, a précisé M. Djellal. Le scandale de la banque El Khalifa a, certes, marqué les esprits et le fantôme de l’incertitude que véhicule la pratique des intérêts les effraye encore. «La finance islamique trouvera certainement sa place dans ce contexte», a-t-il soutenu.

Quelle est la véritable signification de cette terminologie ? L’expert financier et directeur de la banque Al Salam, Nacer Bouchedad, a voulu nuancer cette appellation afin d’éviter les confusions. Selon lui, il ne s’agit en aucun cas «d’une finance religieuse ou dogmatique» mais «d’une finance inspirée de la sunna et qui s’adosse à l’existence d’un échange commercial ou économique réel, à l’inverse des pratiques spéculatives». Malheureusement, continue-t-il, il n’existe que deux banques qui fonctionnent selon les principes et les normes de la finance islamique en Algérie : El Baraka et Al Salam. Elles n’occupent que 2% du marché, «bien en deçà de leurs potentialités».

Sachant que les services bancaires qu’elles proposent bénéficient «de beaucoup d’engouement, de la part des particuliers principalement puisqu’ils n’ont pas à s’investir éternellement dans le remboursement des dettes, spécialement si leur budget est limité».

Cependant, la faiblesse du réseau de ces banques et la concurrence des banques publiques historiques font que les services de celles-ci sont peu connus. Même s’ils peuvent certainement dynamiser le circuit bancaire et pérenniser l’activité économique des entreprises étouffées par le poids de leurs dettes aujourd’hui.
N. B.

Lesoirdalgerie.com

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