La gifle salutaire. Par Hammar Boussad



Mhend est parti en France il y’a de cela vingt ans, laissant sa pauvre mère seule, se débrouillant pour survivre en faisant de menus travaux pour les autres. Quelques voisines charitables lui portaient secours de temps en temps notamment à l’approche des grands hivers  qui charrient neiges et froid glacial.

Mhend s’est marié avec une Française, oubliant complètement sa mère. Mais, la vie se charge d’administrer des leçons mémorables qui secouent les consciences. Il reçoit une gifle qui remet en cause son bonheur et son équilibre

Se rendant compte de sa baisse importante de la libido, sa femme Trotski le vire sans ménagements de sa vie. Abandonné par sa femme, Mhend se rappelle enfin sa mère qu’il a abandonnée au Bled depuis longtemps sans aucune ressource. Il conclut que ses désagréments conjugaux sont le résultat d’une malédiction divine, largement méritée pour avoir négligé ses devoirs moraux envers sa mère.

Il décide de tout faire pour se racheter et se faire pardonner. Sa première décision fut de mettre fin à son exil en rentrant en Algérie. Sa mère est folle de joie en le revoyant. Elle oublia comme par miracle les vicissitudes de la vie.

Mhend acheta d’abord des vêtements neufs et des bijoux à sa mère. Celle-ci lui dit :

-« Mais, je ne suis pas une nouvelle mariée pour porter ce genre de vêtements. »

« Aucune mariée ne peut t’égaler, Maman, » répondit-il.

Pardonne-moi pour toutes les souffrances que tu as endurées à cause de moi le fils ingrat. J’ai honte de moi. Le maudit exil avec ses fausses promesses et ses trompeuses illusions m’a fait perdre toute notion de dignité et d’humanité. »

-« Arrête de dire du mal de toi mon fils. Tu es tout pardonné. L’essentiel est que tu sois revenu sain et sauf. »

« Pour me faire pardonner, je vais t’offrir un voyage en Italie pour visiter Venise, la cité des amoureux. »

-« Non, la cité des amoureux ne me dit plus rien. J’ai épousé ton père par hasard, il est mort par accident. Tu es l’unique amour qui me reste. »

« Et si je t’offre un pèlerinage en Arabie Saoudite ? »

-« Mais mon fils bienaimé, la religion n’est pas ma tasse de thé. »

« Je t’en prie Maman, dis-moi ce que je dois faire pour apaiser ma conscience qui me torture et me prive de sommeil. »

-« Eh bien, puisque tu insistes, je connais deux voisines qui ont partagé leur misère avec moi, tu pourrais peut-être les aider. »

« Oui Maman ! De quoi ont-elles besoin ?»

-« L’une a besoin de restaurer sa toiture pour éviter les intempéries et l’autre a besoin de semoule, de denrées alimentaires et de vêtements neufs. »

-« Demain, de bonne heure, je m’occuperai de tout, c’est promis Maman. J’espère seulement qu’elles me donneront leur bénédiction. »

-« Ce sont de braves femmes. Je me joindrai à elles pour te donner notre bénédiction. »

« Merci Maman ! »

Par Hammar Boussad.

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