Juncker au «Davos russe» tente le dialogue



UE-RussieA la tête de la Commission européenne, il a rencontré Vladimir Poutine jeudi à Saint-Pétersbourg. Mais l’UE prolongera les sanctions contre Moscou.

A la veille du probable renouvellement des sanctions européennes contre la Russie, Jean-Claude Juncker a fait hier une visite remarquée au forum de Saint-Pétersbourg. Le président de la Commission européenne (organe exécutif de l’UE) était au «Davos russe», où il a retrouvé dans la soirée le président Vladimir Poutine. «Nous avons besoin de parler avec la Russie», a-t-il insisté à la tribune.

«C’est bien que Juncker soit venu, pour relancer le dialogue et préparer l’après sanctions. Mais il représente quoi?» s’interroge sceptique Dominique Fache, un homme d’affaires français, dans les couloirs du forum.

Controversé au sein même de la Commission, le voyage de Jean-Claude Juncker intervient alors que, la semaine prochaine, l’UE doit décider de poursuivre ou non ses sanctions économiques (sur l’énergie, la finance et la défense), lesquelles arrivent à échéance à la fin de juillet. Depuis qu’en février 2015 la Russie et l’Ukraine ont accepté les accords de Minsk, négociés sous l’égide de l’Allemagne et de la France, l’UE a été claire: renouvelables tous les six mois, ces mesures contre Moscou ne seront assouplies qu’en cas de «pleine application» des dispositions de ce compromis.

«Aujourd’hui, c’est l’impasse. Donc formellement, il n’y a aucune raison de lever les sanctions. Mais une grande partie du blocage vient de Kiev, qui tarde à appliquer les réformes promises sur l’autonomie des régions de l’est. Les Ukrainiens ont le doigt sur la gâchette, pour faire réussir ou exploser les accords de paix», analyse un diplomate européen à Saint-Pétersbourg.

«Sur les sanctions, la visite de Juncker ne changera rien», reconnaît Fedor Loukianov, rédacteur en chef du magazine La Russie dans la politique globale. «On voit bien qu’en Europe, les opposants aux sanctions sont de plus en plus nombreux et de plus en plus vocaux.» Allusion notamment aux milieux d’affaires, remontés contre les effets boomerang. Dans les couloirs du forum, où c’est presque «business as usual», les hommes d’affaires sont dubitatifs. Venus pour des contacts et des contrats, ils n’aiment pas parler politique et le font sous condition d’anonymat. «Comment sortir de ce cercle vicieux?» s’inquiète l’un. «Les sanctions nous pénalisent tous. Il faut que nos gouvernants voient la réalité!» s’emporte un autre. «En privé, nos dirigeants disent reconnaître l’absurdité des sanctions, contraires à nos intérêts économiques. Mais, au final, ça fait deux ans que, pour des raisons politiques, elles sont prorogées.»

(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Nikita Robert

Laisser un commentaire