IntyMag, le premier média participatif féminin en Algérie



Le premier média participatif pour et par les Algériennes connait un succès grandissant depuis sa création le 8 mars dernier par deux jeunes journalistes algériennes.

En l’espace de deux semaines Amina Boumazza, 29 ans, et Djamila Ould Khettab, 28 ans, se décident à créer leur propre magazine féminin en ligne. Un projet collectif qui cumule déjà plus de 200 articles, une moyenne de 10 000 visites mensuelles et fait collaborer une dizaine de blogueuses algériennes, à l’intérieur et hors du pays.

« On voulait créer un magazine depuis longtemps, parce que l’on se rendait compte qu’il y avait de la place sur le web algérien pour ce type de magazine. En février on a eu le déclic. On s’est dit qu’on pouvait le créer nous-mêmes », explique Amina. « Ça nous embêtait de voir que la femme était tout le temps décrite comme une femme au foyer. On a pensé aux filles de 20 à 35 ans, des femmes actives, connectées et qui ont une culture internationale tout en restant très algériennes. On s’est dit qu’on allait écrire pour elles ».

Le web, « un outil qui s’y prête bien »

Ces dernières années, les plateformes numériques ont éclos sur le net avec plus ou moins de succès. À la faveur du développement de l’Internet, plusieurs médias ont lancé leur propre version en ligne. Une tendance sur laquelle veut également surfer IntyMag. Sauf que cette fois, le support est entièrement numérisé.

« On essaie de faire de l’interactif, d’utiliser des outils comme des cartes, des infographies et des vidéos », poursuit Amina. Le magazine dont le contenu est en français privilégie aussi l’image pour ne pas limiter son audience au public francophone. « C’est aussi pour ça qu’on opte pour la vidéo et qu’on laisse la liberté à nos collaboratrices d’utiliser la derja. On considère, qu’il faut vraiment aller vers le  dialecte algérien. On compte faire une version arabophone. C’est en projet et ça devrait arriver assez vite », prévient la jeune journaliste.

Une vision fraîche de la jeunesse algérienne 

La différence chez Inty réside dans le fait que la parole soit donnée aux jeunes acteurs du web. On pense notamment à ces youtubeuses et blogueuses qui abondent sur la toile. Le phénomène n’épargne pas l’Algérie, et permet aux filles de s’exprimer librement.

C’est le cas de Hana, ingénieure de 29 ans qui partage sa vie entre le sud algérien où elle travaille et Alger où elle réside. Lancée en février dernier, sa page facebook « Beauté avec Hana », cumule déjà plus de 160 000 likes. Elle collabore avec Inty et raconte : « j’ai aimé leur idée, je trouve qu’il n’y a pas de magazine du genre chez nous. Je sais que c’est difficile car je vois le nombre de personnes qui lisent lorsque je poste sur Facebook et le nombre de personnes qui prennent le temps de lire lorsque je publie un article sur mon blog. Il y en a beaucoup moins », précise la jeune femme au look impeccable.

Pour Amina, la participation des blogueuses est primordiale : « c’est bien d’avoir des filles algériennes qui peuvent écrire sur ce qu’elles consomment selon leur budget. On veut faire un média algérien qui représente sa communauté et sa diversité dans son ensemble. Une fille du nord, du sud, de l’est ou de l’ouest n’aura pas forcément les mêmes intérêts. Et pour faire un magazine qui représente cela, on a décidé d’utiliser le collaboratif, en faisant participer les influenceuses du web».

Un quart du lectorat est masculin

Et si Inty fait la part belle aux filles, qu’elles soient voilées ou non,  le média donne également la parole aux hommes qui constituent aujourd’hui 20% du lectorat. « On a un blogueur mode homme qui nous a contacté pour collaborer avec nous », dévoile Amina, « en attendant on a aussi des témoignages d’hommes. Par exemple, nous avions traité le sujet des mariages forcés et pour une fois au lieu de faire parler une femme nous avions évoqué l’expérience d’un homme, pour comprendre sa vision. Nous allons aussi développer une rubrique avec des portraits masculins. Des hommes de la société qui ne sont pas forcément les plus connus, peut-être des artistes ou des stylistes pour montrer qu’il y a aussi des Algériens qui innovent dans ces domaines».

Mais pour l’heure, les jeunes journalistes se concentrent sur les prochains ateliers d’initiation aux outils numériques qui devraient être lancés d’ici fin août et la série de portraits de femmes entrepreneures qui permettront à celles qui veulent entreprendre de « connaître les parcours et de savoir à qui elles doivent s’adresser ».

Source : tsa-algerie.com / Zahra Rahmouni

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