L’homme qui cherchait le Bon Dieu. Par Hammar Boussad.



Mhend At Rebbi était un pauvre paysan, naïf et illettré. Il aurait pu passer inaperçu dans la vie comme un petit oiseau sans envergure mais son étrange requête a fait sa renommée dans la cité. Heureusement, à cette époque, les intégristes islamistes n’existaient pas, autrement, ils l’auraient tué pour défendre Dieu et espérer le paradis comme rétribution pour leur geste condamnable. Ils auraient trouvé sa requête blasphématoire et de ce fait mériterait le pire des châtiments, c’est-à-dire sa dilapidation jusqu’à ce que mort s’en suive.

Revenons à la requête bizarre et insolite de Mhend At Rebbi. Il errait du matin jusqu’au soir à la recherche du Bon Dieu. Il savait qu’il se trouvait quelque part mais il ne savait pas ou. Il marchait sans arrêt et interrogeait les gens qu’il rencontrait sur son passage. Il leur posait souvent ces deux questions :

-Est-ce que vous avez rencontré le Bon Dieu ?

-Est-ce que vous savez ou est- ce que je pourrais le trouver ?

Mais, les gens ne répondaient pas à ses questions. Certains pensaient qu’il avait perdu ses facultés mentales. D’autres riaient amusés par ces propos étranges. Certains pressaient le pas et n’écoutaient pas ce qu’il disait sérieusement. D’autres ne savaient plus quoi dire, gardaient le silence interloqués. Certains lui conseillaient de persévérer dans ses recherches jusqu’à ce qu’il le trouve. D’autres se moquent de lui en prétendant que Dieu est mort depuis longtemps et qu’il ne servait à rien de le chercher. Certains lui demandent de renoncer à ses recherches car selon eux Dieu n’existe pas. Il serait inventé par ceux qui ont perdu l’espoir et les philosophes qui ont perdu le sens de la rationnalité.

Bref, les affirmations des uns et des autres, toutes opinions confondues : croyants, sceptiques, non-croyants, moqueurs…n’arrivent pas à convaincre Mhend At Rebbi qui continue toujours et sans relâche ses recherches…

Un jour, il aperçoit un vieux sage avec une barbe blanche bien soignée, un burnous de laine blanc comme neige, un visage rayonnant ou transparait la noblesse, la bonté et la lumière. Il crût avoir rencontré enfin le Bon Dieu. Il s’adresse à lui en ces termes :

-« Mon Bon Dieu, je suis très ému de vous rencontrer. Cela fait très longtemps que je vous cherche. Je suis tellement heureux de vous retrouver. »

Le vieux sage était étonné mais flatté d’être pris pour le Bon Dieu. Il lui dit :

-« J’aurais aimé être le Bon Dieu ou l’un de ses prophètes mais je ne suis qu’un homme comme toi. Dis-moi, pourquoi est-ce que tu cherches le Bon Dieu ? »

-« Je le cherche pour qu’il puisse me donner ma part. »

-« Ecoute-moi bien et médite ces paroles. Dieu t’a donné ta part comme les autres mais, tu ne t’es pas rendu compte. Sache que Dieu ne donne pas directement les biens sous forme d’argent, de denrées alimentaires ou de biens matériels. Dieu est comme un poète. Le poète cache ses émotions dans ses vers. Mais, tu peux les découvrir en l’écoutant attentivement et en lisant entre les lignes. Dieu t’a doté des mêmes atouts que le poète. Il t’a doté d’un esprit intelligent pour réfléchir, d’un cœur sensible pour ressentir les nécessités de la vie, des yeux pour voir ce qui est beau, bon, vrai et juste, de deux mains pour te rendre utile en fabriquant des choses bénéfiques pour l’humanité…

Le Bon Dieu t’a donné une canne. Il te suffit de la manipuler à bon escient pour escompter récolter les dividendes : les biens et les fruits de toutes sortes. »

Mhend At Rebbi comprit la leçon. Il abandonna ses recherches et entreprit de travailler. Cependant, les gens continuent de l’appeler Mhend At Rebbi.

Par Hammar Boussad.

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