La chanteuse malika domrane à “liberté” “L’héritage de Matoub a été dilapidé !”



Dans cet entretien accordé à Liberté, la grande diva de la chanson kabyle, Malika Domrane, est revenue sur son exil, la perte de son “idole” de toujours, feu Matoub Lounès et aussi ses projets futurs.

Liberté : Malika Domrane, cela fait des années que vous n’aviez plus foulé la scène. Qu’est-ce qui a motivé votre retour et cette tournée à travers la Kabylie durant le mois de Ramadhan ?
Malika Domrane : L’amour de mon public et la passion de la scène. Je vais être honnête avec vous, en premier lieu j’ai sollicité les pouvoirs publics afin qu’ils me programment une tournée nationale. En fin de compte, je n’ai eu droit qu’aux wilayas de la Kabylie.
D’ailleurs, j’ai tenu à me produire à Bouira, car dans le programme initial, elle n’y était pas. Le directeur de la culture de Bouira, n’a pas répondu à mes nombreux appels, il a fallu qu’il reçoive un fax de sa tutelle, l’informant que je suis programmée à Bouira.

En quoi consistait votre programme initial ?
Ma démarche consistait à jouer dans plusieurs villes du pays, et d’aller à la rencontre de mon public qui m’a énormément manqué. Je voulais transmettre mon message à l’ensemble des Algériens où qu’ils soient, mais cela n’a pas été possible. Tout le monde a droit à la bonne musique, celle qui délivre des messages. Mais hélas, c’est loin d’être le cas en Algérie.

Avez-vous reçu de l’aide de la part du ministère de la Culture pour la concrétisation de vos projets ?
Personne ne vous aide ! J’ai tout fait par mes propres moyens. C’est moi qui m’occupe de ma promotion, c’est moi qui essaie de programmer des dates.
Je ne fais que cela depuis mon retour d’exil. Dans ce domaine, les services concernés sont absents.
Justement, pourriez-vous évoquer en quelques mots votre exil ?
Que vous dire…
C’était terrible, je l’ai vécu comme un véritable déchirement. Comme vous le savez, je suis partie, car j’étais menacée, j’ai laissé ma famille, parce que mes enfants et mon mari étaient restés en Algérie.
Je ne nous vous cache pas que durant cette période, j’ai un peu sombré. La période la plus sombre de ma vie, c’était quand Matoub a été assassiné. J’avais perdu goût à la vie.

Comment avez-vous vécu la mort de Matoub Lounès ?
Je vais être honnête avec vous, quand Matoub a été assassiné, c’était également ma mort et la mort de l’espoir en Algérie. Je ne croyais plus en rien ! Ni au combat pour l’amazighité ni à mes idéaux. Matoub est parti et il a tout pris avec lui. Le 25 juin (anniversaire de son assassinat, ndlr), chez moi, c’est le silence total. J’allume des bougies et je me recueille à sa mémoire. Fort heureusement, j’ai trouvé des personnes qui m’ont aidée à tenir le coup et à supporter son absence, mais il vit toujours au fond de moi.

Avez-vous assisté à l’hommage qui a été récemment (25 juin) rendu à Matoub Lounès ?
Non ! Je ne suis pas une femme qui aime se montrer.
Quand on fait les choses, on les fait avec cœur. Matoub, il est en moi ! Je dors Matoub, je mange Matoub, je respire Matoub.
Même s’il n’appartient plus à ce monde, pour moi, Matoub est toujours vivant dans mon cœur et dans mon âme. Je lui rends hommage dans l’intimité et chaque jour que Dieu fait.

Pensez-vous que l’héritage musical de Matoub Lounès a été sauvegardé par les autorités concernées ?
Il a laissé un héritage énorme ! C’était un puits de sagesse et de clairvoyance.
Ils (les autorités, ndlr) ne sont même pas capables de décortiquer, analyser et tirer profit de ses œuvres.
Franchement, ils ont dilapidé et gâché son œuvre et son héritage. C’est une honte !
Cependant, une chose est certaine, le combat mené par Matoub doit continuer coûte que coûte.

Pour conclure, pouvons-nous connaître vos futurs projets artistiques ?
Actuellement, l’industrie du disque est en pleine crise et comme je vous l’ai dit, je ne reçois d’aide de personne. Néanmoins, dès que la situation financière s’améliore, je compte bien enregistrer un nouvel album et renouer avec mon public.

Liberte-algerie.com

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