Kidnapping d’enfants en Algérie : « La première cause est la pédophilie »



Professeur Mostefa Khiati est le président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche. Dans cet entretien, il revient sur le phénomène de kidnapping d’enfants en Algérie et les raisons de la recrudescence de la violence au sein de la société.


Est-ce que le kidnapping d’enfants est un phénomène qui prend réellement de l’ampleur?

D’abord, il faut distinguer entre les disparitions qui peuvent atteindre 150 cas par an et qui ne concernent que des enfants de plus de dix ans qui fuguent et les kidnappings. Selon les bilans de la DGSN et de la gendarmerie, on a enregistré une moyenne de deux kidnappings d’enfants par an en Algérie au cours de ces vingt dernières années. C’est un phénomène inquiétant dont on ne parlait pas beaucoup auparavant et qui est amplifié aujourd’hui notamment par les réseaux sociaux. Mais nous n’avons pas des chiffres réels que depuis 1995.

Quelles sont les causes à l’origine de ces kidnappings en Algérie ?

La première cause en Algérie est l’agression sexuelle (pédophilie) qui est généralement suivie d’assassinat. La deuxième cause est le chantage et le règlement de comptes comme on l’a vu avec l’affaire de Dely Brahim à Alger. La troisième cause est liée au problème de sorcellerie. Nous avons un cas de figure à Aïn Defla où on a trouvé une enfant âgée de sept ans. On lui avait enlevé ses yeux. On a parlé alors de trafic d’organes mais celui-ci reste impossible à réaliser en Algérie sur le plan technique. Nos hôpitaux n’arrivent même pas à faire une centaine de greffes par an.

Les mesures prises jusqu’à présent pour lutter contre ce phénomène semblent insuffisantes. Pourquoi ?

En 2013, après l’assassinat des deux enfants à Constantine après avoir été agressés sexuellement auparavant par leurs ravisseurs, le ministère de l’Intérieur a réagi et a mené des discussions avec des représentants de la société civile concernant ce sujet. Des propositions ont été faites mais qui n’ont pas vu le jour. On s’attendait à beaucoup de choses avec la loi sur la protection de l’enfance. Lorsqu’elle a été présentée à l’Assemblée populaire nationale, on s’est rendu compte qu’il s’agissait d’un texte axé sur l’enfant délinquant. Un seul article a été consacré aux enfants victimes d’enlèvement relatif à la diffusion de l’information. Ce n’est pas sérieux !

Quelles sont ces propositions ?

Il s’agit d’une panoplie de mesures dont la mise en place officielle du plan alerte et une communication axée sur la sensibilisation des parents avec la participation des écoles. Une autre proposition portait aussi sur la mise en place d’une base de données concernant les pédophiles ou des personnes qui ont des penchants maladifs.

Le dispositif d’alerte et de vigilance existant est-il défaillant ?

Le dispositif d’alerte ne répond pas aux critères demandés. Dans l’affaire Nihal, il s’agissait d’un enfant âgé de moins de six ans. Dans ce genre de situation, lorsque la mère s’aperçoit de la disparition, le dispositif doit être mis en place 15 minutes après. Il est inconcevable qu’on réagisse plusieurs heures plus tard. Je pense aussi qu’il faut intervenir beaucoup plus tôt avec les personnes soupçonnées de pédophilie en mettant une base de données nationale. Lorsque les pédophiles sont arrêtés, il faut leur mettre un bracelet électronique de surveillance ou leur injecter une puce. Toutes les études ont montré que les pédophiles sont des récidivistes.

Des voix s’élèvent pour l’application de la peine de mort. Quelle est votre position sur ce sujet ?

Je pense qu’on devrait abolir la peine de mort exception faite de cette situation notamment quand il s’agit de trois crimes successifs : enlèvement, agression sexuelle puis assassinat. Seuls les parents doivent avoir le droit de pardonner et de surseoir à la peine de mort. L’autre solution est de faire comme en Inde. C’est-à-dire de procéder à la castration des personnes tout en leur faisant subir une peine de 35 ans de prison par exemple.

La peine de mort pourrait servir à quoi ?

Les parents et la société civile estiment que le prix doit être payé. Chaque année, des milliers de personnes sont libérées de prison et les gens ont l’impression qu’il y a un laxisme et que les crimes restent impunis.

Comment expliquez-vous cette recrudescence de la violence dans la société après la Décennie noire ?

Depuis la fin de la Décennie noire, nous assistons à une augmentation exponentielle de la violence, que ce soit au niveau de la famille, des stades ou de la rue. La violence est devenue presque banale. Le problème est que nous n’avons pas montré d’intérêt pour la prise en charge des enfants victimes de violence dans les années 1990. Moins de 50.000 enfants atteints de traumatisme ont été pris en charge sur le plan psychologique sur les un million estimés. Ces enfants sont aujourd’hui des adultes. À cette époque aussi, on ne contrôlait pas ce qui passait à la télévision, on montrait des têtes coupées, des bébés au four. Il y avait également le ouï-dire qui a créé un climat de psychose et de trauma ambiant.

Source : tsa-algerie.com / Hadjer Guenanfa

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