Il y a un an, Bouteflika ordonnait au gouvernement de réviser le Code de la famille…



Il y a un an presque jour pour jour, le 8 mars 2015, le président Bouteflika ordonnait la révision du Code de la famille. « Nous devons améliorer nos lois relatives à la famille en harmonie avec les exigences de notre époque et de la vie moderne, aussi bien pour l’homme que pour la femme », affirmait le président dans un message lu au journal télévisé de l’ENTV de 13h.

Le lendemain 9 mars, le ministre des Affaires religieuses Mohamed Aïssa annonçait à Tizi Ouzou qu’un conseil scientifique constitué de 50 membres, entre muftis, universitaires spécialisés en sciences islamiques et en sociologie, a été mis en place pour débattre du nouveau Code de la famille.

Depuis ce jour… le néant. Aucune annonce, aucun progrès sur le dossier n’a été signalé. La révision du Code de la famille a été mise au placard, balayée sous le tapis, mise sous silence tel un secret honteux. Pouvait-il en être autrement d’un gouvernement qui a mis cinq longues années pour faire passer au Parlement une révision constitutionnelle censée changer la donne mais au final sans substance ? Une Constitution qui, par ailleurs et au passage, affirme l’égalité devant la loi, mentionne la notion de genre et consacre formellement la non-discrimination, rendant ainsi le Code de la famille anticonstitutionnel et ce, depuis son entrée en vigueur…

De par leur inaction pendant une année, le président Bouteflika et son gouvernement ont donné raison à toutes celles et ceux qui affirmaient qu’il ne s’agissait là que d’un simple effet d’annonce, d’une carotte sans lendemain seulement présentée à l’occasion de la journée de la femme, d’une promesse qui n’engageait que ceux qui y ont cru. Le sentiment de trahison est d’autant plus grand lorsque confrontée à l’actuelle condition des droits de la femme algérienne.

Dans l’Algérie de 2016, la femme algérienne ne dispose toujours pas du droit de contrôler sa propre destinée. Aujourd’hui, la femme a encore besoin d’un tuteur (son père, un proche ou n’importe quel autre homme) lorsqu’elle désire se marier. Alors qu’il est explicitement indiqué que le père est le tuteur de ses enfants mineurs, la mère ne peut se suppléer au père qu’en cas d’absence ou d’empêchement de ce dernier, seulement dans les actes à caractère urgent.

Alors que l’homme peut divorcer de façon unilatérale, la femme ne peut se séparer de son conjoint sans l’accord de ce dernier qu’en moyennant le versement d’une somme d’argent. En d’autres termes, la femme doit payer pour obtenir sa liberté. Si la femme ose se remarier, elle perd automatiquement le droit de garde sur ses enfants.

Les exemples de discrimination envers la femme établis par le Code de la famille sont encore nombreux. En conséquent, faute de pouvoir l’abroger, la révision du Code de la famille était et reste nécessaire afin d’atténuer ses effets pervers. Les valeurs constitutionnelles d’égalité et de non-discrimination auraient dû et doivent en être les fondements pour consacrer plus d’égalité et plus de justice dans les relations entre membres d’une même famille. En attendant, la femme algérienne devra s’efforcer à continuer de survivre dans son pays, en dépit d’un gouvernement qui l’a abandonnée.

Source : Yacine Babouche

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