«Il faut que ces négociations sur la Syrie produisent des résultats concrets»



Genève internationaleA la veille de leur reprise, les pourparlers intersyriens bloquent toujours sur le sort de Bachar el-Assad.

L’espoir de voir le nouveau round des négociations sur la Syrie qui s’ouvre cette semaine à Genève déboucher sur une esquisse d’accord de paix est très mince. Les positions du gouvernement syrien et de l’opposition paraissent plus inconciliables que jamais.

Les désaccords se cristallisent à nouveau autour de la place de Bachar el-Assad dans le processus politique qui doit conduire à l’organisation de nouvelles élections et la désignation d’un gouvernement d’union nationale. Conscient des obstacles, le médiateur de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, s’est rendu à Moscou, Damas, Téhéran, Ankara et Riyad pour obtenir des puissances régionales et des acteurs clefs du dossier syriens qu’ils s’emploient à infléchir les positions des deux parties au conflit avant qu’elles ne reviennent à Genève.

«Cette fois, il faut que ces discussions produisent des résultats concrets», a prévenu Staffan de Mistura. A l’issue de sa dernière consultation avec le gouvernement et l’opposition syriens, le diplomate a remis une feuille de travail pour cadrer ces prochaines négociations indirectes. Pourtant, personne ne s’aventure à présenter cette nouvelle échéance comme décisive. Ryad Hassan Agha, l’un des porte-parole du Haut Comité des négociations (HCN), soutenu par Riyad, a annoncé la couleur en prédisant un échec si Bachar el-Assad n’était pas exclu du processus politique. Depuis la dernière rencontre, le curseur s’est déplacé mais pas dans le sens souhaité par l’opposition.

Le régime dopé par ses succès militaires

Dopé par le retournement de situation sur le terrain, le président syrien répète à l’envi qu’il est disposé à ouvrir son gouvernement à l’opposition mais… sous son autorité. Ce qui est perçu comme une provocation par le HCN. Plus que jamais, la balle paraît être dans le camp de Moscou. Et les Russes ne boudent pas leur plaisir à se trouver en position d’arbitre, même si cette situation comporte des dangers. Pour ne pas être pris en défaut, Moscou s’emploie à geler le conflit avec l’aide des Américains au sein de la task force sur le cessez-le-feu et de son centre opérationnel basé au Palais des Nations à Genève. Si la diplomatie patine, les militaires russes et américains gèrent l’extinction des violences avec zèle. Rien ne filtre, ou au compte-gouttes.

Présence controversée

Depuis le début de l’accord de cessation des hostilités, le centre opérationnel géré par Moscou et Washington a eu connaissance de plus de 1200 cas signalés (à la fin du mois de mars) de violation du cessez-le-feu. «Chaque incident répertorié fait l’objet de vérifications. Seule la moitié est confirmée. Pour les autres, ce sont de fausses informations», explique un diplomate proche du dossier. Parmi les informations non validées par le centre opérationnel, il y aurait le bombardement d’un autobus reliant Palmyre et Raqqa attribué à l’armée russe lors de l’offensive sur la cité antique. Décidée à montrer qu’elle faisait tout pour ramener la paix et la sécurité en Syrie, la Russie s’est empressée d’envoyer des équipes de démineurs à Palmyre.

Pour ce qui est de déminer les négociations, cela s’annonce autrement plus difficile. Moscou doit composer avec un pouvoir syrien qui se cabre. Ce qui commence à agacer ses diplomates. Les prochaines discussions devraient cependant permettre d’y voir un peu plus clair dans le rapport de force au sein du HCN. Des discussions animées ont eu lieu ces derniers jours pour savoir si Mohamed Allouche, membre du bureau politique de Jaish al-Islam, et dont la présence dans l’équipe des négociateurs est controversée, devait toujours être associé au processus engagé à Genève. (24 heures)

Source : www.24heures.ch / Par Alain Jourdan

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