Kateb Yacine (1929-1989) : L’homme de tous les combats.



Kateb Yacine n’est plus à présenter. De son vivant, il ne laissait personne indifférent. Les démocrates le vénéraient mais les intégristes islamistes et les pseudo-nationalistes le méprisaient. Il était à la pointe de tous les combats d’avant-garde. Dans une Algérie qui recule et trébuche, ses réflexions lucides, profondes et clairvoyantes sont toujours d’actualité. Elles méritent d’être méditées et remises à la lumière du grand jour comme des phares pour éclairer une génération perdue en mal de repères et de valeurs.

Il faudrait remercier vivement Hafid Gafaiti pour avoir donné la parole à un grand intellectuel, un éminent éveilleur de consciences qui avait œuvré inlassablement pour libérer un pays bloqué par des bureaucrates, des parasites, des intégristes et de pseudo-nationalistes.

Je vous recommande vivement de lire et relire l’entretien réalisé par Hafid Gafaiti intitulé « Kateb Yacine : Un homme, une œuvre, un pays. »

En attendant, je vous donne un résumé condensé de quelques unes de ses pensées fécondes et lucides :

« J’ai abandonné la langue Française car j’ai compris qu’il fallait s’adresser              à mon peuple en utilisant les langues vivantes qu’il parle et comprend : Tamazight et l’Arabe populaire. L’ambition de tout écrivain est de toucher le maximum de lecteurs. L’écrivain n’est pas une machine à écrire. Parfois, son silence à la force d’un cri. L’écrivain est un peu comme une poule. Il a besoin d’un poulailler pour pondre. Il a besoin de calme, de silence, de paix…

Un écrivain devrait pouvoir s’adresser à son public. Je sais combien parfois un mot, une aide morale peut-être importante pour un jeune perdu dans un petit village à la recherche d’un encouragement. J’aurais pu donner un peu de courage et d’espoir pour cette jeunesse.

A la base de tout chez moi il y’a la poésie. En général, la poésie est la première source. Notre enfance est la pour témoigner que nous sommes avant tout des poètes. L’enfance, c’est la poésie. Plus tard, nous perdons notre enfance et cette poésie. Ce que j’appelle poésie, c’est l’acte révélateur, l’acte créateur par le quel on prend conscience de la vie et des choses.

Je crois que tous les artistes/créateurs doivent être habités par le doute. Ils ne doivent pas tomber dans la facilité ou l’autosatisfaction. L’écrivain doit prendre position. Il a un pouvoir d’expression qui peut-être multiple et capable de faire avancer une idée, une cause.

L’écrivain ne peut pas s’abstraire de la vie sociale. Nous ne vivons pas dans une société idyllique. Il est vital de lutter. De notre combat dépendra l’avenir des jeunes générations. Ils vivront dans la liberté ou l’esclavage. Si nous laissons l’oppression et l’hypocrisie s’installer, les citoyens de demain hériteront d’une Algérie pire que celle que nous avions connue au temps du colonialisme. Alors, il n’aura servi à rien de vivre ou d’écrire.

Le désert culturel entretenu par le pouvoir favorise l’ignorance et l’émergence d’une idéologie islamo-intégriste. Il est révoltant  de constater que le pouvoir algérien totalitaire utilise la télévision d’une manière grotesque et absurde pour expliquer avec des versets et des trucs irrationnels des phénomènes physiques, scientifiques et rationnels.

Par Hammar Boussad.

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