La campagne du Brexit ébranlée par l’assassinat de Jo Cox



Meurtre néonazi La propagande anti-immigration a-t-elle influencé le tueur de la députée travailliste? Médias et politiciens s’interrogent.

Ses voisins ont décrit le tueur présumé comme un homme «solitaire». Son frère cadet a admis qu’il avait eu «des problèmes mentaux» mais l’imaginait «non-violent» et «apolitique». Le quotidien The Daily Telegraph a pourtant découvert que Thomas Mair, 52 ans, avait acquis en 1999 un manuel pour fabriquer sa propre arme à feu auprès de l’Alliance nationale (NA), une organisation américaine néonazie. Il était également «l’un des premiers abonnés et supporters» du magazine sud-africain pro-apartheid S.A. Patriot, créé en 1980. Il ne fait donc plus guère de doute: la députée travailliste Jo Cox a bien été tuée pour ses idées. Mariée et mère de deux enfants, elle s’était fait connaître pour sa campagne en faveur de l’accueil par le Royaume-Uni de 3000 enfants réfugiés syriens.

En visite ce vendredi dans sa ville, le dirigeant travailliste Jeremy Corbyn a clamé que «nous n’autoriserons pas ces gens qui répandent la haine et le poison à diviser notre société. Nous renforcerons notre démocratie et notre liberté de parole.» A ses côtés, le premier ministre et leader conservateur David Cameron a martelé que «la haine, la division et l’intolérance doivent être exclues de notre politique, de notre vie publique et de nos communautés». Une double charge à peine voilée contre Nigel Farage, chef du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP).

Jeudi matin, soit quelques heures avant l’assassinat de Jo Cox, ce dernier avait en effet diffusé sa nouvelle affiche de campagne en faveur du Brexit. La photo d’un flot de réfugiés basanés, prise en Slovénie l’an dernier, était frappée d’un large slogan: «Point de rupture.» Avec en sous-titre: «L’UE a échoué pour nous tous. Nous devons nous libérer de l’UE et reprendre le contrôle.» Ressemblant à s’y méprendre à une affiche de propagande déployée par le régime nazi, elle semblait être le paroxysme du discours anti-immigration déployé depuis trois semaines par les partisans du Brexit.

Ambiance hystérique

Mis indirectement en accusation, les partisans du Brexit ont depuis jeudi cherché à démontrer qu’ils n’avaient ni entraîné ni favorisé l’acte de Thomas Mair. Le tabloïd The Sun l’a dépeint comme «un fou solitaire», tandis que The Daily Telegraph révélait l’ancienneté de ses liens avec les néonazis et les partisans de l’apartheid. La principale figure politique du camp du Brexit, l’ancien maire de Londres Boris Johnson, s’était dissociée de l’affiche de Nigel Farage avant même l’annonce de l’attaque contre Jo Cox. «Si l’on reprend le contrôle de notre pays, on fera un grand pas pour neutraliser le sentiment anti-immigrant, avait-il expliqué. Je suis passionnément pro-immigration et pro-immigrants.»

Pour Peter Catterall, professeur d’histoire à l’Université de Westminster, spécialisé dans les relations identitaires, «il n’est pourtant pas possible de dissocier ce meurtre de l’actuelle ambiance hystérique, de cette méfiance contre la bulle de l’élite londonienne qui sévit dans le pays depuis plusieurs années. Et en particulier dans le comté du Yorkshire, cadre du crime, où le Parti national britannique (xénophobe et d’extrême droite) a réussi à faire élire dans le passé des parlementaires européens.» Il estime ainsi que cet acte «montre que la possibilité d’affecter des gens vulnérables pour les transformer en personnes dangereuses n’est pas réservée à l’islam et aux extrémistes musulmans».

Le précédent suédois

La mort de Jo Cox fera-t-elle changer d’avis certains des Britanniques favorables au Brexit? Rien n’est moins sûr. En Suède par exemple, l’assassinat en 2003 de la ministre proeuropéenne Anna Lindh, quatre jours avant le référendum sur l’adoption de l’euro, n’avait pas empêché les électeurs de rejeter la monnaie unique.

(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Tristan de Bourbon

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