France : « Les musulmans n’ont pas fini d’être stigmatisés »



Dans un entretien accordé au journal français Libération, publié ce mercredi 13 avril, le Premier ministre français, Manuel Valls, effectue une énième sortie sur l’islam en se positionnant pour l’interdiction du voile à l’université et en affirmant qu’il faut toujours démontrer à une majorité de Français que l’islam est compatible avec la République. Réaction d’Abdallah Zekri, président de l’Observatoire national contre l’islamophobie et secrétaire général du Conseil français du culte musulman (CFCM).

Selon Manuel Valls, une majorité de français doute de la compatibilité de l’islam avec la République française, la démocratie, ses valeurs, l’égalité entre les hommes et les femmes. Finalement, que doivent faire les millions de Français musulmans pour prouver le contraire ?

S’il y a une grande majorité de Français qui naturellement se posent la question de la compatibilité de l’islam avec les valeurs de la République, en ce qui nous concerne, Français de confession musulmane, nous en avons ras le bol de la démagogie politicienne de la part de certains hommes politiques de droite comme de gauche et de la surenchère populiste actuellement prônée par le Premier ministre. Nous n’avons aucune démonstration à faire, les musulmans sont plus de cinq millions en France. Dans leur grande majorité, ils respectent les valeurs de la République, la laïcité et la loi de 1905. Je constate que ce sont les responsables politiques qui ne respectent pas tout cela ! Ce qui m’inquiète le plus, c’est que nous allons bientôt rentrer dans la turbulence des élections présidentielles et je pense que les musulmans n’ont pas fini d’être stigmatisés.

Ces derniers jours, le Premier ministre français évoque continuellement le salafisme en l’assimilant à l’extrémisme religieux. Est-ce que pour vous, ces personnes représentent réellement une menace ?

Tout d’abord lorsque le Premier ministre parle de 1% de salafistes « qui mettent en danger la République », que représentent ces 1% ? 1% de la population musulmane, 1% des lieux de cultes ? Car si cela concerne les lieux de cultes, en France il y en a environ 2 600, ce qui ferait 26 mosquées à surveiller ? Quand on parle de salafisme il faut savoir, qu’il y a des salafistes dont la pratique ne met pas du tout en danger la République. Il est vrai qu’il existe des salafistes dont le discours n’est pas compatible avec les valeurs de la République. Si elles connaissent réellement les mosquées salafistes qui prônent un discours de haine, qu’attendent les autorités pour les fermer ? Est-ce que ça doit être nous qui devrions le faire ? Nous n’en avons pas le pouvoir. Alors, qu’elles mettent leurs paroles en actions car actuellement, c’est de la démagogie sans qu’il y ait de réponses. Deux ou trois mosquées ont été fermées, mais ce n’est même pas lié au salafisme. Qu’on arrête de faire peur au Français avec ces discours dangereux et stigmatisant. J’ai contacté le CFCM (Conseil français du culte musulman) afin qu’une audience soit demandée au Président de la République.

Dans l’interview accordée à Libération, Manuel Valls explique aussi que le voile est un asservissement… Vous avez pu vous entretenir avec lui dans le cadre de l’instance de dialogue qui s’est tenue le  21 mars dernier. Est-ce qu’il tenait le même discours ?

Ce que je ne comprends pas c’est que devant nous il a reconnu que l’islam suscite encore des incompréhensions, des amalgames dont nous sommes victimes et il a rajouté que l’islam est en France pour y rester. Par la suite il a également indiqué que l’islam ferait l’objet d’un enjeu électoral pour 2017 et que sa conviction à lui est que la religion musulmane est pleinement compatible avec la République. Donc, aujourd’hui je ne comprends pas ces discours et à quoi il joue. Concernant ses propos sur le voile, il déclare que c’est un asservissement dès lors qu’il est « revendiqué politiquement de manière militante ».

Manuel Valls a soutenu la loi de 2004 contre les signes religieux ostentatoires à l’école, puis la loi interdisant le voile intégral dans l’espace public. Aujourd’hui il est pour interdire le voile à l’université alors qu’il y a un an il indiquait que cette mesure n’était pas d’actualité. Pourquoi ce revirement ?

La loi de 2004 concernait les filles sous prétexte qu’elles pourraient subir la pression de leurs parents ou de leurs frères aînés. Nous n’étions pas d’accord, la loi est passée. La seule chose sur laquelle nous étions d’accord, c’est la loi contre le voile intégral dans l’espace public. Chaque année, on recense entre 250 et 300 cas, pas plus. C’est une goutte d’eau ! Désormais, je suis contre toute nouvelle loi et si demain il y a une tentative, je serai le premier à manifester dans la rue avec les femmes universitaires ou celles qui veulent porter le voile en respectant les valeurs de la République, c’est-à-dire à visage découvert. Les discussions avec les femmes et les responsables dans les universités prouvent que tous sont contre une nouvelle loi sur le voile. Ni la laïcité ni la loi de 1905 ne prescrivent comment une femme doit s’habiller. C’est une question électoraliste, Emmanuel Macron (actuel ministre de l’Économie, NDLR) est en train de prendre du poids, peut-être que Valls se sent en danger. On ne comprend pas cette attitude-là, et ce nouveau discours ! Les Français musulmans et les responsables musulmans sont exaspérés par cette surenchère.

Source : tsa-algerie.com / Zahra Rahmouni

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