« Il faut couper la main iranienne pour trouver une solution en Syrie »



InterviewLe général de brigade Aithkal Altaish de l’Armée syrienne libre dénonce l’implication forte de l’Iran dans la bataille d’Alep.

Le général de brigade Aithkal Altaish de l’Armée syrienne libre était lundi à Paris à la réunion de l’opposition syrienne. Cet officier qui a combattu dans la région d’Alep témoigne de l’engagement iranien dans la bataille qui fait rage dans la deuxième ville du pays. Entretien

Confirmez-vous que les forces iraniennes sont engagées en force dans la bataille d’Alep?
Pour contrer la défaite des forces syriennes à Idlib et sauver le régime de Bachar el-Assad, le régime iranien a en effet été contraint d’envoyer des troupes dans la région. Il a d’abord mobilisé des Gardiens de la révolution, mais ceux-ci ont subi des pertes importantes. Dans un second temps, l’Iran a envoyé des soldats de son armée régulière. Beaucoup de militaires iraniens ont été tués, d’autres sont désormais prisonniers de l’Armée syrienne libre (ASL). En deux jours, le week-end dernier, 83 soldats iraniens ont été tués dans le sud d’Alep. Quarante-cinq autres ont été tués au nord de la ville. Nos forces ont aussi capturé 14 soldats lors de ces combats.

Selon un rapport de l’opposition iranienne, l’armée syrienne est tellement faible qu’elle a du mal à tenir les zones tenues par le régime. Est-ce votre analyse ?
Les soldats de l’armée syrienne n’ont pas de motivation suffisante pour combattre aujourd’hui. La preuve, ce sont les défections, les désertions, des soldats qui fuient dans d’autres régions. De plus, selon nos renseignements, l’armée de Bachar ne trouve plus personne à recruter.

Ce sont donc les forces étrangères qui progressent en Syrie ?
C’est vrai que dans certaines villes et régions, le pouvoir à Damas a repris le contrôle grâce à ses alliés étrangers. Mais ce ne sont que des conquêtes provisoires, car ces forces d’agression ne peuvent tenir longtemps sur le terrain local. Tout simplement parce qu’elles sont étrangères.

Les forces rebelles peuvent-elles encore tenir Alep ?
Nos forces peuvent résister à Alep. Mais elles ont besoin d’un soutien international. L’Iran est entré en guerre avec des moyens gouvernementaux. La Russie bombarde. L’artillerie syrienne utilise des armes interdites comme certains missiles. Nous avons besoin d’armes pour nous défendre.

Savez-vous qui a bombardé l’hôpital d’Alep ?
Les forces iraniennes cherchent à affaiblir le soutien de la population aux rebelles de l’Armée syrienne libre. Ils ont attaqué délibérément cet hôpital, le bazar, mais aussi les installations électriques et d’eau potable dans ce but.

Des experts et des journalistes doutent que l’Armée syrienne libre soit encore aujourd’hui une force séculière prodémocratique. Quel est votre commentaire ?
Dans la première année de la révolution syrienne, des millions de gens ont clairement exprimé le but de leur mouvement pacifique : une Syrie libre et unie. Le slogan des manifestants, c’était « Tous ensemble, liberté ». Ce ne sont pas les révolutionnaires qui ont déclenché le conflit armé, mais bien le régime en réprimant ces manifestations et en massacrant le peuple. Les gens ont dés lors pris les armes pour se défendre. La propagande du régime cherche à donner une fausse image de l’opposition. Leurs mensonges veulent faire de nos combattants des terroristes djihadistes extrémistes. C’est méconnaître l’histoire syrienne des cinquante dernières années. En Syrie, toutes les communautés religieuses coexistaient en bonne intelligence. A cette époque, les terroristes étaient iraniens.

Vous dites qu’il n’y a pas d’islamistes dans l’ASL ?
L’ASL était au départ une organisation de la résistance au régime d’Assad ait mis fin par la violence au processus de contestation pacifique. Après les importants massacres commis par le régime et ses alliés dans plusieurs villes, des organisations islamistes étrangères ont armés des groupes de combattants. Le Front Al Nosra n’existait pas il y a deux ans en Syrie. Nous n’avons rien à voir avec ces groupes. C’est la répression menée par Bachar el-Assad qui les a fait naître. Ces groupes n’ont pas de racines en Syrie. Les Syriens n’ont jamais été des fondamentalistes, contrairement aux Iraniens. Les millions de réfugiés syriens dans le monde en sont la preuve aujourd’hui. C’est en réaction aux crimes d’Assad que ces groupes ont prospéré.

Avez-vous toujours l’espoir de voir les négociations de Genève déboucher sur une solution politique et la paix en Syrie ?
Malheureusement, je pense que le régime n’est pas prêt à négocier. Par ailleurs, l’Iran a son propre agenda qui consiste à exporter son idéologie, la plus dangereuse qui soit, dans la région. Il ne peut pas le faire sans la Syrie et le régime d’Assad. La solution à la crise syrienne, c’est de couper la main iranienne dans notre pays. Sans cela, il n’y a pas de paix possible en Syrie. Il faut que le monde cesse de fermer les yeux sur les crimes iraniens en Syrie.

Quel était le but de la réunion de l’opposition syrienne à Paris, lundi ?
A Paris, les négociateurs de l’opposition syrienne ont cherché à obtenir une résolution du conseil de sécurité de l’ONU pour que le régime d’Assad respecte ses obligations. Qu’il relâche des prisonniers comme il s’y est engagé, qu’il autorise le convoyage et la distribution de l’aide humanitaire et qu’il stoppe les bombardements. Cela montre aussi que l’Iran, le principal soutien de Bachar, ne cherche pas une solution politique. Son but, c’est de sauver Assad, de maintenir ce cordon avec le Hezbollah libanais et d’étendre son hégémonie dans la région.

(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Par Olivier Bot

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