Ighrem, le village qui se cherche



Ighrem était une surface agricole d’environ trois hectares appartenant historiquement à deux grandes familles du Aarch Amchedal, les Mebarki du village Ath Ali Outhemim et les Zennouche d’Ath Oualvan, dans l’actuelle commune de Saharidj.

Située à 3 kms à l’Ouest du chef-lieu de la commune d’Ahnif, en bordure de la RN5 qui le traverse en plein milieu, Ighrem est bordée sur sa partie inferieure par Assif n’Sahel, juste en face de sa jonction avec Assif Assemadh. Ighrem, deuxième importante agglomération sur le volet démographique, avec une population qui frôle les trois mille habitants, a été pour ainsi dire créée de toutes pièces par l’administration coloniale au moment de la vaste opération de regroupement des populations dans des camps de concentration, après la destruction de tous les villages déclenchée entre 1957 et 1959, immédiatement après la sinistre opération « Bigeard », dans le but d’isoler les maquisards de l’armée de libération nationale (ALN) pour lesquels ces villages de haute montagne assuraient la logistique et un soutien sans limites. Aussi, les premiers refugiés arrivés à Ighrem à partir de 1958 étaient les habitants des villages Ath Oualvan et ceux d’Ath Ali Outemim. Ils ont été rejoints plus tard par d’autres issus du reste des villages rasés par l’armée coloniale à l’artillerie et l’arme lourde.

Ighrem, la plus exiguë des agglomérations de la région

A l’heure actuelle, cette importante agglomération est sans aucun doute la plus exigüe de la daïra de M’Chedallah, du fait d’abord qu’elle est limitée du côté Nord-est par les rives d’Assif n’Sahel et du côté Sud par des terres agricoles appartenant à des particuliers dont la plupart refusent de se séparer de la terre de leurs ancêtres, d’où des constructions en forme de grenade ou de grappe de raisin avec des habitations qui se serrent étroitement les unes contre les autres et des allées entre les pâtés de maisons en sentiers de chèvres qui empêchent toute opération d’aménagement des ruelles, toujours à l’état de piste, dont le mince revêtement en sable a été emporté par l’érosion. En effet, excepté la rue principale, aucune de ces voies d’accès n’est goudronnée. Cette exigüité est aussi aggravée par l’exode massif des agricultures des zones éparses d’Ahnif, lesquels ont fui le terrorisme durant la décennie noire, à l’image de ceux des localités Tizi n’Selam, Ighil ldjamaa, Vou Mejiren et Taasaseth. Toutefois, le manque criard en matière d’aménagement se fait sentir sur le tronçon de la RN5 qui la travers de part en part en plein milieu, sans que ne soient aménagés des trottoirs pour sécuriser les piétons, ni encore moins des bordures ou une quelconque clôture de protection, d’où de fréquents accidents où des citoyens qui marchaient sur ce tronçon ont été fauchés par des véhicules. La carence suivante pointée du doigt par un groupe de citoyens qui nous ont reçus sur les lieux la semaine écoulée, est le réservoir d’eau ancien et vétuste réalisé durant l’occupation coloniale, qui n’a pas été remplacé à ce jour. Nos interlocuteurs affirment qu’il est à l’origine d’un important gaspillage d’eau à partir des fissures qui s’y sont manifestées depuis plusieurs années déjà.

Les infrastructures étatiques se comptent sur les doigts d’une main

En matière d’infrastructures étatiques d’accompagnement et de développement, celles réalisées dans ce grand village se comptent sur les bouts des doigts. En effet, l’on comptera uniquement une antenne d’état civile, un bureau de poste, une salle de soins et enfin une école primaire. Sur le volet loisir, Ighrem a bénéficié d’une salle polyvalente et d’un stade non aménagé, dont les vestiaires ont subit des actes de vandalisme. Sur le volet économique, le village compte en tout et pour tout quelques huileries et des plateformes d’agglomérés rien de plus ; le seul avantage pour les citoyens en âge de travailler n’est autre que la disponibilité du transport de voyageurs à toute heure et vers toutes les directions. Signalons pour conclure que le village Ighrem constitue de par sa situation géographique et sa proximité avec l’un des plus importants axes routiers de l’Est du pays une vitrine pour toute la région ; malheureusement, une vue d’ensemble loin d’honorer les gestionnaires de la chose publique. Cette agglomération a, en effet, besoin d’un projet de modernisation du moins pour l’amélioration du cadre de vie des villageois, qui ont donné les meilleurs de leurs enfants pour d’abord libérer le pays du joug colonial, ensuite pour combattre la hydre intégriste et le terrorisme. Pour rappel, c’est dans cette région d’Ighrem qu’a été abattu par les forces combinées en 1996 le sinistre Hassen Tayeb, plus connu sous le sobriquet Hadj Tayeb, premier émir du GIA de la wilaya de Bouira, et qui a semé terreur et désolation des années durant dans cette région. Un exploit des militaires rendu possible grâce à l’implication des citoyens, notamment les patriotes et les groupes de légitime défense (GLD).

Oulaid Soualah

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