«La CGT a fait le bilan du syndicalisme de dialogue. C’est un échec!»



Loi TravailLa direction du grand syndicat français maintient une ligne dure aussi pour montrer que les années de dialogue n’ont pas porté suffisamment de fruits. L’analyse de Dominique Andolfatto.

Les fronts se durcissent dans la crise sociale que traverse la France. La mobilisation de la CGT contre la loi Travail se poursuit et dessine une situation singulière: celle d’un gouvernement de gauche en lutte contre les syndicats. Dominique Andolfatto est professeur de science politique à l’Université de Bourgogne Franche-Comté. Ce spécialiste du syndicalisme est l’auteur, notamment, de «Histoire des syndicats» (Seuil, 2011) et «Syndicats et dialogue social – Les modèles occidentaux à l’épreuve» (Peter Lang, 2016). Entretien.

La CGT ne joue-t-elle pas avec l’empathie des Français? Blocages et grèves ne risquent-ils pas de retourner l’opinion contre elle…

En effet, une partie de l’opinion est très critique. Pénurie de carburant, crainte de ne pouvoir aller travailler, avec une perte de pouvoir d’achat qui pourrait s’en suivre, inquiètent les Français. Mais la direction de la CGT fait le pari l’expression du mécontentement de l’action de François Hollande et Manuel Valls les contraindra à céder.

Pourquoi la CGT fait-elle le pari que l’opinion publique sera avec elle et malgré les blocages?

La CGT s’adapte. Sa stratégie évolue. Philippe Martinez et son équipe ont pris en compte que les sondages sont défavorables d’une part à la loi Travail et d’autre part que le gouvernement est au plus mal dans les sondages de popularité. On peut toujours discuter du bien-fondé de ces sondages, mais il n’empêche que l’impopularité des acteurs est un facteur clé dans cette bataille.

En quoi cela légitime la radicalisation des mouvements de grèves?

Cette «radicalisation» de la CGT s’explique aussi parce qu’elle est en recul dans les élections professionnelles, et notamment dans le secteur de l’énergie où des élections s’annoncent à l’automne. Dès lors, elle fait sans doute – et aussi – le calcul que démontrer sa force, et renouer avec ses « fondamentaux », lui permettront de regagner des voix…

C’est donc aussi pour la CGT un combat pour conserver sa place dans le paysage syndical français?

Depuis les années 1990, la CGT ne faisait plus des luttes une valeur cardinale. Elle s’est frottée à un syndicalisme plus constructif, un syndicalisme de négociations et de propositions. A Marseille, lors de son dernier congrès, la CGT a non seulement tourné la page des années Bernard Thibault, elle a fait le bilan de ces années de dialogue. C’est un échec! C’est du moins la conclusion à laquelle elle est arrivée. Elle devait donc renouer avec ses fondamentaux: la lutte des classes et le rapport de force comme méthode. Il ne sert à rien de dire que Philippe Martinez a été mal élu. Il a emporté l’élection syndicale au sein de la CGT avec une ligne dure clairement affichée.

Est-il suivi pour autant sur le terrain?

Les Fédérations de la chimie, des ports et docks, appuient la direction de la CGT pour relancer le mouvement social contre la loi El Khomri. Elles sont composées des grognards de la lutte des classes, au sein de la CGT. (24 heures)

Source : www.24heures.ch / Par Xavier Alonso

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