La fontaine de la discorde



Cette histoire est inspirée de faits réels qui se sont déroulés en 1950 entre deux villages voisins : At Cwal et Ibeckidene. Ces deux villages se vouaient une haine féroce à cause d’une fontaine. Chacun d’eux revendiquait avec force sa paternité. Avant le coucher du soleil, les citoyens des deux villages abandonnaient leurs tâches quotidiennes et s’empressaient  de rejoindre leurs maisons pour éviter toutes mauvaises surprises. Les habitants des deux villages craignaient des attaques imprévues du voisin ennemi. La confiance a déserté les deux camps, remplacée par la peur. Chaque village campait sur ses gardes et surveillait son voisin. Au village d’At Cwal, les habitants se préparent discrètement à attaquer Ibeckidene, sans avertir l’amin. Ils ont choisi la tombée de la nuit pour surprendre l’ennemi. En cours de route, ils rencontrent un citoyen d’Ibeckidene qui s’est attardé car il recherchait sa vache égarée. Il ne dût son salut qu’à la fuite. Arrivé au village, essoufflé comme un phoque et tremblant comme une feuille, il alerta les habitants de son village. Ceux-ci n’ont pas eu le temps de préparer la riposte. Les habitants d’At Cwal ont pris le dessus. Ils ont massacré leurs voisins. La bataille prit fin. Certains étaient blessés, d’autres avaient pris la fuite pour éviter la correction. Les habitants d’At Cwal ont pris deux otages avec eux. Ils seront relâchés uniquement si les citoyens d’Ibeckidene consentent à abandonner leurs droits sur la fontaine. Les habitants d’Ibeckidene sont furieux. Ils crient vengeance. L’amin du village arrive. Il exhorte les villageois à garder leur sang-froid. La priorité, dit-il est de soigner les blessés. Il part lui-même chercher un médecin. Le médecin arrive et soigne les blessés. Le village retrouve un semblant de calme. Les citoyens rentrent tous chez eux à l’exception de Mhend qui n’arrive pas à digérer l’offense. Il décide de se venger à sa manière. Il empoisonne la fontaine avec un produit dangereux.

Au village d’At Cwal, l’amin du village Dda.Amokrane exhorte les citoyens à libérer les otages mais, ils refusent catégoriquement. L’amin attend jusqu’à minuit. Tout le monde dort. Il profite pour libérer et nourrir les otages affamés et transis de froid. Ils sont accueillis dans la joie par leur famille et les villageois.

Le lendemain, tous les citoyens qui ont bu l’eau de la fontaine, sont tombés malades. L’amin et le médecin appelé à la rescousse, ont retrouvé une bouteille vide, déversée dans la fontaine, jetée aux alentours. Le médecin a conclu à la contamination de l’eau par un produit dangereux. Après les soins prodigués par le médecin, les habitants ont cessé de vomir et de ressentir des douleurs abdominales. Petit à petit, ils ont repris leurs forces et leurs esprits.

Dda.Ameziane et Dda.Amokrane  étaient sages et intelligents. Ils ont compris la nécessité vitale de mettre un frein à ce conflit séculaire qui a trop duré,  qui a fait couler le sang, causé de multiples désagréments, altéré les liens d’amitié et de fraternité qui devaient lier tous les villages de Kabylie. D’un commun accord, ils ont décidé de se réunir en urgence le lendemain afin de désamorcer la crise au plus vite car le conflit commençait à prendre des proportions de plus en plus dramatiques.

Le lendemain, Dda.Ameziane, accompagné de ses notables, se rend à At Cwal ou l’attendait Dda.amokrane et tous les citoyens du village. Dda.Ameziane entame son allocution. Les gens écoutaient attentivement :

Mes frères, citoyens d’At Cwal, je vous salue fraternellement au nom de tous les miens. Premièrement, je vous demande pardon pour toutes les bêtises commises par les citoyens de notre village. J’espère de tout cœur que la réunion d’aujourd’hui apportera une solution définitive à nos divergences. J’espère sincèrement qu’on ouvrira une nouvelle page blanche dans notre vie et nos relations. Mes frères, vous aviez vu comment la situation se détériorait et se compliquait chaque jour davantage. Si la situation perdure, nos deux villages risquent de disparaitre et de s’autodétruire. Aujourd’hui, tous ensemble, la main dans la main, nous devons mettre fin à la haine et la folie qui ont guidé nos pas. Il est impératif de montrer les voies de la paix, de la sagesse, de la raison, aux générations futures. Cette fontaine, source de la discorde, n’est ni à nous, ni à vous. Elle appartient à Dieu, unique dispensateur des biens de ce monde. Dorénavant, tous les citoyens de nos villages et même des autres, ont le droit de puiser de l’eau en toute quiétude.

L’assistance était muette d’admiration devant l’éloquence et la sagesse de Dda.Ameziane. Dda.Amokrane avait les larmes aux yeux. Pour terminer en beauté, il propose de planter un olivier à coté de la fontaine, comme un symbole de la paix et de l’union retrouvée.

 

Une nouvelle de Messaoudene Fahim ⵎⴻⵙⵙⴰoⵓⴷⴻⵏⴻ ⴼⴰⵀⵉⵎ ) , adaptée par Hammar Boussad

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