François Hollande peut-il rebondir?



FranceJamais un président de la République n’a été à ce point délégitimé jusque dans ses propres rangs. D’ailleurs, huit Français sur dix ne veulent pas que François Hollande se représente en 2017.

Dialogue citoyen, l’émission porte bien son nom. Ce soir dès 20 h 15 sur France 2, le président de la République veut renouer avec des Français pour qui «François Hollande demeure une énigme», selon les mots de Stéphane Rozès. «Son discrédit tient beaucoup au fait qu’il est un mystère, insaisissable et surtout il ne nous dit pas où on doit aller», ajoute le président de CAP (Conseils, analyses et perspectives). Un mystère, Hollande? D’autres acteurs politiques font ce même constat mais le concluent plus durement. «Du bilan de François Hollande, on retiendra qu’on ne va nulle part quand on ne sait pas où aller», a claqué dans nos colonnes Nathalie Kosciusko-Morizet (Les Républicains).

Un président pris en étau

A treize mois de l’élection présidentielle, François Hollande doit reprendre des couleurs. Et il y a urgence. Pris en étau entre les contestations de Nuit debout et des anti-loi travail d’un côté, et par les envies de primaire de la gauche de l’autre. Jamais un président de la République n’a été à ce point délégitimé jusque dans ses propres rangs. D’ailleurs, huit Français sur dix ne veulent pas que François Hollande se représente en 2017. Et selon un même sondage, c’est encore 53% de non parmi les sympathisants du Parti socialiste. «Mais 67% des sondés pensent qu’il se représentera. Les Français ont intériorisé le fait que le président sortant se lance pour un deuxième mandat», explique Frédéric Dabi, directeur général de l’institut de sondage Ifop.

Convaincre face caméra

Un direct à la TV et 90 minutes pour convaincre après quatre ans d’incompréhension: le pari de Hollande n’est-il pas perdu d’avance? «Il n’est jamais inutile de s’expliquer, de rassurer les Français en cette période de crise. Mais bien sûr qu’une émission de TV n’a jamais corrigé une courbe d’impopularité», analyse Frédéric Dabi. Selon les bruits du palais, François Hollande ne fera aucune annonce nouvelle mais mettra en avant les premiers résultats économiques et sociaux que sa politique commence à produire: un déficit ramené à 3,5% (contre 3,8% prévus), une croissance en hausse à 1,2% et des intentions d’embauche des entreprises à leur plus haut niveau depuis 2010, selon l’enquête annuelle publiée par Pôle emploi aujourd’hui même.

La gauche veut sa primaire

Ces quelques signaux positifs suffiront-ils à changer un climat? En effet, le principe d’une primaire à gauche fait son chemin. D’abord, l’initiative «Notre primaire», lancée par une cinquantaine d’intellectuels et soutenue par Libération, remporte un vif succès. Plusieurs candidats de l’aile antigouvernementale du PS ont déjà lancé des appels de phares: la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, le député Benoît Hamon. Et Arnaud Montebourg ne devrait pas tarder à faire parler de lui…

Oui à la primaire, mais…

Côté officines politiques, le PS et Europe Ecologie Les Verts (EEVL) ont approuvé le principe d’une primaire commune mais tous deux posé des conditions telles qu’elle ne pourra avoir lieu. Le point rédhibitoire est le soutien au vainqueur de la primaire si d’aventure c’était François Hollande. EEVL se donne jusqu’en juin pour consulter. Pas question d’entrer dans ce jeu pour l’allié habituel qu’est le Parti communiste. Tandis que Jean-Luc Mélenchon a déjà envoyé valdinguer tout le monde, jouant sa carte solo. De guerre lasse, Daniel Cohn-Bendit, pourtant signataire de l’appel, a déjà jugé que «la primaire n’était plus possible».

Gagner du temps…

«Approuver le principe d’une primaire est soit de l’inconséquence, soit une manœuvre de la direction du PS», analyse Stéphane Rozès. «François Hollande ne va pas concourir lui-même à l’abaissement de la fonction. Le rapport symbolique du président est un lien qui l’unit à tous les Français. Ce serait un suicide politique de débattre avec Cécile Duflot.» Même son de cloche chez le directeur du Centre d’études et d’analyses (Cetan), Roland Cayrol: «Il n’y aura pas de primaire à gauche. Malgré le fait que l’opinion publique y soit très favorable, le PS fait semblant.»

Citoyens et hors partis

Et si l’avenir était hors partis? Plusieurs mouvements, dont Nous Citoyens ou Bleu Blanc Zèbre de l’écrivain Alexandre Jardin, veulent lancer une «primaire des Français» pour désigner un candidat de la société civile pour l’élection présidentielle de 2017. Sans parler des indignés de Nuit debout, qui, eux, rêvent majoritairement d’un Grand Soir anticapitaliste. Les sympathisants de ces initiatives sont à chercher parmi le peuple de gauche. Concurrence pour la gauche institutionnelle? «Ces initiatives illustrent le besoin actuel des citoyens de débattre. C’est une réaction à la déliquescence de la situation politique, mais la présidentielle, c’est du sérieux!» estime Roland Cayrol, qui n’y voit qu’un feu de paille.

A quoi joue Macron?

Le mouvement En Marche! du chouchou du moment, Emmanuel Macron (ni de gauche ni de droite), s’inscrit d’ailleurs dans cette logique d’affranchissement des partis. Mais, selon les politologues, il ne supportera pas le choc avec la réalité électorale. «On le constate dans notre baromètre de popularité mensuel (publié mercredi par Paris Match), Emmanuel Macron surpasse tous les autres politiciens de gauche. Mais quand, chez les sympathisants de gauche, on l’oppose en duel à François Hollande, Manuel Valls et même Anne Hidalgo, il perd. Le clivage gauche-droite pèsera encore sur la présidentielle. Et Macron n’a pas d’assise», estime Frédéric Dabi.

Le candidat à l’usure

Est-ce à dire que par défaut, François Hollande sera le candidat de la gauche? Oui, s’il parvient à quelques résultats sur le front de l’emploi d’ici à la fin de l’année. «Le destin de François Hollande ne dépend pas d’un débat sur les sujets du pays tel qu’il est mené en ce moment par des gauches françaises en plein désarroi. Quelles sont leurs analyses? Elles ont quinze ou vingt ans de retard. La preuve, la mauvaise passe de François Hollande et du gouvernement ne leur profite absolument pas», analyse Stéphane Rozès. C’est brutal mais vrai. Lors des élections intermédiaires (municipales, départementales et régionales), les écologistes de Cécile Duflot, le Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon et le Parti communiste de Pierre Laurent n’ont pas progressé. Au contraire. Alors à la fin, il ne restera qu’une solution…
(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Par Xavier Alonso

Laisser un commentaire